‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 460 sur 511 · CHAPITRE LIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIV

LES SIGNKS POVP. COXNOISTRE SI VNE FEMME EST .MORIE OV NON PAR VNE SVFFOCATION DE MATRICE.

De tant que plusieurs femmes, non seulement du temps passé, mais aussi de fresche mémoire, esprises de ceste maladie, ont esté portées en terre pour mortes, qui toulesfois ne lestoient : i'ay pensé qu'il seroit plus que tres-necessaire de donner signes démonstratifs de mort ou de vie en tel accident ^.

Premièrement donc cela seconnois- Ira par application d'vn miroir bien net et poli au nez et à la bouche, pour-ce que la vapeur de la respiration , en celles qui respirent, l'obnubile, couure et cache d'vne petite vapeur, et se ternit : et si telle chose iipparoist , c'est vn très-certain signe dévie. Aussi pourra-on encores connoislre en luy appliquant Ane plume

' Ce paragraphe a été ajouté en 15'5; celui qui suit en là8à.

' Ce début de chapitre ne date que de 1579; en 16*3 le texte portait simpleiiienl : Quand on litij applique au nez et à la /'(juclic un tniroif bien esauyé tilpolly, pour ce que lu vapeur, etc.

DE LA GENERATION

tres-molle , comme de diiuet , ou va petit bourgeon de laine cardée , qui par le mouuement puisse testifier la respiration.

Toutes fois ces signes sont souuent trompeurs , et non du tout asseurés :

parquoy plusseurement on peut connoistre s'il y a encores quelque reste de vie en la femme par les medicamens slernutatoires, comme posant près le nez de l'cllebore ou du pyrethre , ou bien les souillant dans le nez lorsqu'ils sont rediiitsen poudre^

Or encores que nulle respiration apparoisse, si est-ce pourtant qu'il ne faut conclure la femme estre morte:

car elle peut encores auoir vne petite chaleur qui luy reste au centre du corps , par le bénéfice de laquelle elle est conseruée : et ceste petite chaleur n'a pas grand besoin de la respiration de la poitrine, ny de l'action des poumons pour sa conseruation (c'est à dire réfrigération , ventilation, et imtrilion)tout ainsi que tous autres animaux froids, lesquels en hyuer se cachent en terre si auant qu'ils ne peuuent respirer, et toutesfois sont entretenus de transpiration du cœur et des artères : ainsi se fait-il à la femme. Syluiusescrit qu'aucunes ont esté par trois iours esuanoiiios , et pensoit-on qu'elles fussent mortes , parce qu'elles ne respiroient nullement, et auoient tous autres signes de mort , à sçauoir, n'ayans nul sentiment, mouuement, ny chaleur: partant en telle disposition ne se faut haster les enseuelir, et moins ouurir leurs corps , de peur d'encourir vne calomnie. Ainsi que de ce siècle est arriué à vn grand analomiste , ie dis grand et célèbre , duquel les Hures

' Ce paragraphe manque en IbVi, cl a été intercalé en 1575.

reparent auiourd'huy les estudes des hommes doctes, lequel estant pour lors résident en Espagne , fut mandé pour ouurir vne femme de maison, qu'on eslimoit estre morte par vne suiTocation de matrice. Le deuxième coup de rasoir qu'il luy donna, commença ladite femme à se niouuoir, et demonstrer par autres signes qu'elle viuoit encores, dont tous lesassistans furent grandement estonnés : ie laisse à penser au lecteur comme ce bon seigneur faisant cette œuure, fut en perplexité, et comme on cria toile après luy , tellement que tout ce qu'il put faire fut de s'absenter du pays:

car ceux qui le deuoient excuser, c'estoient ceux qui luy couroient sus : et estant exilé tost après mourut de desplaisir : qui n'a esté sans vne grande perle pour la republique K

Or, iay bien voulu reciter cette histoire afin d'instruire tousiours le ieune chirurgien estre discret à se garder qu'il ne tombe en tels accidents : et faut noter que l'on peut connoistre la mort de la femme , par l'escume qui luy sort de la bouche.

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