‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 432 sur 511 · DE LA NATVRE DV LAICT DE LA NOVRP.ICE · texte numérisé non relu

DE LA NATVRE DV LAICT DE LA NOVRP.ICE

On fait iugement du bon laict, à la quantité' , à la qualité, à la couleur, à l'odeur, au goust.

A la quantité : le peu de laict, outre qu'il ne suffit pas pour nourrir l'enfant , aussi ne peut-il pas estre guère bon , parce qu'il demonstre le tempérament trop chaud et trop sec : aussi la trop grande quantité n'est pas bonne , tant pour la nourrice que pour l'enfant , de crainte qu'il ne se caillebotte et corrompe aux mammelles, Toulesfois il vaut trop mieux qu'il y enaye trop que trop peu : car elle en peut espancher quelque quantité deuant qu'en donner à l'enfant.

De la substance : le laict qui est entre subtil et gros et blanc , signifie que la vertu laclifiante a pleine domination en la digestion du laict, et par conséquent que le laict en est très bon. Or pour le connoistre il en faut tirer une goutte dessus l'ongle , delà mammelle , et s'il coule et s'espand sans branler l'ongle, c'est signe qu'il est aqueux , non suffisant pour nourrir : au contraire s'il ne coule point en baissant l'ongle , il est trop gros et gluant : mais s'il demeure ferme sans incliner l'ongle, et en le penchant il coule tout bellement, c'est signe qu'il est bon.

On peut iuger le laict pareillement

' On lit dans les éditions posthumes • A la quanliié ou substance, à la qualiic, etc. Évidemment la substance se rapporte à la qualité, et c'est bien ainsi que J'autcur l'a entendu dans le ^e^lc du chapitre. J'ai donc supprimé ces deux mois, ou substance, qui n'existent dans aucune des éditions faites du vivant de l'auteur.

estre bon par sa couleur, par-ce que ledit laict n'est autre chose qu'vn sang blanchi : et celuy qui est fait d'vn sang tempéré, est tout blanc, et celuy qui est d'autre couleur se doit reietter : car s'il tire sus le brun , c'est signe qu'il est procréé de sang mélancolique : et s'il est verdoyant , signifie adustion : et s'il est aucunement citrin, c'est signe qu'il est cholérique : et s'il est rubicond, c'est signe que la vertu digestiue lactifiante est débile i. Icy nous deuons bien admirer la prouidence de Nature, d'àuoir ainsi transmué le sang en couleur blanche par la vertu lactifiante des mammelles : car si elle se fust oubliée (ce que iamais n'a fait) de laisser couler le sang en sa substance et couleur rouge, la femme nourrice eust eu en horreur de voir ainsi espandre son sang ; et aussi cela eust esté odieux à l'enfant de le succer pur et rouge de la mammelle , ioint que nous n'eussions point eu de beurre ny fromage. Pareillement les assistans eussent abhorré de voir la bouche de l'enfant et tetins de la mère sanglants : bref Dieu a fait toutes ses œuures par vue très grande sagesse. C'est ce que chante ce grand Prophète du Ciel '^ :

En tout se voit ta grand'vertu parfaicte, lusqu'à la bouche aux enfans qu'on aliaicte : Et rends par là confus et abbalu Tout cnnemy, qui nie ta vertu.

Et quant à l'odeur, elle doit estre douce et suaue et non autre ; car s'il estoit de mauuaise odeur, comme

" L'édition de 1573 arrêtait ici ce paragraphe, et passait immédiatement à l'odeur du lait; ce qui suit a été ajouté en 1575, à l'exception des quatre vers du psaume, qui n'ont pris place que dans l'édition de 1686.

' Vs. 8. — A. P.

1>E LA GENERATION

d'eschaiiffaison , c'est signe de chaleur superflue et de sang aduste, comme volontiers on voit celuy des femmes rousses : s'il sent l'aigre , il demonstre l'humeur melancholique.

Et quant au goust, il doit estrc sucré, et ne faut pas qu'il soit amer, ny salé, ny aigre, ny styptique, c'est à dire de haut goust , comme verjus.

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