PROGNOSTIC
Si en l'aage d'enfance les vertèbres du Metaphrene sont voûtées, les costés ne croissent point ou peu en large , mais se forjettent en deuant :
et partant la poitrine ou le sternum perd sa largeur conuenable et s'aiguise en pointe. Parce aussi que les costés sont peruerties de leur situation naturelle, les malades deuiennent asthmatiques, ne pouuans auoir librement leur inspiration et expiration naturelle , à cause que les poulmons sont pressés, et les muscles qui seruent à la respiration : et partant sont contraints, pour mieux auoir leur haleine, et tenir le col fiechi eu arrière : ce qui leur fait monstrer la gorge grosse en deuant : aussi pour l'anguslie et stricture de la trachée artère, par laquelle l'air entre et sort es poulmons, ils respirent auec bruit,
' Le chapitre se termine ici dans l'édition
de 1575; le reste est de 1579.
et on dormant sonfllont. Ils sont aussi sujets à dofîuxions sur les poulmons :
et dit Hippocrates qu'ils ne viuent pas longues années •.
Si les vertèbres des lombes sont forjeltées en la partie intérieure, les malades sont sujets à maladie des reins et de la vessie : aussi leurs Ïambes leur deuiennent plus gresles : la barbe et le poil du penil sort plus tard, et en moindre quantité : et sont pareillement moins fertiles à procréer lignée, que si le vice estoit à celles du Metaphrenc
Les gibbosités qui viennent des causes extérieures, sont aucunes fois curables : mais celles qui sont faites de causes intérieures, sont incurables, si on n'y pouruoit au commencement par grande méthode. Parquoy les bossus qui viennent de cause héréditaire, c'est-à-dire de père et mère bossus, sont du tout incurables.
Aussi quand Tespine est gibbeuse en enfance, et auant que le corps soit parfaitement creu ou agrandi , elle ne croist plus : mais les bras et les iambes se parfont. Est ne faut s'emerueiller de cela : car à cause que les veines, artères et nerfs sont peruertis de leur propre lieu, aussi qu'à grande difficulté les esprits y peuuent reluire, nécessairement Taliment n'y paruient pas en telle quantité qu'il deuroit : dont il s'ensuit emaciation , c'est-à-dire , amaigrissement : mais si le corps a acquis ses trois dimensions, c'est-à-dire qu'il ne croisse plus , les parties de Tespine deuiennent seulement emaciées : mais les parties lointaines, comme les bras et les iambes, sont du tout sans mal. Car les vertèbres ainsi viciées ne gastent pas tout
1 Hippocrates sect. 3. du Liure des articles depuis la sent. G. — A. P.
LE QVATORZIEME LIVRE,
le corps , mais seulement les parties qui luy sont prochaines.
11 nous reste à parler maintenant de la moelle de l'espine , laquelle se peut par vn grand mouuement esbranler, sans que les vertèbres soyent luxées. Ce mal se peut appeller commotion ou concussion : lequel se fait quand elle se déprime de son lieu où elle adhère. Les causes sont pour tomber de quelque lieu haut en bas, ou par quelque grand coup orbe, ou pour auoir eu l'astrapade. Peu reschappent à qui tel accident aduiont, pour plusieurs raisons que le Chirurgien dogmatique peut bien excogiler et sçauoir*. l'ay différé iusques icy vn point fort considérable pour le prognostic de la luxation des vertèbres : c'est que plus il y a de vertèbres luxées, moins est dangereuse la luxation : la raison est , qu'en tel cas la moelle spinale n'est pas si pressée que quand il n'y a luxation que dvne vertèbre: à raison que la luxation de plusieurs vertèbres fait en la moelle vn angle obtus, et celle qui n'est que d'vne, y fait vn angle aigu. C'est ce que tant de fois répète Hippocrates en la sect. 3. du liure des articles, que la luxation orbiculaire de l'espine est moins dangereuse que l'angulaire.