‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 462 sur 511 · LA CVRK DE LA SVFFOCATION DE LA MATRICE · texte numérisé non relu

LA CVRK DE LA SVFFOCATION DE LA MATRICE

La suffocation procédante de la matrice , pour ce que c'est vn grief et pernicieux accident, se veut secourir promptement, voire en négligeant pour l'heure la cause d'icelle.

Donc que la femme subit soit située sus l'espine du dos , ayant vn peu le thorax esleué , à fin qu'elle expire

DK LA GENERATION.

plus libroment , et que piomptemenl on luy détache les lacets de sa poitrine , et qu'on l'appelle à haute voix par son nom , criant à ses oreilles :

qu'on luy tire le poil des temples et de derrière le col , ou plustost celuy des parties honteuses, à fin que non seulement elle soit esueillée , mais d'auantage que par la douleur excitée en bas , la vapeur qui monte en haut et fait la suffocation soit retirée et rappellée en bas par reuulsion :

aussi luy faut lier les bras et iambes de liens douloureux, ensemble qu'on la frotte rudement auec gros linges aspres et rudes , auec douleur, trempés en vinaigre et sel. D'auantage, on luy appliquera vn pessaire à la matrice semblable à cestuy •:

Tf.. Succi mercur. et artemis. ana g , ij. fn quibus dissol. pul. benedict, 3. iij. Pu!, rad. enul. campa, galangae minoris, ana 3. j.

Fiat pessar.

Puis luy faut oindre la plante des pieds d'huile laurin , ou autre semblable : après on luy appliquera vne grande ventouse sur le petit ventre au dessous du nombril, auec grande flambe : aussi luy en seront appliquées au plat des cuisses, c'est à dire aux parties intérieures, près les aines, à fin de retirer la matrice en son lieu, et faire reuulsion des matières qui causent ce mal. S'il est besoin sera fait parfum en la matrice auec choses fort odorantes : mais premièrement faut tenir le col de la matrice ouuert, à fin que le parfum puisse mieux entrer dedans , qui se fera auec vn instrument fait en façon de pessaire,

• On voit encore ici le mot pessaire pris dans le sens des anciens; tout-à-l'licure il le sera dans un sens plus rapproché des modernes.

pertuisé en plusieurs lieux , à la bouche duquel y aura vn petit ressort qui le pourra tenir ouuert , tant et si peu que l'on voudra : et sera attaché par deux liens à vne bande, ceinte au milieu du corps de la femme : lequel sera fait d'or ou d'argent , ou de fer blanc : le portrait duquel est icy donné.

Pessaire pour tenir le col de la matrice ouuert, par le bénéfice d'vn ressort *.

Ayant mis le pessaire dans le col de la matrice, la femme sera assise en

' Ce pessaire est le même que celui qu'on a vu au chapitre 29 du livre V, tome 1", page 309. — La forme, la dimension , la courbure étant les mômes, je n'ai pas jugé nécessaire de faire graver une autre figure; cependant je dois avertir que le pessaire ici représenté par Paré était percé de trous pareils à ceux de son extrémité jusqu'à deux lignes environ de la charnière.

LE DfX-HVrTIKME LIVRE

vne chaise percée et bien couuerte tout autour, de peur que la vapeur des cliosos aroiuatiques qui ont vertu d'attirer la matrice en bas ne monte en haut, et que la femme ne ressente ceste odeur par le nez et par la bouche : car tout au contraire luy faut faire odorer choses fétides et fort puantes, à hn de renuoyer la matrice en bas, dont nous parlerons cy après.

On peut vser desdits parfums odoriferans liquides, les faisant boiiillir auec maluoisie ou du bon vin, y adioustant vn peu d'eau de vie, posés en vn pot couuert d'vn entonnoir:

mettant m rechaud dessous , auquel y aura du feu, à tin que la vapeur qui s'esleuera puisse entrer dedans le col de la matrice au Irauers du susdit instrument fait en manière de pessaire *.

Portrait d'vn pot pour receuoir les parfums au col de la matrice.

' J'ai R'tabli ce paragraphe , qui est essentiel à l'intelligence du lexle, d'après l'é-

Les matières des parfums odoriferans sont , Cinamom. calam. aromat.

xylaloés, ladanum, benioin, thym, piper , cnryiiphyl. lauan. calament. arternis. P'ieg. alipta mosc. gall. mosc.

mus. amh . iuncus odoratus ' , et autres semblables , qui par leur g^rande vertu aromatique attirent la matrice en son lieu , et consument les ventosités putredineuses. Et faut g^arder que ladite fumée n'entre point aux narines : au contraire luy faut faire vn parfum de choses puantes, qu'elle receura par le nez et par la bouche, comme, Galhaniim , sagapenum , ammoniacum , assa fœtida , bilumen , olcum gagatœ ., huile de souphre et de petroVe : aussi des chandelles de suif recentement esteintes , plumes de pordrix, bécasses, et de tous autres oiseaux : poils d'homme , de bouc , de vache: draps, feutre, vieilles sauates lie souliers , ongles et cornes de bestes , poudre à canon ^ et souphre vif bruslés , et autres choses semblables , à fln que ceste puante vapeur contraigne la matrice d'aller en bas':

d'autant que la matrice , d'vn instrument naturel et peculierc faculté , fuit les choses puantes, et se plaist aux choses odoriférantes. Or quand

dilion de 1573; car il avait été omis dans l'édition de 1575, et par suite dans toutes les autres, par une sorte d'oubli qu'il n'est pas facile d'expliquer.

' Toute cette longue énumération se trouve dans l'article cité de Sylvius.

p ' L'édition de Ibl'i ajoute ici, punaises; ce mol a été retranché dés 1576.

' Le paragraphe se terminait ici en 1573; la Gn de la phrase ne date que de 1579, mais la dernière phrase se lisait déjà en 1575, et elle se terminait même alors par CCS mots , retranchés depuis : mais l'euaporalion faite des choses susdites est commode , d'autant qu'elle tend à siccité.

DE LA GENERATION

on dit qu'il faut vser de parfums faits de choses puantes, cela n(; se doit entendre des corps des animaux cadauereux, et des eaux des esgouts de la voirie , et autres choses semblables , parce que de leur vapeur putredineuse pourroient infecter la malade et les assistans.

Semblablement on prouoquera le vomir, en mettant vue plume d'oye fort profondement en la g^orge , ou les cheueux mesmes de la malade :

après on luy donnera quinze grains de poyure noir piles auec hydromel ou bon vin , qui est le secret d'Auicenne : pareillement , on luy peut donner vne demie dragme de theriaque dissout en vne once d'eau d'absinthe, trois heures auant le past.

Autre remède bien approuué : Vne goutte d'huile de gets mise sus la langue.

Jttfre remède : Prenez demie dragme de castor dissout en vin blanc , ou boiiillon de chapon, et luy eu donnez à boire.

Pareillement luy sera ietté profondement dans le col de sa matrice, theriaque dissout auec eau dévie, et luy en sera donné vne ou deux cuillerées : et dans les oreilles et nez on luy mettra deux ou trois gouttes d'huile de sauge de quinte-essence *.

On la fera esternuer, en luy mettant dans les narines de la poudre d'hellébore , ou de poyure , ou autre semblable, à fin de resueiller l'esprit vital et animal , qui en tel cas est comme endormi et assoupi. D'auantage on fera des iniections carminatiuçs dans le siège et matrice , faites

" Ce paragraphe a été ajouté en 1575, où il se terminait par ces mois, retranchés dès 1579 ; à cause de la tenue substance nui est en elle.

de décoction de calamenthe, armoise, lauande, pouliot, camomille, melilot, et autres semblables : outre plus on fera suppositoires et pessaires de ladanum, gingembre, galla mosc. theriaque , melhridat , ciuetle, musc:

aussi d'huile de girofle , anis , sauge , rosmarin , et autres semblables , extraites par quinte-essence. D'auantage pourra vser de clysteres, comme cestuy-cy.

"if. Rad. enulîB campa, ireos, ebul, aristo-

loch. ana g . j.

Fol. absinth. artemis. matricar. puleg.

origan, ana m. j.

Bacchar, lauri et iiinip. sambuc. ana p. j. Sem. rutœ, cumini, amnios ana 5. ij.

Fiorum stœchad. rorisin. saiuia;, cen-

taur. minor. ana p. ij.

Fiat decotlio, cape de colat. lî>. j. in qua

dissolue :

Mellis anlhos. sacch. rub. et bened. ana

§• j- Diacath. 3. ij.

Olei aneth. et nard. ana 3 . j. 6 .

Fiat clysterium.

D'auantage on leur pourra appliquer ceste emplastre sur le ventre.

"if. Mass. cmplast. oxyeroc. et de melil. ana

§• i'j- Olei nard. quant. sufT. ad malaxand.

Fiat empiastr. exlendatur super alutani, et applicetur reg. matricis.

Et si la femme est mariée , le paroxysme estant ja passé, et la femme estant resueillée « , qu'elle ave compagnie de son mari, car telle chose surpasse tous autres remèdes : et si c'est vne femme grosse qui souffre

• Ces mots : le paioxisjne entant ja passé et la fontiie estant rcsueitlée, manquent dans l'édition de 1573, el n'ont été ajoutes qu'en 1575.

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suffocation, de ce remède aura grand et pronipt secours , et seur : car des autres aides n'en doit vser qu'auec grande prudence et conseil du docte médecin, depeurd'auorter, et en lieu de la compagnie de son mari '.

La sage-femme doit oindre ses doigts auec huile nardin , ou muguette, ou de clou de girofle, ou d'aspic meslés ensemble, auec musc et ambre gris , et ciuette , et quelques poudres subtiles et aromatiques, et les appliquer au profond du col de la matrice : et en frottant qu'elle titille ledit coldel'orificed'iceluy, et qu'elle l'eschauffe premièrement de quelque linge. Et toutes ces choses se feront

• L'édition de 1373 contenait ici ce paragraphe :

u Mais d'autant qu'il y a certaines femmes qui pour nulle chose voudroient prendre vn clistere de la main d'vn homme, pour vne vergongne qu'elles ont de ce montrer : à

à fin que la semence corrompue , ou autres humeurs venimeux , ou ventosités (qui sont cause de ses maux) se puissent résoudre et s'escouler hors , ù lin qu'estans euacuées, la matrice puisse descendre, et que soudain la femme reuienne à conualescence de sa suffocation , et en sa première santé : qui se connoistra, à cause que les iouës commenceront à rougir, et les mandibules à s'ouurir, et les yeux à s'esleuer , et le pouls à se manifester , et la femme aura connoissance des assislans , et commencera à se resioiiir,et autres signes de reconualescence 2. Quelques-vns tiennent pour vn grand secret de frotter l'ombilic de

ceste cause i'ay fait portraire cet instrument, duquel elles se pourront aider à receuoir ledict clistere, mettant pardeuant (aiant les fesses esleues) la canule dans le siège, puis versera la liqueur dedans. »

•.Imirumenl \'ar lequel les femmes se peuueni bailler elles mesmes m clistere.

Ce passage a été retranché dés 1575, la figure étant encore conservée; mais elle a été à son tour supprimée en 1579; le tout alors, figure cl texte, ayant été transporté au Livre dex mcdkamens, chapitre 32.

- Le ohnpilrc se terminait ici en 1573 ; la dernicr-ei)luasc a élé ajoutée en 1575.

l'ai ici une remarque assez importante à

faire relativement à l'arrangeraent du texte. A partir de l'édition de 1579, on trouvait à la suite de ce chapitre un assez long paragraphe qui manifestement ne s'y rapportait point, et tout aussi manifestement se rattachait au chapitre suivant. J'ai jugé qu'il y avait eu là une méprise de l'imprimeur demeurée inaperçue de l'auteur, et je n'ai

DE LA GExNERATlON.

SUC exprimé d'vn ail cuit, meslé auec vn peu d'aloé-

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