‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 244 sur 511 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

PnOGNOSTlC DE LA LVXATION DE LA HANCHE.

Aux luxations de la cuisse il y a danger, ou que l'os soit réduit malai-

• Galien auliu. dumouiœmcnt des muscles. — A. P.

LE QVATORZIÉME LIVRE,

sèment, ou qu'estant réduit ne tombe de rechef. Car si les muscles, tendons et ligamens de ceste partie sont forts et durs, à peine laissent-ils réduire l'os en sa place. Pareillement s'ils sont trop foibles , taxes et mois , ils ne le peuuent tenir quand il est réduit:

semblablement quand le lig^ament court et rond , qui ioint estroitement la teste dndit os au fond de sa cauité, est rompu ou relasché. Or ledit lig-amentse rompt par quelque violente force, et se relasché par vue humidité glaireuse et superflue , amassée es parties voisines de ceste iointure, qui l'abreuue et mollifie. Et si cedit ligament est rompu , encores que l'os soit réduit, ne tient iamais et retombe tousiours, quelque diligence qu'on y puisse faire : ce que i'ay veu plusieurs fois. S'il est seulement humecté et relasché , après l'auoir réduit , si on peut consommer et seicher l'humeur par medicamens et par cautères potentiels ou actuels appliqués autour de la iointure, l'os y demeure ferme et ne retombe plus.

Donc, pour le dire en vn,mot, quand ce ligament est rompu ou trop relasché, l'os ne peut tenir ferme en sa boette lors qu'il y est remis, principalement en ceux qui sont maigres, pource qu'icelh; iointure n'est liée de ligaments par dehors , comme est la iointure du genoiiil , et qu'il n'y a point d'aponeurose , c'est-à-dire tendons larges, comme nous auons dit.

D'auantage les parties qui sont près d'vne luxation qui n'a esté réduite, deuiennent en atrophie , c'est à dire qu'ils amaigrissent , en sorte que la chair dgs muscles e.st exténuée et consommée, à raison que l'os n'est en son lieu 2, et partant ladite partie ne peut

• Voyez Galicn sur la sent. i2. de lu sec. h. du liu. des Ariidci. — A. P.

faire son action : et aussi que les veines, artères et nerfs ne sont pareillemont en leur situation naturelle, qui garde que la nourriture et les esprits n'y peuuent sufflsamment reluire : et éditant imbecille , ne peut attirer, retenir, cuire, n'assimiler le nutriment.

Exemple : ceux qui ont l'os femoris luxé, et n'a esté réduit, ledit os ne croist plus comme les autres os du corps, et aussi dénient plus court que celuy qui est en sa boette, pource qu'il est près du lieu où est le mal. Toutesfois, les os de la iambe et du pied ne sont empeschés à croislre, d'autant qu'ils demeurent en leur situation naturelle : néanlmoins la iambe leur dénient plus gresle, c'est-àdire les muscles atrophiés. Autant s'en fait-il à l'os du haut du bras ( ce qui est commun à toutes les luxations non réduites ) , lequel aussi dénient plus court, et les muscles plus emaciés et consommés que ceux du bas du bras et de la main. Et pour le dire en vu mot, les os qui sont plus près de la iointure luxée deuiennent plus courts, et leurs muscles plus atrophiés, parce que les esprits et alimens ne peuuent estre portés en icelles parties : qui est cause qu'elles tombent en atrophie. Or quand Hippocrates dit plus courts, il faut entendre en ceux qui n'ont pas accompli leur croissance. Car à ceux qui sont paruenusà leurs trois dimensions, les osne se peuuent accourcir, mais bien diminuer en grosseur. Il faut aussi entendre que l'exercice de la main sert grandement à ce que la chair de tout le bras demeure plus nourrie , et principalement depuis le coude iusques aux doigts : mais quand los femoris est luxé, et principalement en la partie intérieure, et que les enfans sont eucores au ventre de leur mère,

DES TAXATIONS.

OU qu'ils sont en leur enfance , les muscles seront plus emaciés qu'au bras, à raison qu'ils ne se peuuent aider de la iambe ny du pied en la luxation de l'os femoris , comme ils font de la main en la luxation de l'os du haut du bras '.

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