‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 36 sur 511 · DES PLAYES DV COL ET DE LA GORGEE · texte numérisé non relu

DES PLAYES DV COL ET DE LA GORGEE

Les playes du Col et de la Gorge sont simples, c'est à dire, auecques solution de continuité seule es muscles: ou compliquées, à sçauoir auecques pl;iye en la chair et aux os, comme es vertèbres. Souuent aussi les veines iugulaires, tant internes qu'externes , ensemble les Carotides sont offensées. Quelquesfois la Trachée ar- .

tereet Oesophaguesontnaurés, voire du tout coupés , et pour les susdites playes, souuent s'ensuit la mort.

Parquoy le Chirurgien deuant que de toucher à la playe . doit faire son pronostic, selon ce qu'il verra les accidens grands ou petits, d'autant que la solution de continuité est souuent cause de perdre quelque mouuement, ou de la mort , comme nous auons dit. Car à celles du Col, souuentesfois il y a quelqiie grand nerf, ou tendon atteint , qui est cause de-la priualion du mouuement : et si elles pénètrent iusques à la spinale meduUe , auecques lésion d'icelle , le mal est incurable.

Les playes de l'Oesophague et Trachée artère sont très-difficiles à curer, pour leur perpétuel mouuement, et que ladite Trachée artère est cartilagineuse et exangue.

Celles de l'Oesophague se connoistront, si le patient crache du sang par

t Les huit chapitres qui suivent, du 30* au 38% n'ont été publiés au plus tôt qu'en 1573 dans la petite édition que je n'ai pu me procurer ; mais on peut conjecturer par un passage du 6= livre (voyez t. I, p. 384) qu'ils y étaient réunis en un livre iulilulé Des ylaijcft de la gorge.

la bouche, et que son manger et boire sortira par la playe : et sil est du tout coupé, nepourraiamaisaualler, parce que chacune partie se relire, à sçauoir l'vne en haut , et l'autre en bas : et si la Trachée artère est blessée, le vent sortira par la playe : semblablement crachera le sang , et n'aura cesse de tousser.

Celles des veines iugulaires et artères carotides, estans grandes, sont mortelles, pource qu'elles ne peuuent estre estreinles et comt rimées par ligatures , à cause que le col ne peut estre fort serré, que l'on ne suffoquast le malade : au moyen de quoy s'ensuit vn flux de sang, qui est cause de mort. Et si le nerf recurrens est coupé du costé dextre ou senestre, la voix demeure rauque : si de tous les deux, le malade ne pourra iamais parler, pource que l'instrument qui est cause de la voix, est tranché.

Quant à la curation, si la playe n'offense aucun grand vaisseau , ny la Trachée artère ou Oesophague , et si elle est petite, sera facilement curée : s'il est nécessaire y faire points d'aiguille , seront faits comme auons dit cy dessus : puis sera instillé térébenthine de Venise auec vn peu de bol fin, ou bien de nostre baume, qui est tel :

Qf. Terebent. Yenet. îï>. fi.

Gummi elemi ^ . iiij.

Olei hyperico g . iij.

Bol. arni. et sanguinis drac. ana 5 • j* Aqiue vit* 3 • 'J- Liquéfiant omnia simul lento igné , et fiat balsam. vt artis est.addend. : pul. ireos Floren. aloes mastic, myrrhe ana 5 . j.

Duquel bnumei'ay fait choses admirables, pom- consolider et agglutiner les playes ausquellos n'y auoit choses I estranges, ou complication de ma-

DES PLAYI-S EW PARTICVLIER.

ladies. Et par dessus sera appliqué { l'emplastre diachalciteos , dissoute en huile rosat et vinaigre, laquelle a vertu de reprimer les humeurs et euiler l'inflammation , ou bien sera appliqué l'emplastre de Gralia Dei, ou de ianna.

Et si la playe est auec incision des veines iugulaires et artères carotides, l'effusion de sang sera arrestée, comme nous auons descrit au chapitre du flux de sang : et lors que la Trachée artère et Oesophague seront coupés, le Chirurgien y fera suture le plus promplement que luy sera possible, et le malade n'auallera chose qui soit difficile à transgloutir, mais vsera de bouillons, restaurans, gelée, orges mondés : et s'il est besoin de gargarismes, cesluy sera fort propre :

if. Hord. m.j.

Flor. rosar. p. j.

Passul. mund. iuiubar. ana 3.6.

Liquirit. g.j.

Eulliant omnia simiil addeii. : mellis rosat, et syrup. rosat. ana 5 . ij.

Fiat gargarisma vt artis est.

Duquel tiède en lauera et gargarisera sa bouche : il lenist et addoucist la partie , sede la douleur, delergeet agglutine, et aide à la respiration.

Or icy reciteray-ie ceste histoire, digne d'estre laissée à la ieunesse des Chirurgiens 1.

L'an mil cinq cens septante quatre, le premier iour de May, François Brege, pâtissier de monseigneur de Guise, fust blessé à leinuille, d'vn coup d'espée à la gorge, coupant vue partie de la Trachée artère , et l'vne

' Bien que cette liistoire soit de 1574, elle manque, ainsi que ta suivante, dans les deux éditions de XUlït et J579, de même que dans la traduction latine.

des veines iugulaires, dont s'ensuiuit grand flux de sang , et vn chiflement par ladite Trachée artère. La playe fust cousue , et appliqué remèdes astringens : et tost après le vent qui sortoit de la playe s'introduit entre le pannicule charneux et l'espace des muscles , non seulement de la gorge, mais aussi de tout le corps (comme vn mouton qu'on a soufflé pour Tescorcher) ne pounant aucunement parler. La faceestoit tellement enflée, qu'on ne voyait apparence de nez, ny des yeux. Voyant tels accidens, tous les assistans ingèrent que ledit Brege auoit plus besoin d'vn Prestre que de Chirurgien : et partant l'extrême Onction luy fust administrée.

Le lendemain. Monseigneur de Guise commanda à maistre leanleleune, son Chirurgien ordinaire , aller voir ledit Brege, accompagné de Monsieur Bu go. Médecin célèbre de Madame la doûairierede Guise, ensemble lacques Girardin, maistre Barbier, Chirurgien au lieu de leinuille , lesquels l'ayans veu, led t Médecin fust d'aduis le laisser, n'espérant aucune guarison, et ne Irouuoit le pouls des artères aucunement battre pour la grande enfleure du cuir. Ledit le leune ne voulant laisser le malade sans luy faire quelque chose, et comme hardy operateur , pour la bonne expérience qu'il a eu d'vn vif esprit, fust d'aduis d'vser d'vn extrême remède , qui fust luy faire plusieurs scarilications assez profondes, par lesquelles le sang et venlosités furent vacuées. Enfin ledit pâtissier recouura la parole etlaveué, et fust quelque temps après du tout guari par la grâce de Dieu, et est encoresviuant, taisant seruice à Monseigneur de Guise de son estât de pâtissier.

LE HVITIKME LrVKE.

Aulre histoire.

Noble homme François Preuost , Enseigne de la Coronallc de monsieur de l'Archan, aagé de vingt-cinq ans, fulblessé d'vn coup d'espce au trauers de la gorge , passant près la Trachée arlerc , qui coupa les rameaux de la veine et artère iugulaire : dont il suruiut vn bien grand flux de sang , qui à bien grande difficulté fut estanché. D'auantage vn des nerfs vocables fut coupé : semblabk;ment les nerfs qui naissent des vertèbres du col, quise dispersent aux bras : dont tout subit le bras demeura impotent et paralytique. D'auantagela parole grandement deprauée : ioint que le col demeura vn peu tors , ne lepouuant tourner comme auparauant. Neantmoin.s est reschappé la vie sauue. Il fui mené en la maison de maistre Pierre Pelotot, maislre Barbier Chirurgien , demeurant à la place Maubert, dont subit fus envoyé quérir par le malade , pour le penser auec ledit Pelotot. Où estant arriué, et l'ayant pensé , l'eus vue grande desflanco de sa guerison , pour les accidens qui luy suruindrent. A ceste cause ie fis appeler messieurs Cointeret et Pieire , hommes bien entendus en la Chirurgie, et fismes rapport eu lustice , qu'à grande difficulté en pourroit-il reschapper , et que sa playe estoit mortelle. le l'ay pensé iusques à la fin , et Dieu l'a guari. Touteslois est demeiné impotent du bras , et sa parole deprauée.

Page 1