‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 410 sur 511 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

COMMENT LA MATRICE SE RESSERRE SI TOST OVE LA SEMENCE Y EST IETTÉE ET RETENVE.

Lors que les deux semences seront ainsi receuës en la matrice, l'orifice intérieur d'icellc se resserre fermement et estroitement, à fin qu'elles ne retombent .- et quand la matrice a pris et retenu les deux semences meslées ensemble ( dont celle du masle est nourrie de celle de la femelle, qui luy est plus familière que le sang , par-ce que chaque chose plus facile-

ment est nourrie et augmentée de ce qui luy est semblable ' } se coagulent et adhèrent contre les parois de la matrice, et par sa chaleur naturelle sont eschauffées subit et si fort, qu'alentour se concrée vue petite peau subtile, semblable à celle qui se fait sus du lait non escremé, ou d'vne toile d'araignée, de façon que le tout est fait comme un œufaborlif, c'est à dire, qui n'a encore sa coquille ferme et dure. Or à l'enlour sont veus des lilamens entrelacés ensemble, auec vne substance glutineuse et glaireuse, de couleur rouge, et aucunement meslée de gros sang noir , et au milieu se manifeste vn peu le nombril , duquel est produite ladite taye^. Et à la vérité l'on peut auoir connoissance de beaucoup de choses des enfans au ventre de la mère en faisant couuer vingt œufs à vne ou plusieurs poules, les cassant tous les ioursTvn après l'autre en vingt iours : car en ce temps-là le poulet est parfait, et a ^u nombril.

Ladite pellicule est notnmée sccondine ou chorion, et des vulgaires arrlere-faix, ou le lict de l'enfant : et icelle est faite dés les six premiers iours, selon Hippocrates^, et ne sei t point seulement à contenir les deux semences ensemble enfermées , mais

' Celte parenthèse a été ajoutée en 1575.

» L'édition de 1573 ajoutait ici : Cest ce que Hippocrates afferme auoir veu à sa chambrière, aussi dict que l'on peut auoir corjnoissauce de beaucoup de choses, etc. Ces citations d'Hippocrate sont tirées de son livre De naturd pueri, et je ne sais pourquoi Paré les a effacées dans toutes ses grandes éditions.

^ Liure De la nature de l'enfant. — A. P. — Dans l'édition de 1573, cette note marginale s'appliquoit aux expériences sur les [ œufs cités ci-dessus.

DK LA GENERATION.

aussi il attirer leur aliment par les orifices des veines et artères , qui se terminent en la matrice par où est expmg^é le sang^ menstrnel , pour la purgalion vniuerselle de la femme en temps opportun : et ieeux oriOces ont esté appelles des Grecs Cotylédons, &i les Latins Acetabks, et ressemblent aux petites eminences ou appendices qui sont aux extrémités des Sèches : aux femmes sont peu apparents 1 : par lesquels est ladite secondine attachée et liée de toutes parts à la matrice , pour la conseruation et augmentation desdites semences 2.

Les anciens ont laissé par escrit, que la bouche de la matrice des femmes enceintes est tant serrée, que depuis la conception iusques à faccouchement , la pointe d'vn poinçon n'y sçauroit entrer : toutesfois on peut inonslrer que le contraire est veri table : tesmoin la superfetalion , à sçauoir engendrer de rechefsur vn engendrement, laquelle chose ne se feroit , si la matrice ne s'ouuroit. D'auanlage on voit ietter souuent aux femmes grosses grande quantité d'a-

' Ces mois, aux femmes sont peu apparais, semblent isolés et ne se rallier à rien dans le texle. Ils s'expliquent par une note marginale de l'édition de 1573 qui a disparu dans les suivantes, et qui est ainsi conçue :

Les cotylédons sont fort appartins aux besles, comme vaches, chcures el auUres, et aux femmes peu.

' Le chapitre finissait ici dans les premières éditions, le reste ne date que de 1585, et il est à remarquer que cette addition est une argumentation énergique contre une opinion soutenue par Paré lui-même, et qu'il a conservée dans toutes ses éditions; on la trouvera nettement exprimée au chapitre 15. Toutefois je n'ai voulu rien retranchcrni modifier dans le tCile, et il sulfil d'en avertir le lecteur.

quosités et autres excremens hor^ la matrice , qu'on ne peut dire qu'ils vinssent seulement du col , qui n'a telle capacité pour contenir tant de matière. Plus, la femme grosse ayant affaire à son mary , iette sa geniture hors : et si elle ne s'ouuroit, elle ne pourroit en découler. Item aux femmes qui ont leurs fleurs estant enceintes, vient du dedans delà matrice par l'ouuerture de certaines veines acetabulaires ou cotylédons , ausquelles l'enfant n'est pas attaché par sa secondine ou arriere-faix. Car s'il venoit par icelles mesmes, il s'ensuiuroit auortement. Ce qui ne se fait :

n'empcsche et n'offense ce sang passager, non plus que l'enfant enueloppé en ses membranes , qui font les fleurs blanches et autres matières putrides. Toutesfois peut-estre (et non nécessairement) que lorsque nature se descharge immédiatement par quelques veines du col de la matrice , comme elle fait aussi par les hemorrhoïdes , et par le nez, lieux plus mal à propos que le col de la matrice , voire mesme qu'on a veu par vomissemens de sang, et parles letins , au temps prefix que les fleurs doiuent couler: choses admirables eu telles diuersions et vacualions, qui se fait par nature, et non imitable par artifice de Médecin >. D'auantage , la femme estant grosse de deux enfans, la matrice s'ouure quelquesfois pour ietter vn mort, comme à elle estrange , sans que le vif sorte qu'à son terme prefix -.

' Piousset au liu. De l'enfantement cœsarieii. — A. P. — Le livre de Roussel avait paru en français en 1581; l'édition latine, fort augmentée, est de 1590.

' 11 manque ici quelques détails sur les enveloppes du fœtus. A. Paré n'a pas voulu

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