CHAPITRE LXIX
CAVSES DES FLEVRS DLANCHES.
Les causes des fleurs blanches viennent souuenl par la debiiitation de la concoclion de l'cstomacli, ou de tout le corps, et de grande tristesse, ou pour auolr vsé trop de viandes crues et phlegmaliques. Le cours de ces fleurs, combien qu'elles soient blanches, conserue le corps en santé, pourueu qu'iceluy soit modéré, à sçauoir qu'il ne soit trop grand ny trop petit, et n'aye nulle acrimonie : autrement tel flux engendre debiiitation et lassitude vniuerselle de tout le corps, couleur palle, l'appétit abbatu, atrophie ou amaigrissement de tout le corps, tristesse qui ne se peut appaiser pour la vergongne du decoulement d'vn tel flux, tumeurs oedémateuses aux iambes : et fait à d'aucunes descendre la matrice en bas, ce que nous auons par cy douant appel* lé précipitation de la matrice. Tel flux empesche la conception, par-ce qu'il corrompt la semence, ou la contraint de sortir en s'escoulant* : aussi quelquesfois acquiert vne acrimonie, pour auoir demeuré cinq ou six mois sans estre euacué, lequel s'aposteme au corps de la matrice ou au col d'icelle, et acquiert pourriture, laquelle est souuent icttée hors, qui cause vlceres putrides et chancreuscs. A aucunes femmes se font apostemes aux aines et hanches, qui est souuent cause de leur mort, et le plus souuent pour ne s'estre monstrées et déclarées aux médecins et chirurgiens en temps op-
1 Hippocrates au liure de la nature de l'enfaut. — A. P.
portun , pour honte et vergongne qu'elles ont à monstrer leur mai.
A ceste cause Montanus * recite ceste histoire, que quelquefois fut appelle d'vne noble damoiselle d'Italie ; laquelle auoit des fleurs blanches, et ayant conneu son mal. luy ordonna qu'elle se fist seringuer, et deterger sa matrice: ce qu'ayant entendu ladite damoyselle tomba en syncope, et pria son mary de non iamaisl'appeller.
Et parlant les maladies de la matrice sont difficiles à connoistre, et difficiles à curer : car la matrice reçoit la plus grande part des superfluités de tout le corps 2, tant pour-ce qu'elle est partie débile, que pour-ce quelle est située en bas, et a plusieurs vaisseaux qui aboutissent en soy : et d'auantage est naturellement sujette à purgations et fluxions.