DES SIGNES DE GANGRENE
Les signes des Gangrenés faites par inflammationphlegmoneuse sont, quand la grande douleur et pulsation qui auoient précédé lesdites inflammations sont grandement diminuées, et la couleur rubiconde ou vermeille qui estoit auparauant en ladite partie est changée en couleur palle, fusque, et aucunement tendante à liuidité : comme fort amplement descrit Hippocrates en la seconde section du liure De fracturis , ou il parle de la gangrené du talon i. Fentens icy douleur pulsatile, non celle qui est faite par le mouuement des artères , mais vne pulsation iectigatiue ou poignante, qui se fait, quand par le combat d'entre les deux chaieurs (sçauoir est naturelle et non naturelle) s'esleuent plusieurs vapeurs des humeurs et matières qui tendent à pourriture es parties enflammées.
Si le froid est cause desdites gangrené et mortification, sera aisé àconnoistre : car (comme vu chacun sçait) le grand froid promplement fait à la partie grande douleur poignante et cuisante, et rougeur estincellante, et tost après la rend liuide, et fort froide, et quasi sans mouuement et sentiment, auec horreur ou tremblement, comme si on auoit vn commencement de fiéure quarte. Si le froid continue plus long temps que la chaleur de ladite partie ne puisse résister, suruiendra gangrené, et par conscquenl mortification (si on n'y donne ordre) et à la parfin la mort. Car (comme dit
1 Celte citation a été ajoutée en lô79.
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II ippoc rates 1,1e froid est condaire et eniiomy aux os, dents, nerfs, au ceru{>;iu, et à la nioi'lledu dos, gen( ralement à nostre vie, laquelle consiste en chaleur et humidité: à cause qu'il fait spasmes ou conuulsions, et autres mouuemens contre nostre vouloir , agitation desordonnée de tout le corps, que nous appelons frissons, et cousequemment par sa grande violence est souuentesfois cause de nostre mort.
Quant est des gangrenés et mortifications faites par ligatures es fractures, luxations, grandes contusions, tu les connoislras facilement à la dureté, qui est pour la defluxion : pareillement des vessies qui seront esleuées au cuir , lesquelles viennent à raison de la grande inflammation qui est en la partie , ce qui se voit manifestement aux brusleures : aussi par la pesanteur et impotence de la partie, qui se fait à raison que les esprits manquent , et lors qu'on presse dessus, la fosse demeure sans se releuer, comme aux Oedèmes, et le cuir le plus sonnent se sépare de la c-li.air 2. Les signes déclarés aux gangrenés engendrées par inflammation, te pourront donner connoissance des gangrenés faites par morsures, picqueures , aiieurismes, ])layes faites es corps pletiujriquesetcacociiymes : car par ces causes est faite fluxion et attraction d'iumieurs en trop grande quantité, (jui empesclienl (comme i'ay dit)
' Apli. is.liu. 7.— A. P.
^ Les éditions de 1552 et 1564 disaient sculenicnl : Tu les coijnoisti-ds fucilemcnt à lu liuidilé cl couleur delà partie morte, lur pour la comprensivii len esprits ne pcuuein bailler à la partie sa couleur naïfnc.
l/édilioii de \Ullt coiist'rve celte plirase en aidiitiiiil celie (Hi'on lil anjourd'imi dans le tr\le; !e icIranflu-iiuMil date de l,')7n.
LF, j)ix.n:i\rF. mviif,
Tair et euentilation de la partie. Mais ie le veux enconî aduertir, qu'ayant connu par les signes les morlilications, ne faut différer à faire amputation du membre , iaçoit que les extrémités se remuent : car la teste des muscles se remuant, tire la queiie, ou leurs tendons. D"auan tage encore qu'il y eust quelque peu de sentiment , ne faut différer l'amputation iusques à ce qu'il n'y en aye plus, attendu qu'elle pourriroit les parties voisines.
Quant aux signes de 'gangrené et mortification prouenantes de venins, icy n'est besoin de reciter la façon comme l'on peut connoistre et distinguer les accidens qui aduiennent, tant des venins chauds que froids ' : car nous en pourrons parler plus amplement cy après.