CHAPITRE XXII
DE l'altération DES OS DE LA TESTE.
Quelquesfois aux playes de Teste s'ensuit altération et corruption de l'os : ce qui aduient, ou pource que l'air l'a touché à nu , on pource que la matière a croupi dessus, ou pour l'indené application des medicamens suppuralifs et onctueux ; ce que nous
DES PLAYES EN PARTI CVLIER
monstrerons [Jiusaniplcnicnî an Iraité des Caries, parlans des Xodus de la vérole K
Telle altération se coiinoistra, tant par la venë (car an lien d'estre blanc, il dénient iannastre , pnis liuide et noirj qne par la sonde , d'autant que l'on sent asperilé et inégalité, et l'esprounetle y entre facilement : toutesfois i'ay veu l'os estant longuement descouuert et altéré, estre fort dur, voire qne la trépane y entroit anec difflculté, Parquoy le signe de carie n'est asseuré : entendu qne l'air sonnent desseiche l'os carieux en telle sorte qu'il se monstre de ferme consistence , après anoir demeuré long
' L'édition de 15r31 ne pouvait renvoyer à ce livre qui n'étail pas encore fait; aussi eiie présente en cet endroit de notables différences. Après les derniers mois du chapitre précédent, on lit :
« Après toutes ces choses susdites bien cogneuës, reste traitter de l'altération, carie et pourriture des os : chose au chirurgien nécessaire d'estre cogneué, pour obuier au\ périls et dangiers qui s'en ensuiuent. »
Alors commence uniong articlcsur lacarie des os, considérée à la fois en général et en particulier pour les os du crâne. Cet article ne comprend [»as moins de dix feuillets , et a été transporté depuis presque en entier au livre 17 De la grosse vérole, où il forme la plus grande partie des chapitres 30, 31 , 32 et 34. Il faut donc recourir à ces chapitres pour avoir une idée complète de la doctrine professée par Paré dès 15G1.
Il en résulte que le commencement de ce chapitre , jusqu'au paragraphe qui précède et amène l'histoire du laquais de M. de Goulaines, a été refait pour l'édition de 1575 et les suivantes, mais seulement avec les rognures de l'édition de loGI qui s'appliquaient aux os du crâne, sans changement de doctrine, et le plus souvent avec les mêmes phrases; et il en est plusieurs qui se lisent ici et qui sont reproduites avec l'article intégral au livre De In grosse vérole déjà cité.
temps descouuert. Ce signe est bien plus certain , à scauoir que la chair qui s'engendre sur l'os carieux est baueuse, et de peu ou nul sentiment.
Or icclle altération ou corruption sera corrigée par cautères actuels ou potentiels , comme nous dirons en leur propre lieu, ou par poudres catagniatiques cephaliques, faites de rad. ircos , rnaU. myrr. aloes , gentianœ, arisloloch. cenlau. corti. pini : comme :
"if. Rad. ire. florent. arist. ana 5 . j. Centaurij 5 . ij.
Cortic. pini 5. fi.
Misce et fiât pul. subtiliss.
Laquelle sera appliquée sur l'os, et si la corruption est g-rande, on vsera de Rugines. La cheute se doit attendre et non procurer par force :
car autrement l'os qui seroit dessous, n'estant couuert de chair, s'altereroit : toutesfois pelit-à-pelit on les esbranlera, pour aider à nature à les séparer.
Et icy en passant tu noteras que l'exfolialion du circuit de l'os, qui est où la trépane aura passé, se fait communément en quarante ou cinquante iours , antresfois plustot. Ensemble l'exfoliation qui est causée par Laiteration de l'air ambiens, qui aura louché l'os nu et descouuert, se fait presque en mesme espace de temps : ce qui se fait aussi après Lapplication des cautères ou par le beneOce des poudres cephaliques.
Et la coninnction et vnion (appelée Callus)se fait communément aussi en l'os fracturé par autant de iours : toutesfois aux uns pluslost, comme aux jeunes , aux autres plus tard , comme aux vieils : de toutes lesquelles choses on ne peut donner règle certaine et temps prefix , pour la diuersité des
LE IIVITIEME LIVRE,
habitudes et tempéraments, et selon la du télé et espaisseur de Tos,
Or si l'altération de Tos et consolidation des playes sont rcpnjrnantcs aux remèdes >i:siJils , faut ordonner au patient potion vulnéraire. Ce que i'ay souuentesfois fait auee heureuse issue.
Or quelquesfois, non seulement vue portion de l'os est altéré et tombé, mais aussi iceluy tout entier, ce qui est prouué par Hippocrates quand il dit : L'os du Crâne estant blessé , se sépare d'auec le sain plus ou moins , selon la véhémence du coup : ioint aussi que l'expérience le monstre.
Et en cest endroit ie ferai récit de ce que i'ay fait estant en Piedmont, Chirurgien de deffunt le Mareschal de Montejan (qui lors estoit Lieutenant du Roy): iepensayun laquais de deffunt monsieur deGoulaines: quifiit blessé d'vn coup d'espée sur l'os Pariétal, partie senestre, non pénétrant iusques à la seconde table : et quelques iours après que sa playe estoit presque consolidée et guérie, arriua à Thurin quelque compagnie de soldats de son pays de Gascongne, auec lesquels vn matin mangea des tripes fricassées, auec force oignons et espices, et ne fut aussi sans boire vin fort et en quantité , et sans eau. Dont tost après tomba en Heure continue , et perdit la parole et le sens, et luy suruint grande tumeur à toute la teste et au >isage, les yeux rouges et enflanmiés issans hors de la teste.
Ce que voyant i'appellay Médecins et Chirurgiens, pour aduiser qu'on feroit pour luy sauner la vie. Et fusmes tous d'aduis de le saigner et clysteriser, et faire applicalion de plusieurs remèdes sur la teste, auec frictions et ligatures aux extrémités :
neantmoins tout le costé de la partie
affectée quelques iours après s'apostema , et ayant fait ouuerture, ietta grande qnanlité de sanie : et trouuay le cuir musculeux qui esloit déprimé, aupios de l'os auec le Pericrane, de largiuir enuiron de quatre doigts , et finablement toutes les deux tables de l'os furent altérées, pourries, noires et fétides. Et pour corriger cette corruption, y appliquay par interualles cautères actuels ' : et ce tant pour corriger la pourriture, que pour faire séparation de ce qui esloit altéré. Et enuiron vn mois après le pensant , veis sortir certaine quantité de vers de dessous ledit os pourii , par aucuns trous de la carie : qui fut cause de me faire liaster d'extraire et leuer ledil os, qui bransloit long temps auparauant. Et dessus la Dure-mere trouuay, où Xature auoit engendré chair, trois cauilés à mettre le poul. e, qui estoient remplies de vers grouslans et mouuans, lesquels estoient chacun de grosseur enuiron d'vn fer d'aiguillette . ayant la teste noire.
Or estoil la porlion d'os que .Nature auoit st'paré, de grandeur de la paulme de la main et plus : tellement qu'à le voir on ne pouuoit comprendre que NaUire eut peu ictter et séparer telle quantité de l'os du Crâne sans mort. Et toutesfois il en guérit, outre l'espérance de tous ceux qui l'auoient veti : mais après la consolidation de sa pbiye , lu cicatrice luy demeura grandement caue (ce qui est escrit d'Hippocrates^i pour raison de la perdition de l'os qui est de matière sper-
I L'édition de lôfil njoule : .tcmùluOlc^ à ceifx-ri : el donne la (ignrc de cinq caulcrcs que nous retrouverons transp' nés au cliapilrc '.V2 du 17"^ livre : Des cautères aciueU et poieniicls.
a liipp. aph. 45., liu. 6. P^lcera qucecimque, etc. — A. P.