DV MOYEN DE PROCEDER A LA SECTION DV MEMBRE
En premier lieu roboreras la force et vertu du patient, s'il est besoin, par alimens propres, de facile digestion et pleins d'esprits : comme œufs mollets, roustie trempée en bon vin , ou autres semblables. Puis situe le patient ainsi qu'il appartient , et tire les muscles en haut vers les. parties saines , et fais vne ligature extrême vn peu au dessus du lieu que l'on voudra amputer, auec un fort lien délié, et de figure platte, comme ceux desquels les femmes lient leurs cheueux.
Icelle ligature sert de trois choses.
La première est qu'elle tient , auec l'aide du seruiteur, le cuir et muscles esleués en haut : à fin qu'après l'œu-
1 Cette tiistoire célèbre, qui peut encore trouver son application de nos jours, se trouve déjà dans l'édilion de 1 552 ; on y lit : le capitaine François Leclerc, qui est .soiibz la charge de monsieur le baron de la Garde, etc.; le reste comme ci-dessus.
•^ Celte dernière phrase a été ajoutée en
ure ils recouurent l'extrémité des os qui auront esté coupés : et après la consolidation, la cicatrice faite, lesdits cuir et muscles seruent comme d'vn coussinet ausdites extrémités des os : par ainsi la partie pourra demeurer- plus forte et moins douloureuse si l'on comprime dessus : ioint aussi que la curation est plus briefue : car d'autant qu'on laisse plus de chair sur lesdits os, plustost ils sont couuerts.
La seconde , est qu'elle prohibe l'hemorrhagie ou flux de sang : à cause qu'elle presse les veines et artères.
La troisième, est qu'elle rend obtus , et oste grandement le sentiment de la partie : pource qu'elle empeschepar sa grande compression l'esprit animal , qui donne sentiment par les nerfs à la partie.
Donc après la ligature forte ainsi faite , faut prumplement couper tous les muscles et autres parties iusqu'aux os, auec vn rasoir bien tranchant, ou Cousteau courbé , comme cestuy suiuanlS après auoir deuesti et decouuert l'os de son périoste , à fin que la scie passe mieux et plus promptement, et à moindre douleur.
Cousteau courbé pour couper les membres.
Nota, que lorsqu'on veut faire amputation d'vne iambe , faut qu'elle soit vn peu ployée, et qu'après la section on l'estende, à fin que les vais-
' Je noterai ici que la fin de la phrase , après auoir deuesti, etc., a été ajoutée seulement en 1585; addition d'ailleurs peu nécessaire, puisque le même précepte se trouve tout aussi nettement exposé dans l'un des paragraphes suivants.
r)i;S CO?vi VSIONS, COxMBVSTIONS et GANGllEi\ES. 2120
seaux qu'en prétend lier pour arrester le sang , se manifestent mieux , pour plus facilement les pinrer , tirer et lier Ceux qui auront mis la main à telle œuure, facilement entendront ceste metliode : et crois que nul praticien ne l'a encore dite ny escrite , au moins que ie sçache '.
Il te faut noter icy, qu'il y a entre les os portion d'aucuns muscles, que ne pourras bien couper auec ledit rasoir ou cousteau 2. Pourtant les couperas auec un instrument fait en manière de lancette courbée. le t'aduertis de ce : car si tu laisses autre chose que l'os à couper à la scie, certainement lu feras en la sciani grande douleur au patient , à cause que la scie ne peut qu'à grande peine couper les choses molles, comme chair, tendons et membranes, ainsi qu'elle fait les os durs et solides.
Lancelle courbée 5.
1 Ce paragraphe, où A. Paré décrit une méthode qu'il revendique justement comme sienne, n'a été écrit que bien tard ; il ne se trouve dans aucune édition faite du vivant de l'auteur. C'est donc entre 1586, date de la ¥ édition, et 1690, époque de la mort de Paré, qu'il a fait cette addition à ses oeuvres ; et elle n'a paru qu'avec la première édition posthume en 169S.
2 Point remarquable en l'opéraiion. — A. P.
3 Celte lancette courbée, placée en cet endroit dans les éditions de 1662 et 1604, a été retranchée de celles de 1676 et 1679, replacée en 1686 et conservée depuis. C'est un instrument absolument semblable, sauf quelques ornements de lâchasse, à celui qui se trouve
Apres auoir entièrement coupé toutes les parties iusqu'aux os, les faut scier promptement auec telle scie, de grandeur d'vn pied trois pouces ou enuiron 1.
Scie.
D'auantage tu mettras vn linge en double au dessus de l'os qu'on veut scier, de peur que les dents de la scie ne touchent à la chair, et ne la deschirent 2.
figuré sous le nom de Bistorie au livre des Tumeurs en particulier. Voyez T. I, p. 389, les fig. et la note.
1 Les derniers mots qui indiquent les dimensions de la scie ont été ajoutés en 1676.
2 Celte mention d'un linge à appliquer sur les chairs pour les proléger contre l'action de la scie ne se lit pas encore dans l'édition de 16S6; mais seulement pour la première fois dans l'édition jioslhume de 1698. Du reste, c'était une pratique connue; elle est indiquée par Vigo, et Paul d'Égine la rapporte à Léonide.