CHAPITRE XYII
DE LA FRACTVP.E DE l'OS DV BRAS , OV ADIVTOIRE.
L'os du liant du bras est rond, caue, et plein de moiielle , ayant vue assez grande teste en sa partie supérieure , assise sur vn moyen col. Il a en sa partie inférieure deux apophyses, ou prominences : l'vne antérieure, l'autre postérieure : et y a entre les deux comme vue demie orbite ou cauité d'vne poulie , les deux extrémités de laquelle se desinent, l'vne en vue cauité extérieure et l'autre intérieure, pour l'arrest de la flexion et extension, c'est-àdire de peur que l'os du coude ne tournast tout autour de sa cauité , qui est semblable à vne poulie. Et si telle chose aduenoit, l'action du bras eust esté imparfaite, parce qu'il se fust plié autant au dehors comme au dedans.
Cecy est nécessaire sçauoir au Chirurgien , pour la réduction des fractures etluxations de cestepartie. Et ne faut seulement l'apprendre par ce liure,mais qu'il ailleauxcimetieresl'apprendre sur les os des morts , comme i'ay fait *, et autres anatomistes.
Si les extrémités de cet os fracturé cheuauchent beaucoup les vues sur les autres , et que ce soit vn homme fort robuste : alors pour le réduire il faudra faire grande extension au bras, ayant premièrement fait seoir le malade assez bas, à fin qu'il ne se puisse leuer lorsqu'on réduira la fracture, et
1 Les éditions de 1575 et 1579 portent : Comme i'ay voulu faire; ce qui (railleurs ne change rien au sens.
aussi que le Chirurgien face son opération plus à son aise , bien que Hippocrates meu d'autres considérations vr.eille que le malade soit situé haut». Semblablement ne faut faillir, en faisant l'extension , de la faire en tirant ledit os en bas vers la terre en ligne droite, et que le coude soit semblablement plié aussi lorsqu'on le veut situer pour eslre tenu enescharpe. Car si on vouloit faire la réduction le bras estant haussé et estendu, ou en quelque autre figure , il le faudroit tousiours tenir en ceste mesme situation en laquelle on l'auroit réduit :
ou autrement] le voulant mettre en escharpe , la fracture se pourroit aisément défaire. Ce qui est très nécessaire au Chirurgien d'obseruer en remettant ledit os rompu, tenant le bras couché presque contre le corps vers la ceinture. En quoy le Chirurgien prendra aussi garde en le bandant, et y appesanties astelles, qu'elles ne pressent sur les iointures : car comme escrit Hippocrates. sect. 3.
de l'officine du Chirurgien , et sect. 1. des fractures^ il ne faut que les astelles pressent les parties descharnées, nerueuses et sensibles , de peur de douleur et denudation , tant du nerf que de l'os) : et principalement à l'intérieure partie, vers laquelle se fait la flexion , de peur qu'elles ne facent douleur et inflammation: et partant il faut en cest endroit qu'elles soyent plus courtes. Et après auoir ainsi r'habillé le bras, il sera posé contre la poitrine en figure d'angle droit, et y sera lié, à fin que le malade se remuant , il ne peruertisse la figure de l'os, qu'on aura réduit en son lieu.
1 Celte citation d'Hippocratc est de 1579, de même que celle qu'on trouvera un peu plus bas comprise entre deux parenthèses.
LE TREIZIEME LIVRE
En telles fractures , il faut que le bras demeure à repos iusques à ce que le callus soit fait , qui se fait en quarante iours , el quelquesfois plus tard : dont on n'en peut donner reiglc certaine , non seulement de la fracture du bras, mais de toutes les autres , comme nous auons dit.