CHAPITRE XXIX
DES BVBONS OV POVLAINS VENERIENS '.
Quelqncsfois le virus veroUique se communique au foyc, et si la vertu expullrice est la plus forte, les reielle aux aines , qui sont ses emuncloires, d'où s'ensuiuent apostcmes appelées Poulains : la plus part (lesquels sont cnfrendrés d'humeurs froids, lents et visqueux , comme il appert par la tumeur dure, blanche, et de petite douleur, estant très difficile à curer:
qui est vne autre raison, outre celles que nous avons alléguées au chapitre troisième, qui monslre que le virus de la verolle est principalement fondé en l'humeur pituiteux. Quelquesfois aussi il y en a d'autres faits d'humeur chaud, bilieux et acre, auec grande inflammation et douleur, qui souuent dégénèrent en vlceres virulens et corrosifs : et aucuns d'eux sont accidens precedans la verolle : comme ceux qui se tournent et se cachent par délitescence aux parties internes.
Il y en a d'autres qui ne sont accidens de la verolle, mais sont' maladies à part, qui se peuuent curer sans les remèdes propres à la curation de la verolle , comme journellement appert : et pour ce eslans comparés aux autres bubons veneriques, ils se peuuent appeler simples , el non compliqués.
Pour la curation il ne faut vser de résolutifs , craignant qu'vne partie seulement se résolue , et l'autre de-
« Ce chapitre est extrait d'un article de Thierry de llcry intitulé : Des buùons vencriots, cotmnuucmcnl apjjelcz poutuina ; ouv. cité p. 200 à 201.
LE SEIZIEME LIVRE
meure au dedans : aussi ne faut iamais vser en tel cas de repercussifs.
Donc on appliquera medicamens attraclifs et suppuratifs, propres à la nature de l'humeur, à sçauoir, plus chauds aux tumeurs œdémateuses et scirrheuses , qu'aux sanguines et bilieuses. Aussi seront diuersifiés selon les corps rares et délicats. L'application des ventouses ont grande efiicace, car elles ont puissance d'attirer l'humeur du dedans au dehors :
aussi faut subit y appliquer un médicament emplastique : somme* il faut conduire la cure par suppuratifs.
Et après la suppuration faite, l'aposteme sera ouuerte par cautère potentiel , si elle est causée d'humeur froid : car par leur chaleur et douleur ils aideront à cuire le reste de l'humeur, ioint que par l'ouuerture la matière sera mieux euacuée : et ne faudra y mettre aucune lente, mais seulement des plumaceaux*. On
1 Som7ne, pour en somme.
2 II y a ici une lacune dans le texte, laquelle existe dans toutes les éditions, et dans toutes est accusée par celte note marginale : Quels pouhtim il fuiil outirir auec le cautère acuid.\om ce que dit Thierry à cet égard:
« La suppuration ou maturation faicte, pour l'yssue du pus conioinct et contenu en la partie, fuuldra venir à l'ouuerture : laquelle se peult l'aire en trois sortes : la première est auec la lancette, ou autre chose incisiue : la seconde a\ec le cautère actuel (qui est fer principalement, actuellement igné.) la tierce sera le cautère potenliei : lesquelles trois manières d'ouuerture seront très vtiles à la curation desdictz bubons et de toutes tumeurs contre nature, selon leur diuerse considération •• car si par quelque négligence ou autrement, au lieu de suppuration se trouuoil putrelaction : ou si l'humeur chault, acre et bilieux, au lieu de suppurer, ambulo, corrode et gaigne pais, lors le cautère actuel par sa siccité (robo-
DE LA GROSSE VEROLLE
traitera l'aposteme par remèdes emolliens et suppuralifs , en mondifiant l'vlcere : et après Je malade sera saigné et purgé , s'il est besoin , et non au parauant que la suppuration soit faite.
Si on fait Fouuerture auecques la lancette , on la fera en trauers, selon le ply de l'aine , parce qu'en pliant la cuisse contre le ventre, les léures de l'vlcere se couchent l'vne sur l'autre, et l'agglutination est mieux faite, et n'y demeure tant de difformité quand la cicatrice est faite *.
rant la partie), contrarie et empescheladicle putreraction et ambulation : et pareillement consomme par sa cbaleur et siccité ladicte virulence et acrimonie, rendant l'humeur plus médiocre , bening et obéissant : toutesfois il est icy moins en vsage qu'au pais de Prouuencc et Languedoc , ou i'ay veu les pères et mercs faire ouurir à leurs enfants vn bien petit aposteme auec ledict cautcre actuel. «
Puis venait l'indication du cautère potentiel, qui a été copiée par A. Paré ; et enfln celle de l'instrument tranchant, que Paré avait oubliée, comme le cautère actuel, du moins dans ses premières éditions. Voyez la note suivante.
1 Ce paragraphe a été ajouté en 1685 ; l'idée première s'en trouve également dans Thierry ••
<« Celle qui se faict par apertion auec choses incisiues... et pour le iourd'huy elle est le plus practiquée de toutes, pour la timidité de plusieurs personnes de ce pays, ausqucls il fault s'accommoder... elle se doibt faire selon la rectitude des filamens qui est aux aynes, selon Galien au Ireziesme de sa méthode. »
Malgré l'autorité de Galien, et celle non moins imposante de Paré, je dois dire que la recommandation est mauvaise ; elle expose les bords de la plaie à chevaucher l'un sur l'autre et à devenir calleux ; elle favorise la formation de sinus, et retarde la cicatrisation ; en un mot , l'incision en travers du pli de l'aine est de beaucoup préférable.