‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 45 sur 511 · DES PLAYES DES CVISSES ET DES ÏAMBES · texte numérisé non relu

DES PLAYES DES CVISSES ET DES ÏAMBES

Les playes faites au dedans des Cuisses sont souuent cause de mort subite, quand elles pénètrent en la grosse veine Saphene , ou grosse artère , et aux nerfs qui les accompagnent : ce que i'ay veu souuent aduenir.

Or lors qu'elles sont simples, il n'y a rien qui peruertisse la cure, fors qu'il faut que le malade garde le lit , suiuant le prouerbe commun des Iialiens, à sçauoir, La mano al peito, la gambaallelto. Mais qutmd elles pénètrent profondément, souuent adulent grands accidens, comme inflammation , aposteme , et pourriture aux membranes qui couurent les muscles, qui causent que l'vlcere iette vue tr<?s-grande quantité de matière, de façon que le malade meurt en atro phie , et tout desseiché.

Et partant faut que le Chirurgien soit aduisé à bien traiter telles playes, vlceres et fistules, faisant des incisions, à fin de pouuoir extirper et mondifier les membranes pourries et les callosités. Car vne petite portion peut faire grands accidens, et tenir l'vlcere long temps ouuerte.

Et quand les tendons du iarret et autres sont coupés , aucuns Chirur-

giens ont bien osé les coudre bout-àbout, à fin de les reiinir ensemble : ce que iamais n'ay osé faire, de peur qu'il n'y suruint extrême douleur, conuulsion, et autres accidens. l'ay •bien veu le gros tendon fait de trois muscles du mollet de la iambe , lequel s'insère au talon *. estant coupé d'vn coup d'espée, la playe estre long temps sans se pouuoir consolider : et après estre cicatrisée , quand le malade commençoit à cheminer, laplaye s'ouuroit comme auparauant : et partant ie conseille, le fait aduenant.que l'on commande au malade de bien long temps ne cheminer sur la iambe blessée, iusques à ce que la cicatrice soit endurcie , et bien ferme : à ceste cause il doit cheminer long temps sur vne potence.

le ne puis et ne dois icy obmettre vu accident que i'ay veu aduenir au gros tendon du talon 2. C'est qu'iceluy pour bien legiere occasion , comme pourqueIquepetitsault,pourvnemalmarcheure, ou pour auoir failli ^ de pied en montant à chenal, ou pour y estie monté trop allègrement et brusquement, se rompt et dilacere, sans

1 Hector fut traîné -par ce tendon au long des murs de Troije. — A. P.

2 Tout ce qui suit et qui a rapport à la rupture du tendon d'Achille est une addition faite à la deuxième édition , et a donc pour date 1579. A. Paréavail mis ce passage à la suite du chap. 40, qui a pour titre Histoire du dejuni Boy Charles IX, où certes on ne serait pas tenté d'aller le chercher. J'ai cru devoir le rapporter ici, à la suite des plaies des tendons , comme à sa place bien plus naturelle.

3 La deuxième édition porte sailly , la cinquième fuilly ; on sait que la grande Tde cette époque ressemb.e beaucoup à une f. L'édition latine a traduit suivant ce dernier sens : ascensu in equum tel frustato tel rapidiore.

DES PLAYES EN PARTICVLIER

qu'il y ait aucune apparence de solution de continuité à la veué, ou autre lésion du cuir. Les signes de tel accident sont, que lors que tel excès se fait, on oit vn bruit en ceste partie, comme d'vn coup de foiiet, et ce lors que la solution se fait : puis au tact, on sent vue cauité au dessus du talon, à l'endroit que ledit tendon est rompu. La douleur est grande en la partie , auec impuissance de marcher droit à son aise.

La cure se fera en gardant le lit par vn long temps , appliquant du commencement des remèdes repercussifs sur la partie , pour euiter la fluxion , et autres mauuais accidens :

puis on vsera de Vempla^trum nigrum ou dialchalciteos et autres , selon qu'on ingéra le cas le requérir.

Et toutesfois pour cela ne faut espérer receuoir entière guerison du mal, ains au contraire , dés le commencement faut prognostiquer et prédire qu'il restera tousiours quelque depression en la partie , auec deprauation de l'action de la iambe : c'est à dire , que le malade clopinera tousiours quelque peu , à raison que les extrémités du tendon rompu ou relâché ne se peuuent iamais parfaitement reioindre.

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