‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 467 sur 511 · CHAPITRE LXIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIT

LES SIGNES ET PIîOGNOSTIC QVE LES MENSTRVES SO^T RETENVES , ET LES MALADIES ET ACCIDENS QVI EN AD- VIENNENT.

Quand les mois sont retenus par obstruction des veines et artères qui sont à la matrice et col d'icelle, dédiées à expulser tel sang, alors il se fait plusieurs maladies et accidens, comme sufl'ocation de matrice, dont nous auons parlé cy dessus : les mammellesdela femme dcuiennent enflées et dures, el les partiesgenitales: aussi douleur de teste, défaillance de cœur el souuent palpitât ion d'iceluy, inflammation à la matrice, fiéure, aposteme, chancre, digestion débile, nausée, vomissement (comme aux femmes grosses, dont plusieurs le cuident eslre) hydropisie : d'auantage aucunes ont vne strangurie, c'est à dire ne pouuans faire leur vrine qu(? goutte à goutte ', à cause que la matrice estant remplie, presse et ferme quasi la vessie qui luy esl au dessus : ou bien si elles vrinent librement, leur vrine est espaisse et noiraslre ou rougeastre. pour vne partie du sang retenu coulant par icelle, comme raconte Galien au liure De atra bile.

Il y a des femmes qui , lors qu'elles viennent sur le point que leurs mois veulent couler, sentent de grandes douleurs aux reins et tranchées au ventre , à cause que leur sang est fort grossier, qui fait qu'il pénètre difficilement par les veines et artères'-.

1 Ici finissait le chapitre en I573j le res(<î esl de IJTo.

' Ce paragraphe manque dans les éditions de 1673 et 15:5.

LE DIX-HVITIEMK LIVRE

Les femmes se peuuenl purger de leurs mois non seulement par la ma- Irice , mais aussi par vomissement , par les vrines , par les bemorrhoïdcs.

fesçay que ma femme estant fille, au lieu d'auoir ses lleurs par le lieu destiné de nature, les rendoit par le nez l'espace d\n an entioM'. Dauantag^e la femme de lierre Le l'éure, vendeur de fer demeurant à Chasteaudun, les rend par les mammelles auec telle quantité que tous les mois elle gaste trois ou quatre seruiettes*.

Aussi llembert Dodonay, médecin de l'empereur César, en ses Obseruations medccinalesVmve 1. chapitre 15.

dit auoir veu vue fille aagée de seize ans , laquelle iettoit ses fleurs par les yeux, comme gouttes de sang, en manière de larmes'^.

Autres ont ausèi difficulté de respirer, tristesse sans cause raisonnable , manie,principalementquan 1 les mois sont retenus, ou la semence (comme nous auons dit). Quelques vues deuiennent podagriques , la couleur du visage liuide , bouffie, blatîarde et difforme, pareillement tout le corps, etdeuiennent flacques et languissantes, appétit perdu , phtbisie , epilepsie , paralysie , apoplexie- ; et outre tout cela vn insatiable appétit de Venus , parce que toutes les parties de la matrice sont titillées et esmeuës du sang si putréfiant qui y est retenu.

Or ces choses aduiennent principale-

' Ce curieux paragraphe n'existait pas en 1573, ni nièine encore en U>lh, bien que Paré fût remarié depuis 1672; mais sans doute il n'avait pas osé mettre en scène [si publiquement l'histoire des règles de sa lemme. Au reste cette crainte ne l'a pas retenu bien long-temps, et ceci était publié dès 1579,

' Cette observation de Rembert Dodonée ou Dodoens a été ajoutée en 1685.

ment à celles qui sont oisiues , et qui viuent copieusement de viandes multi[)lians et eschauffans le sang, et qui ont fait cessation du coït, et d'enfanter , aussi estant coustumierement auec les hommes : desquels maux lors qu'il y en a quelqu'vn ja présent ou prest de s'engendrer, il leur faut aider à prouoquer leurs menstrues par les choses propres et dédiées à ce faire, comme nous déclarerons bien tost.

Or la femme grosse , combien que ses mois luy soient longuement supprimés, toutesfois iamais ne luy apportent tel accident (ou c'est bien rarement ) parce que de la plus pure partie d'iceux l'enfant en est nourri en la matrice , et le reste qui est plus gros , et non gueres corrompu , s'y garde pour supporter l'enfant et aider à l'expulser hors quand l'heure est venue d'enfanter, qui se fait par vne grande prouidence de Dieu et de Nature.

Les femmes qui conçoiuent ne sont tant suiettes aux maladies de la matrice , que celles qui ne conçoiuent :

parce que la femme estant grosse, ses vaisseaux se remplissent , puis après se purge mieux de ses menstrues.

Quelquesfois il s'engendre des vents dans la matrice qui l'enflent et durcissent , et leurs fleurs sont retenues, de façon que la femme pense estre grosse et ne l'est pas * : et quelquesfois fait des vents par le col de la matrice comme par le siège.

La femme ayant son flux a l'ap-

' Hippocrates au Hu. des maladies qui aduieiincnl aux femmes. — A. P. — Le paragraphe finissait là en 1573; le reste de la phrase a été ajouté à la fin du chap. il en 1579. L'auteur a déjà parié de la tympanile utérine ci devant, page 727.

DE LA GENERATION

petit perdu, et mange peu , comme (lit a esté par cy clouant : parce qu'en ce temps là Nature peine et Irauaille plus à ietter ses menstrues qu'à digérer l'aliment > , et si elle mangeoit comme de coustume, la viande ne pourroit estre digérée : à ceste cause Nature prudente en toutes ses actions abhorre les viandes. Aussi la femme ayant ses fleurs a la couleur palle :

parce que durant tel flux la chaleur naturelle se relire des parties extérieures aux intérieures , pour aider à expeller tel flux, laquelle absente de ceste chaleur naturelle cause la couleur palle-.

Et faut noter que la suppression du sang menstrual retenu dans les veines, quelquesfoisseconuerliten matière purulente. Ce que Hippocrates a escrit au liure Des Maladies des femmes , dont nous pouuons colliger ce qu'on dit vulgairement estre faux, que la suppuration n'est iamais sans apostemeetvlcere.GaliensurleCojnmentaire du troisième Hure des Epidémies , fait mention d'vne femme qui pour la suppression de ses fleurs deuint maigre et fort exténuée , palle et ridée, à raison de i'impurité du sang corrompu : laquelle il giiarit , el luy fit reuenir ses mois par fréquentes saignées. Antonhis Beneuenius au liure 1. chapitre il. dit qu'vne femme estoit tourmentée d'vne grande douleur de teste, à cause que ses mois esloient retenus : et les ayant vomis, sa douleur de leste fut cessée '^.

' Aristotc en ses I^roblemes. — A. P.

~ Ici se terminait le chapitre dans les éditions de 1573, 1575 et 1579j le reste a été ajouté en 1585.

^ Paré a écrit et laissé écrit Benevenius ; c'est Benivenius qu'il fallait dire. Il cite le liv. 1, chap. 41 ; l'ouvrage de Benivieni n'a qu'uQ seul livre. Voyez mon Introduction. ,

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