DE LA LVXATION FAITE EN DERRIERE
Pareillement la luxation faite ep derrière vient rarement, parce que la partie postérieure de la boette de la
1 Tout cela est emprunté au livre des ArlicUs d'Hippocrate.
hanclie est fort profonde, comme l'antérieure l'est beaucoup moins : au moyen dequoy la luxation faite au dedans est plus fréquente que nulle des autres.
Les signes sont , que le malade ne peut estendre la iambe , et aussi il ne la peut plier, à cause que les muscles qui sont autour de la teste de l'os sont grandement pressés et tendus :
et la douleur s'augmente quand il veut ployer le jarret, à raison qu'on lire les muscles d'auanlage. Pareillement la iambe malade est plus courte que la saine : et quand on presse sur la ftsse, on trouue la teste de l'os prominenle entre les muscles fessiers : et l'on trouue cauité en l'aine , dont est trouuée lasche et molle quand on la louche : et le talon ne peut loucher en terre, parce que la tesle de l'os est cachée entre les muscles de la fesse, qui la retirent contre-mont, et principalement le gros muscle fessier, qui fait le coussinet de la fesse, lequel en ceste luxation est plus pressé que nul des autres : qui fait que le malade ne peut fléchir le genouil, à cause que le fléchissant on fait grande extension de l'aponeurose, ou tendon large, qui couure le genoiiil. El si le malade s'efforce de se tenir sur le pied de la cuisse luxée sans quelque appuy, il tombe en derrière, parce que le corps panche en cesle partie, à cause que la teste de l'os n'est pas droitement au dessous du corps pour l'estançonner : et pour ceste raison il faut qu'il s'appuye sur vue potence posée sous l'aisselle du costéluxé.
Apres auoir suffisamment descrit les signes, accidens, prognoslic, et dhiersilé de luxations faites à la hanche, maiulenant il resle à escrire et monslrer la manière de réduire l'os,
SgQ LE QVATORZIÉME LIVUE ,
selon la diiiersité des lieux où il tom-
be, aiH'oqiie la meilleure melhode et la plus briefue qu'il me sera possible. Premièrement il faut situer le malade sur vn banc ou sur vne table, (mettant dessous luy quelque matelas ou couuerture de lit, de peur qu'il ne soit pressé) ou à la renuersc, ou sur le ventre, ou sur le costé : de façon que la partie où l'os est forjetté soit tousiours la plus baute, et celle d'où il est sorti, la plus basse. Exemple:
si la luxation est faite en dehors ou en derrière, faut situer le malade sur le ventre. -Si elle est faite en dedans, le faut situer à la renuerse sur le dos *. Si elle est faite en deuant, il faut le situer sur le costé sain. Et l'os sera tousiours tiré et poussé verssaiointe, pour le chasser en dedans. Si la luxation estrecente, ou que ce soit vn ieune enfant, ou femme, ou autres, qui ont naturellement les iointures taxes, il ne sera besoin pour réduire l'os de faire g^rande extension par liens : mais la seule main du chirurgien suffira :
ou bien on se contentera d'vne forte lisière, ou d'vne portion d'vne nappe ou seruiette : et auecqîies (certaines compresses mises entre les iambes, à sçauoir, autour de la ioinlure de la hanche, sera tenu fermement. Puis le chirurgien tirera la cuisse de droite ligne au dessus du genouil, vis à vis de la boette d'où l'os est issu : et par ce moyen sera réduit, pourueu qu'on tire vn peu plus haut la teste de l'os, de peur que les bords de sa cauilé
* L'édition de l.')75 voulait que le malade fût couché sur le ventre dans la luxation en dedans, et sur le dos dans la luxation t» dehors, ce qui était contraire aux principes des anciens, et ce qui dépendait sans doute
n'engardent estre remis, si elle n'estoit tirée et esleuée vn peu plus haut que sa cauité.
Où l'os ne sera assez tiré , on doit estre asseuré qu'il ne pourra estre réduit : partant il faut plustost pec4ier à tirer vn peu plus que trop peu ». Toutefois il se faut bien garder de trop tirer : de peur de rompre quelque muscle ou tendon, ou autre partie nerueuse ; et où on ne pourra réduire l'os par la seule main, alors faudra vsor de machine, comme nostre moufle attachée à deux posteaux, et la corde tirée tant qu'il en soit besoin.
Or ce pendant qu'on fera ces réductions violentes par machines, ne faut que les parenset amis du malade soyenl presens, s'il est possible, comme estant vn spectacle odieux à veoir, et ouyr crier le malade : et aussi que le chirurgien soit asseuré, non pileux, ne craintif, lors qu'il fera la réduction : et ne soit nullement esmeu par la clameur du malade, ny moins des assistans : et que pour cela il ne se hasle point plus qu'il ne doit, pource que luy seroit grand deshonneur n'auoir peu réduire l'os, et aussi grand dommage au malade.
Apres auoir ;;insi discouru des luxations de la hanche, il faut pour l'inslruclion du ieune chirurgien (auquel cest es(rits'addresse)les déduire particulièrement pour plus grande intelligence: commençant à celle qui est faite en dedans de la cuisse.
d'une simple erreur de rédaction ; car, dés la seconde édition, le texte a été corrigé comme on le lit ici.
1 Oàneruaiion digue d'estre bien notée, — A. P.
DES LVXATIONS.