‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 143 sur 511 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

DE l'vlcere sordide.

L'vlcere sordide ( après les choses vniuerselles) sera guérie par medicamens détersifs , en considérant que souuent y a vn excrément gros et espais, accompagné de certaine humidité etsanie superflue, qui sont comme remparts et bouleuers sus les parlies vlcerées : assoupissant la force et vertu des medicamens, pour forts souuent qu'ils soient. Il faut pour ceste cause premièrement lauer Tvlcere auecques telle décoction.

'if. Lixiuij commuais ïï>. j.

Absinth. marrub. apij, cent, vtriusque, bypeiiconis ana m. 15 .

Coquant. in colat. quod sufficit : adde,

Mellis rosa. 5 . j.

Vnguent. œgypt. 5 . C>.

Fiat decoctio.

Puis sera mis vn tel mondificatif.

'2f. Succi apij et plantag. ana 5 . ij. Mellis comm. 3 . j.

Tcreb. 3.J. 6.

Pulu. ireos Florent, et aloës ana 3. l.ï.

Fiat mundiQcat.

Aussi le vin doux , auquel on aura fait bouillir herbes detersiues, comme panax, aristoloche, absinthe, et autres semblables : puis y adiouster miel rosat, et eau de vie. Cestuy lauement detcrge et desseiche les vlceres caues el cuniculeuses '.

Le Chirurgien doit considérer dili-

* Ce paragraphe est une addition qui date seulement de ISSà.

DES VLCERES ,

gemment en combien d'appareils il pourra aiioir descouuert l'excrément sordide, etdesseiché l'humeur superflu : car quelquesfois on peut oster tels excremens à vn seul appareil : et aussi on ne le peut faire qu'à plusieurs fois , à raison que la partie est fort sensible, ou que le corps est délicat ; et lors qu'on aura detergé Tvlcere : faut euiter les remèdes forts et acres , de peur d'inciter douleur , fluxion , inflammation et érosion, qui seroit cause de rendre l'vlcere encore plus caue : parquoy on appliquera remèdes qui desseichent sans acrimonie, à fin d'aider à Nature à engendrer et produire la chair. Tels remèdes sont poudre d'aloës, mastic, myrrhe, ircos, litharge, antimoine, racine de gentiane, farine d'orge^ et leurs semblables : puis apposer dessus charpi fait de linge vieil et délié, et par dessus vue lamine de plomb, frottée de vifargent : et seront lesdils détersifs et dessiccatifs plus ou moins forts , selon qu'on verra estre nécessaire. Leur quantité ne se pourra bien descrire :

mais la faut connoistre par coniecture artificielle , qui sera quand on verra l'vlcere estre trop humide, seiche ou aride. Si elle est trop humide, elle se connoistra par la quantité de la sanie , et par la chair baueuse , taxe et mollasse. Si elle est trop desseichée, elle se connoistra à raison qu'elle sera seiche, iettant peu d'excrément, ensemble la mutation de la couleur de la sanie.

Or quelquesfois par l'indue application des medicamens forts détersifs et desiccatifs, les vlceres se cauent, et iettent grande quantité de matière:

ce qui trompe et dccoit souuent les Chirurgiens : car voyans les vlceres ietter tant de sanie , y appliquent derechef encore de plus forts et acres, ce

i'ISÏVLES ET HEAiORKHOlDES.

qui nous est confirmé par l'histoire d'vn Empirique citée par Galien , lequel trailoit vne vicere sordide, y appliquant vn médicament verd qui estoit mordant et corrosif». Ce médicament consumoil la chair suiette , causant douleur et chaleur à la partie , et par ce moyen de iour en iour la rendoit plus caue : mais ne connoissant point que son remède (voyant que ladite vicere iettoit beaucoup d'excremens) fust assez détersif, yadiousta plus forts détersifs % et ce faisant l'vlcere iettoit d'auantage : dont fust fort estonné , et de rechef adiousta remèdes encore plus forts , pour cuider tarir l'excrément d'icelle : mais de plus en plus l'vlcere se cauoit : parquoi ne la peust guarir par son ignorance.

Or la cause pour laquelle l'vlcere iettoit telle quanlilé de sanie , estoit que la chair se coUiquoit et fondoit en pus et sanie par la violence de son médicament trop abstersif, el la douleur qui causoit fluxion. Parquoy il faut bien auoir esgard, si l'vlcere est deuenue sordide par l'érosion, et colliquationdela chair suiette : comme aussi de prendre garde, si le médicament qu'on aura appliqué ne l'aye assez nettoyé^ : ce qui se connoistra par la douleur, et par les léures qui sont plus rouges et plus chaudes qu'auparauanl : et pour ces raisons faut diuersifîer les medicamens, selon que l'on verra l'vlcere estre trop humide ou seiche, et que les corps seront plus forts ou robustes.

1 Celte histoire était déjà citée dans l'édition de 1575 à la fin du chapitre 4. Voyez la note de la page 251.

~ L'édition de 1575 dit : adiousla pour cesle occasion du miel el autres remèdes détersifs.

3 Grande annotation pour le ieune Chirurgien.—A.. P.

LE ONZIÈME LIVRE

Or on appelle les corps forts, ceux ([ui sont do température seiche , comme laboureurs, crocheteurs, mariniers, chasseurs, et autres de grand trauail , et qui demeurent en région chaude. Tels ont leur corps ferme et SPC, estant de couleur noiraslre. Les foibles sont cexix gui sont de temperature humide, comme femmes, enfans , eunuques, gens oisifs et sédentaires, et qui demeurent en pais froid.

Tels ont leur corps humide et phlegmatique, et par conséquent moi et blanc , et fort sensible. El pour ce il est impossible qu'vn médicament puisse seruir à tous corps : à ceste cause il le conuient diuersifier selon la température, tant du corps que de la partie vlcerée, de la saison de Tannée, région, aage, sexe, et autres choses prises des choses naturelles et contre nature, comme plus amplement i'ay descrit en l'introduction.

Combien que la quantité, qualité, et mixtion de tels medicamens, ne se puisse au vrai descrire, non plus que la meslange des couleurs aux peintres:

toulesfois le Chirurgien prudent, par ^ne coniecture artificielle, prendra indication que les corps robustes endurcis à la peine et grand labeur, demandent remèdes forts : car des doux et bénins n'en peuuent auoir aucun amendement. Au contraire ceux qui sont de température molle et délicate , requièrent remèdes doux sans aucune érosion : autrement en lieu de Youloir produire chair en leurs vlceres , les remèdes forts la consommeroient et caueroieut d'auantage , comme les remèdes doux et sans érosion appliqués es vlceres . des corps robustes , les rendroient sordides et sanieuses, et en fin putrides.

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