CHAPITRE XXVI
DES PLAYES DES lOVÉS.
MaintenaDt nous faut en bricf parler (les playes des loues. Si la playe a besoin de cousture, la faut faire sei-
que assez curieuse. A qui appartient l'idée de pratiquer le selon sans faire rougir au feu l'aiguille':' car on trouve l'indication des tenailles plates et de l'aiguille rouge dans Guy de Chauliac.TR. II, Doci. II, chap. 7, \)0\xr\' hernie aigueme ; et le même procédé est reproduit pour le séton en général par Fabrice d'Aquapendente, des Opérai, chirurgicales, chap. .').
Peut-être même cette première question devrait-elle être précédée d'une autre : A quelle époque remonte l'emploi du selon dans la chirurgie? .le ne veux point parler de l'art vétérinaire, qui paraît s'en être servi avant la médecine de l'hoiiime ; on le trouve en eflel mentionné d'une manière plus ou moins claire parColuinclle, Absyrte et Hiéroclès. Quant à son application à l'homme, M. A. Scverin renvoie d'abord à Hippocrate, au traité de Y Ancienne Médecine, où il n'en est pas dit un mot. Ceclerc avait cru le voir dansCœlius Aurclianus, où Peyrilhe n'a pu le découvrir. Peyrilhe lui-même fait tous ses efforts pour le distinguer dans un procédé d'Antyilus pour l'hydrocèle ; et plus loin il en rapporte la première idée à Galien. [Uisl. de la chir., t. H, p. 445 et 020.) Mais évidemment Antyllus ne parle que d'une tente, et Peyrilhe lui-même l'a traduit de celle manière; quant au \\\oi Ac sipho dont se sont servis les traducteurs de (ialien, si on ne lui donne pas sa signitication propre aiphon ou seringue, il n'y a nulle raison pour en faire un selon plutôt qu'une icnie. En vain Peyrilhe s'appuie de l'aulorilé de (îuy de Chauliac qui, dit-il, avait lu Galien en grec et en arabe ; car d'abord il est bien certain que Guy ne possédait pas Galien en grec, mais seulement la traduclion latine faile par Nicolas de Reggio sur le grec ; et il pa-
che, à tin que les cicatrices ne demeurent laides : car il y rn a plusieurs qui craignent tel accident , et principalement les belles damoiselles. Et pour ce faire tu prendras deux pièces de toile neufue , qui ne sera ny trop grosse ny trop déliée, de grandeur qu'il conuiendra pour la playe , courait même n'avoir pas vu les traductions arabes, mais seulement les versions latines faites sur l'arabe. (Voyez son Ciiapiire singulier.) Mais de plus, Guy, en citant Galien, donne d'abord le mol des traducteurs ch)« siphone, et ce n'est que par inlcrprélalion qu'il ajoute vel seione. Il me parait pour ma part que Galien ne cite pas ici un procédé à lui propre, mais une chose déjà connue et qu'il suffit d'indiquer en peu de mois, et que sa citation a très probablement rapport au procédé d'Antyilus. La conséquence est que le séton est resté inconnu à la chirurgie antique.
M. A. Severin affirme qu'il est approuvé par Rhazès et plusieurs Arabes : l'indication est inTuiiment vague, et j'ai feuilleté Rhazès et Avicenne sans y rencontrer le selon.
Nous arrivons aux Arabistes, et Sprengel attribue l'emploi du selon pour l'hydrocèle à Lanfranc. Or, je puis affirmer qu'il n'en est pas plus question dans Lanfranc que dans tous les autres chirurgiens de son époque; mais on trouve dans Roger de Parme un chapitre spécial intitulé •. De seione, où le séton est recommandé pour la douleur d'estomac , pour la rate, pour la douleur de l'ombilic, pour la douleur des reins, lu douleur de l'épine, la douleur des testicules et les hémorroïdes. Roland a confondu ce chapitre avec le précédent sous le litre : De Cauteriis; el chose remarquable, pour la douleur des reins il indique au lieu du selon l'usture ou l'application du caulére, el pour l'usthme, au lieu de Vustion iccunimandée par Roger, c'est le séton qu'il conseille. Roger propose encore pour certaines affections des yeui un selon derrière l'oreille : seton i. sedignus in J'onlnnetlâ cUuriilaginis auris; mode de traitement que M. A. Severin rapporte à tort à Arnauld de Villeneuve. Roger est donc le
DES PLAYKS KN PAUTJCVLIK R.
uertes et emplastrées de tel médicament:
%. Pulueris mastichis, sanguinis draconis, thuris , farinœ volalilis , tragacanlhi pisti, gypsi, picis, saicocollae, ana 3. ij. Picis riigrae.î. j. <?> .
Alb. ouor. quœ sufficiant.
Fiat medicamentum.
Le blanc de l'œuf auec de la farine fait le semblable.
Et seront appliquées à chacun costé
premier auteur où se rencontre ce mot de séton; et, pour le dire en passant, Roland est le seul des chirurgiens de son âge qui répète ses paroles, et le séton ne paraît pas avoir été employé par les chirurgiens de l'école bolonaise.
D'où venait cependant à Roger l'idée de ce moyen ? On pourrait présumer qu'il l'avait puisée dans Albucasis. Celui-ci en effet, pour quelques lésions, faisait faire un pli à la peau, et perforait ce pli avec un cautère métallique rougi au feu et terminé par(/e»x on trois broches. Ainsi pour les luxations de l'humérus par huinidiié ; ainsi pour les maladies de la rate. Mais ce qui rend celte conjecture fort douteuse, c'est que l'analogie entre les deux auteurs se borne au traitement de l'affection de la rate; et pour les hémorroïdes, par exemple, le lieu où l'un applique les cautères est tout différent de celui que l'autre choisit pour son selon. Du reste, il faut même avouer que nous ignorons la vraie signification de ce mol chez Roger et Roland, son copiste. Guy de Chauliac est le premier qui indique le manuel opératoire et décrive les instruments nécessaires , et le premier aussi qui conseille le séton pour l'hydrocèle, et qui l'applique sur les épaules et à la nuque dans les maladies des yeux. Après Guy, il est remarquable que Pierre d'Argelala ne parle pas du selon pour rhydroeèle, et lui substitue les vésicaloires pour les maladies des yeux. Jean de Yigo garde le même silence, et il semble dès lors que nous sautions sans obstacle de Guy de Chauliac à Franco et Paré. Mais avant eux et dèi le xv* siècle, Marcus Gatenaria
de la playe, et distant l'vne de l'autre d'vn doigt ou enuiron. Et seront laissées seicher, puis après cousues en les approchant l'vne contre l'autre comme tu vois par cesle figure. Et par ainsi la playe sera glutinée, tant par ladite suture, que par les medicamens propres , compresses et bandages : tous lesquels bandages de la Face se doiuent attacher à vne coéffe ou bonnet de nuit, que le malade aura sur la teste.
avait conseillé le selon contre Vaffaiblissement de la vue, et il ne paraît pas se servir d'un cautère. Son procédé est également curieux sous le rapport du pansement.
« Nous mettons aussi, dit-il, un séton au cou de celle manière. Nous saisissons la chair avec des tenailles, et nous la tenons serrée pendant quelque temps pour priver la partie d'esprits et la mortifier; ensuite nous la perforons et nous tenons le lieu ouvert de celte manière : si c'est un pauvre, nous mettons dans le trou une corde, et nous la lirons fréquemment d'un côté à l'autre pour que le lieu soit mieux ouvert et que l'humeur s'écoule; si c'est un riche, nous y plaçons un anneau d'or arrondi ouvert d'un côté, et qu'on réunit ensuite de peur que l'anneau ne s'échappe, et ainsi tous les jours nous faisons tourner ledit anneau. » Decw ris œgriludinum, etc., Lugduni 1532, fol. 15 et 16.
Mais quand même la priorité ne serait pas enlevée à A. Paré par Gatenaria, Franco la revendiquerait encore à bon droit. En effet, la deuxième édition de Franco, où se lit son procédé du séton appliqué à l'hydrocèle, avait paru en 1561; et dans cette année même, et dans les éditions bien postérieiv res de 1575 et 1579, A. Paré décrivait encore le séton à la nuque pratiqué par le cautère. A la vérité, dans la première édition des œuvres complètes en 1575 , et même probablement dans la petite édition perdue de 167-2, il pratique le selon pour l'hydrocèle par une simple ponction; mais il avait alors l'ouvrage de Franco entre les mains, puisqu'il le cite à l'occasion de l'étranglement
LE HVITItMl-: I.lVRi:
Or quand la playe est fort grande et fort profonde, et les léures dicelle fort distantes , lors telle suture n'y pourroit en rien ou peu seruir. Au moyen dequoy faut vser d'aiguilles
des hernies, et il me paraît à peu près certain qu'il y avait également puise ce procédé.
— Ajoutons qu'avant de traiter des /;/uie> des juncs , l'édition de 1601 contenait trois longs articles sur les cuiiducIcs ci t'iiiKjiilu . sur les fisiales Icnlirijiitalcs, et en(in sur le }}rurii des pulpebres.Cvs articles comprenaient du fol. 230 au2iS. Ils ont oU- (ransporlés depuis dans les OF.uvres complètes au liv. \\, traitant des Operaiions , où ils constituent les chapitres 10, ]4, 15, 19, 20, 2J et 2U.
quarrées ou triangulaires, à fin qu'elles pénètrent et passent plus nisément sans grande douleur, enfilées de fil ciré, en trauersant d'icelles les léures de la playe , et replier le fil autour finq ou six fois (en la manière que les femmes font , lors qu'elles veulent garder leurs aiguilles sur leur manche, ou les cousturiers dans leur bonnet) et laisser ainsi les aiguilles attachées iusques à la consolidation de la playe.
Telle manière de cousture se fait aux léures : et sont aussi nécessaires aux becs de liéure , c'est à dire , aux léures fendues de natiuité, par défaut de la vertu formatrice. Mais telle cousture n'auroit aucun effet , s'il y auoit du cuir entre les léures. Et partant le faut du tout couper, ou autrement Tvnion ne pourroit estre faite.
Autre manière de sutures profitent peu en telles playes, à raison que les parties sont mobiles, tant par la mastication que le parler : partant le fil couperoit la chair : et encores pour ceste cause, on doit par lesdites aiguilles prendre beaucoup de substance charneuse , comme il appert par ceste figure ».
1 Voici la première" fois qu'apparaît dans la langue chirurgicale le mot de bec-de-lièvre ; Franco, dont la 2' édition parut la même année que le Traité Des playes de la lesie de Taré, en lôGl , donne encore à cette lésion le nom de bouche ou leure fendue de la naliuiié; mais déjà il applique le nom dedenisde-lienrc au bec-dc-lièvre double avec saillie des dents médianes en avant.
L'histoire du bec-de-liévrc a été faite jusqu'ici avec tant de négligence, que jecroi> devoir entrer dans quelques détails, et remonter un peu plus haut que je ne fais pour les questions moins conIroversécs.On a éciiL que les premières notions s'en trou^ent dans l'aré: et K. Sprengel avance formellement que tous les médecins grecs l'ont passé sons
DES PLAYES EN PARTICVI.IKH.
La figure des sutures desLéures : et au dessous l'est monsirée l'aiguille , autour de laquelle est enlorlillé le fil, comme doit cslre [ail au dessus de la Léure.
En cesl endroit ie recileray vne histoiro , à fin que s'il aduient entre tes
silence. Il est manifeste cependant (jne (Malien le connaissait, et le tiésignait avec d'autres tissures du même genre, sous la dénomination commune de Colobomn. Voici ce qu'on lit au livre 24'' de la Méthode., ch. 16 :
« Dicemus autem , et de ejusmodi ralioiiibus in sermonis progressa œque profectii , ni de curtis id genus , quœ colobomala Grœci nppellant : qnippe Un vocanl , quœ in labiis, aul narium (dis, nul aure deficiunt. 'Vain inetliodo quâdam curantur hœc quoqne , primum quidem excorinia iitrinque cerie , dcinde adductis conjttnclisque inter se cuiium oris •■ ne ulriusqae quod callosum est deintclo , (pice reliquas sunl adsertis atquc aggluiinntis. »
Et Galien revient encore sur le même sujet au chap. 18. Il est à présumer queCelse, dans l'article où il s'occupe aussi de curtis , a puisé à la même source que Galien , et que ces données remontent à l'école d'Alexandrie. Il est vrai de dire , après cela , que ni l'un ni l'antre n'ont signalé l'origine
mains lel accident, que tu faces le semblable.
Comme i'estois à la Fere en Picardie, deuxiours après la iournée saint Laurent, trouuay grand nombre de soldats blessés, entre lesquels y auoit vn Gascon qui eut vn coup d'espée au trauers de la mandibule supérieure , pénétrant iusques à la bouche , auec grande difformité du visage : et parce qu'il auoit esté trois iours après sa blessure sans estre habillé, Binosque, Chirurgien luré à Paris, et moy, trouuasmes grande quantité de vers en sadite playe, et grande feteur. Promptement luy lauasmes sa playe auec vne décoction d'absinthe e( aloës, auec vn peu d'egyptiac, tant pour faire tomber les vers que pour raondifier la pourriture : et pour résoudre la tumeur des léures de sa playe , fismes fomentations resolutiues : pareillement luy furent appliqués cataplasmes résolutifs. Et subit la resolution faite, ledit Binosque luy
congéniale de la didormité, et que ceux qui sont venus après eux se sont à peu près exclusivement occupés des divisions accidentelles des lèvres. C'est à l'époque de Paré et de Franco qu'il faut descendre pour avoir des idées nettes à cet égard , et pour voir la dénomination ancienne de coloboma remplacée, au moins pour les lèvres, par la dénomination moderne bec-de-lièvre.
Est-il juste du moins, comme l'ont fait quelques auteurs, d'attribuer à Paré l'eral)loi de la suture entortillée pour le bec-delièvre ? En aucune manière; cette suture est décrite, en effet , par Franco, et ni l'un ni l'autre ne la revendiquent comme une innovation à eux propre. Ils ne faisaient en eflet que suivre en ce point Guy de Chauliac, Traité m, Uoct. ii, chap i, des Plages du visage et de ses parties.
« Là où il sera possible , dit Guy , de les coudre auec pièces de drapeau , comme dit est, qu'il soit fait. Mais où il ne sera possible
LE HVITIEME LIVRE
fist plusieurs points d'aiguille en la manière cy dessus escrite : etpar dessus et dedans sa playe , ne luy fust mis au Ire remède que cestuy :
"2^. Tcrebonihina? Venetsc ^ . vj.
Gummi clcmi .^ . ij.
Pul. l)oli arriien. sangu. draconis, masf. myrrhe, aloes aiia 5. 6.
Incorporentur simul , (iat mcriicaraentum.
Et en peu de iours fust la playe dudit Gascon consolidée ,ne restan t qu' vn
el que la partie sera cliartrue, ferme et non mobile, soit cousue suflisamment auec du fil d'vne couslure à points séparez. El où la partie serait mobile , soit cousue auec des aiguilles à fil entortillé qui demeurent au lieu. » Cette manière d'opérer n'était donc nullement nouvelle ; et Paré n'a rien ajouté, à cet égard, à te qui était conim de son temps. Il est juste même de dire que les deux passages où il a parlé du bec-dc-lièvre , celuici et la définition qu'il ajouta en 1585 à son Introduction (voyez lom. i, pag. S2 ) , sont bien maigres à côté de ce qu'en a écrit Franco.
Franco consacre au bec-de-lièvre et à ses variétés cinq chapitres, du 118'' au 122« de son livre , dont voici les trires :
CL. 118, Des bouches ou leures fendues de la itutiniié on autrement.
Cil. 119, La cure des leures fendues. Il décrit ici la suture sèche.
Ch. 120, Autre procédure. C'est la suture entortillée avec trois aiguilles.
Ch. 121, D'vne autre fjçon appelée dents de Heure. C'est le bec-de-lièvre double avec saillie des dents médianes hors de la bouche; je ne sache pas que persoiuie avant Franco en ait seulement fait mention.
Ch. 122 , Cure des dciUs de liture. Il arrache les dents saillantes et procède comme pour le bec-de-lièvre , eu ajoutant au besoin des incisions latérales à la irianière de Celse. C'est dans ce même chapitre qu'il donne l'histoire de Jacques Janot, affecté d'une perte de substance à la joue . (jue Franco répara à l'aide d'une véritable autoplaslique à la méthode de Celsu.
bien petit trou , près la conionction de la mandibule inférieure à la supérieure, nf)n plus j^rand qu'à mettre la teste d'vne espingie : duquel luy sortoit en parlant ou mascbant , grande quantité d'eau fort claire , ce que i'ay souuenlesfois veu. El pour urrester ladite aquosité , luy fust appliqué au profond de son vkere de l'eau forte, et quelquesfois de la poudre de vitriol bruslé. Et par ces remèdes fust la playe guarie*.