CHAPITRE LX
LA CAVSE DES MENSTRVES AVX FEMMES.
Pource que les femmes sont de température froide , au respect des hommes, aussi le nourrissement ne se peut tost conuertir en bon sang, de façon que la plus grande partie demeure indigeste, et se conuertit en menstrues, desquelles la femme saine se purge et nettoyé * : ie dis saine expressément, car aucunes femmes malades en sont exemples. Or on peu t affirmer qu'aucunes fenmies abondent cent fois plus en sang que l'homme :
qu'il soit vray, depuis treize ou quatorzeansiusquesà cinquante, et quelques-vues iusques à soixante 2 , elles iettent tous les mois grande quantité de sang ; et neantmoinsque quelquesvnes soient grosses d'enfant, ausquelles faut abondance de sang pour sa nourriture et croissance estant au ventre de sa mère, si est-ce qu'elles ne délaissent à auoir leurs fleurs.
D'auanlage, il se trouue des femmes grosses qui auortent si elles ne sont saignées, et disent qu'elles sulToqueroient si elles ne l'estoient. Plus , quand l'enfant vient sus terre , la mère iette grande quantité de sang :
et encore après l'espace de dix ou douze iours, et encore pendant ceste purgation le sang monte aux mammelles et se conuertit en laict, qui n'est qu'vn sang blanchi, lequel l'enfant succe ettette iour et nuit: et iu.s-
1 Aristote en ses Problèmes. — A. P.
i Les édilions de 1573, 1575 et 1579 disent seulement : depuis treize ans iusquea à cinquante.
ques à ce qu'il soit vn peu ^randelet, soiiucnl la nourrice est rnnlraintc d'ospandre son laict.ouse laiic tcler à vn autre. Kt lors que l'enfant est n<^grandi et plus fort, d'autant aussi succera-il d'auanta{?e du laict des niammollcs, voire (|ueiouret nuit (^n peut tirer demie liiire ou plus, neanlmoins plusieurs nourrices ne laisseront d'auoir leurs (leurs tous les mois. Et pour ces causes on peut vrayement dire que la femme a beaucoup plus de sang que l'homme: mais nousretourneronslefueillet, et dirons qu'vne drachme de sang d'vn homme vaut mieux que deuxliuresde celuy d'vne femme, parce qu'il est plus cuit et digéré, et plus spirituel '.
Parquoy l'homme ayant vne chaleur plus vigoureuse, tourne aisément etpromptement eci substance de son corps tout l'aliment qu'il prend : et s'il y a quelque superfluité, par le moyen d'icelle chaleur il la discute et dissipe promptement par insensible transpiration : mais la femme au contraire est plus froide, partant appelé et prend plus d'aliment qu'elle ne peut cuire, pource amasse beaucoup d'humeur superflu, lequel pourl'imbecillilé de sa chaleur, elle ue peut résoudre par insensible transpiration.
De là vient que la femelle est suiette au flux mt'ustrual, et non le masle.