‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 362 sur 511 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

CVRATION GENERALE DE LA CHAVDE-PISSE *.

La cure sera changée selon la diuersité des causes et accidens.

Pour les choses vniuerselles, faut que le patient tienne bonne manière de viure, et qu'il euile toutes choses

' Ce chapitre est le cinquième du livre Des cltaiides-pisses dans l'édition de 1564. Paréy a emprunté quelques idées de Thierry de Héry ; mais cela se réduit à fort peu de choses, et le chapitre peut passer pour original. Il est à remarquer surtout que Thierry parle à peine de la térébenthine, que Paré préconise si fort et dans son texte et dans une note marginale, où il la déclare excdlenl remède à la cliuude-pisse.

qui eschauffent le sang, principalement tous alimens flatueux , diurétiques , et violens exercices : qu'il soit purgé et saigné , principalement si le mal procède de repletion. Il doit fuir l'habitation des femmes, si ladite chaudepisse n'estoit venue du défaut de coït: il ne sedoit coucher sur vu lit de plume , mais sur vn matelas , ou vnc molle paillasse , sur lesquelles on mettra vn drap en plusieurs doubles à l'endroit de la région des reins: et s'il lui est possibl'3 , ne doit dormir ne coucher aucunement sur le dos. II mangera ses viandes plustost boiiillies que rosties , cuittes auec ozeiile , laitues , pourpié, et quelque quantité d'orge mondé , et des quatre semences froides concassées. Pour saulse , se doit contenter de jus de citron , d'oranges , grenades, ou de verjus. Il s'abstiendra de vin, en lieu duquel vsera d'eau d'orge, de ptisane, de honchet, potus diuinus, ou bien de l'hippocras d'eau , auec vn bien peu de canelle. Au matin prendra quatre heures auant que manger * , vn orge mondé , auec lequel aura cuit vn petit noiiet plein des quatre semences froides concassées, vn peu de graine de pauot blanc , pour ce qu'il rafreschit, adoucit, et delerge. Pareillement vsera quelquesfois du syrop de guimauues , ou de capill. veneris : par fois d'vne demi-once de casse seule, à laquelle aussi de fois à autre ou pourra adiousler vue dragme de rheubarbe, ou demie dragme en poudre , selon l'exigence du cas, ou bien de ces pilules - :

' Edition de 1564: deux heures anunl que manger.

' Cette formule manque dans l'édition de

LE SEIZIEME LIVRE

"if. Massa; pilul. sine quib. 3. j.

Ilbei elccli 3. fi.

Carnijli, g , iiij.

Cum tcrcbenih. formcntur pilulic seplem dcuorandx post primum somaum.

Semblablemont la lerebentLine de Venise seule, ou auec rheubarbe en poudre , ou auec huile d'amandes douces recentement tirée et sans feu, ou auec dudit syrop dacapill. vcneris , estvn remède souucrain et singulier, parce qu'elle a vne Ires-grande vertu d'adoucir et mondifier , et qu'elle aide grandement la vertu expullrice à pousser hors la matière virulente et infectée contenue au\ prostates : considéré aussi qu à cause de son amertume, elle est fort contraire à pourriture : outre lesquelles vertus elle a esgard aussi par une propriété occulte sur les reins , et les autres parties dédiées à Ivrinc : ce qui se connoist tant par son effect, que par l'odeur qu'elle délaisse en 1' \ rine après que l'on en a vsé.

Et s'il y auoit quelque patient , comme il s'en trouue , qui ne peust aucunement prendre en bolus ladite térébenthine (en la façon que l'on la baille ordinairement) il est aisé de la rendre potable en la destrempant dans vn mortier auec un peu de iaune d'œuf et de vin blanc , Tayant premièrement lauée auec ptisane : ce que i'ay sceu d'un Apothicaire , qui cachoit ce moyen de la rendre potable conmie vn grand secret , que ie n\iy voulu oublier à escrire : parce que ie sçay que peu de personnes pensent que l'on la puisse faire aisée à boire , attendu sa glulinosilé et espaisseur.

Semblablement la lexiue faite de paille de feue , est excellente pour mondilier les reins, et vaisseaux spcrmaliques et vreteres. La quantité sera de deux ou trois onces, auec vue

dragme de miel rosat, ou autre semblable , pris deux heures au matin deuanl manger. La lexiue de sarment fait le semblable, donnée auec sucre rosat *.

Celle qui vient d'inanition se guérira par iniections grasses, huileuses et remollientes : par breuua^es et appUcations de choses de mesme effet , fuyant les causes qui ont engendré le mal. De celle qui vient de contagion, nous en allons traiter amplement 2.

Te pouuant asseurerque l'on a veu par les remèdes susdits , grand nombre de malades de chaude-pisse recouurer guerison : neantmoins, à fin que nous n'oublions rien de ce que nousauons délibéré de traiter, ayans fait les choses vniuerselles , nous viendrons aux particulières.

Page 1