‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 126 sur 511 · CHAPITRE XXYIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXYIIL

ÏIISTOIRE MEMOrtARLE d'vNE MORTIFI- CATIO^' ADVENVE A VN SOLDAT, AV- QVEL LE BRAS FVT COVPÉ A LA lOINTVRE DV COVDE K

Festime auoir assez amplement traité les moyens de curer la Gangrené et Sphacele: toutesfois à fin que tu puisses mieux entendre ce que i'ay dit, ie te feray récit (comme pour

met en regard dans son ouvrage les grandes autorités chirurgicales , ne va pas au-delà de ce qu'enseignait Albucasis: c'est-à-dire que dans les cas de gangrène on amputait dans les articulations des doigts, du poignet et du coude, des orteils , du cou-de-pied et du genou ; mais quand la gangrène montait plus haut , elle était considérée comme mortelle. A cette doctrine d' Albucasis on ajoutait celle des anciens qui coupaient dans la continuité, mais toujours au-dessous des grandes articulations du genou et du coude; et la désarticulation du cou-de-pied, si elle avait jamais été pratiquée, se trouva naturellement proscrite , ainsi que celle de la partie inférieure de la jambe, par l'autorité d'A. Paré, appuyée de son histoire du capitaine Le Clerc

• Ce chapitre fait déjà suite au Tmiié de (janijrene et moriificalion dans l'édition de 1652, où on le trouve rédigé dans les mêmes termes, folios 73 à 7G,à part quelques changements de peu d'importance qui ont été faits dans les éditions ultérieures, et qui seront notés en leur lieu. Mais l'histoire qui en fait le fond avait déjà été publiée dans le 7'r,iiié defpUiyes (l'hacquelmles de 1545; elle commence au folio 22, immédiatement après ce qui fait aujourd'hui le chapitre 10; et elle olYre d'assez notables différences avec le récit actuel pour qu'il y ait intérêt à les reproduire. Voici dabord comment elle est annoncée.

« Auitres plus griefs accidens suruiennent connue i'ay predict, à cause de la grande

dilaceration et ruption des parties nerueuses, et fractures d'os : comme spasme, paralysie, gangrenés, sphaceles, mortifications, et auitres : desquelz suffira en faire mention d'vn pour exemple, lequel je vy estant à Turin au service de monseigneur le mareschal de Monte Ihean , l'an mil cinq cens trente huict. »

L'histoire commence ensuite ainsi qu'on la lit ici jusqu'à la mention de la gangrené ; alors l'auteur continue :

« Semblablement auoit grands routz, desquelz la cause principale estoient les vapeurs pourris, eteslcués de la mortification , qui ainsi se communiquoient aux parties nobles par le moyen des veines et artères (folio 23, verso,}.Or fut ledict souldart délaissé de plusieurs chirurgiens : parquoy ie fus appelle, et voyant grande noirceur, fcteur, froideur (pour l'extinction de chaleur naturelle), grande mollesse , en laquelle quand estoit comprimée demeuroitcauité sans se releuer, et séparation du cuir d'auec la chair soubiacente : aussi priuation du mouuement et sentiment, qui sont les vrays signes d'esthiomenes et mortifications : donc voyant telz signes et stimulé de quelqu'un de ses amys, meu de pitié, i'osay suiuant le commandement de nostre art , Iny extirper le bras par la ioinclure du coulde : mais auparauant l'œuure , luy feis ligature audessus du coulde, assés estroitement serrée, tant pour euiter l'hemorrhagie que pour luy hebeler et empescher le sentiment pendant l'operatioa : ce nonobstant y suruint grande he-

tion, et ja notable preparalion do gangrené : dont auoit le patient grands routemens, syncopes inqnieludes, et autres mauvais accidents denonceans la mort. Parquoi ledit soldat fut délaissé de plusieurs Ciiirurgiens, et

iiiorrhagie, à cause des grands vaisseaulx

qui sont en icelle partie : et nonobstant laissay sufTisemment fluer le sang pour niieuk descharger et alléger la partie, et seicher la gangrené, ia tendant à sphacelus et mortilication . puis i'arretay le sang auec cautères acluelz : et ainsi l'ampulay ledict liras sans scie, pcurceque la niortiGcation ii'i'stoit oultre la ioincture. Ce faict desliay la ligature, faisant sur la gangrené trois grandes et profondes incisions, euitant la partie interne du bras, à cause des vaisseaulx, et grande multitude de nerfz qui y sont: et de reclief cauterisay lesdictes incisions , tant pour arresler le sang que pour roborer la partie, pour raison de la grande dessiccation, consuniption et viuificalion que font lesdicts cautères en telles dispositions. Puis i'applicquay grande quantité de refrcnatifz et repercussifz sur l'inflammation du thorax : et aussi sur la gangrené, pour oster l'ardeur et qualité du feu délaissée parles cautères, comme cesluy.

2:. Boli armeni subtiliter pulueri lib. vnam. Terrœ sigillatœ 5.iiij.

Albuniina ouorum decem.

Olei rosati 5 . vi.

Aceti 5 . iiij.

Aquie plantaginis et solani ana 5 . iij.

Incorporentur omnia simul , fiat linimentuni.

« Aulcuns vsent d'huiles seules aux inflammations : ce que ic n'appreuue, pource- ([ue promplement s'enflamment au moyen de leur substance oléagineuse. Et lost après pour conforter îe patient, tant pour la résolution des esprits que pour les vapeurs infectes qui estoient communiquées aux parties nobles par les veines et artères du lieu gangrené : ie luy donnay à boire vne drach- .me de Iheriach dissoull en eaue de fleurs de bn^ilnsse et borraiche : ce que ie conli-

LE DIXIEME LIVRE

alois fus stimulé d'aucuns de ses amis de le visiter, ce que ie fis : et après avoir connu ladite mortificalion , prins la hardiesse, suiuant le commandement de nostre Art, luy couper le bras par la iointure du coude. Et

nuay par aulcnns iours , en luy faisant vser de sirops cordialz, comme rosat, de buglosse : et parfoys conserue de roses, et sur le cœur luy applicquay tel epitheme :

"if. Aquœ buglossi, rosarum, nénuphar, ana

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