‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 503 sur 511 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

« De la descente des intestins en la bourse des petits enfans, appelée harcjne ougreiieure. »

Le contenu de ce chapitre a été reporté depuis au livre des Tumeurs en particulier ( tome 1", pages 405 et suivantes) ; et comme je n'avais pas alors découvert cette première origincdeschapitresdeParésur les hernies, j'en donnerai ici une analyse complète, atin que l'on puisse juger de ce que l'auteur y a ajouté de 1673 à i575.

a Souuent, dit-il en commençant, les en fans ont des hargnes ou greueurcs, qui est vne enflure aux aines ou aux bourses, et lorsqu'elle n'est qu en l'aine , les auteurs l'ont appelée bouboiwcele -. et si le boyau dessend dans la bourse, enterochele : et s'il n'y a que àeVcAU, liidrochele : ets'il n'y a que du vent, phisocUcle: et si c'est l'omentum ou la coiffe, sera appelée epiplocelc, ou zirbale.La charneuse est appelée Ao>coc/ic/e, et la variqueuse cirsoihele : ces deux icy n'aduiennent point aux pelis enfans, mesme ie diray ce mol, qu'il n'y a que deux vrayes hargnes, à sçauoir l'intestinale et zirbale, d'autant que la venteuse, aqueuse, et charneuse adulent aux autres parties, et partant ne sont dictes vrayement hargnes. »

A ce premier paragraphe sont jointes deux notes originales ; la première ainsi conçue : Hargne est ainsij iiutmiiee purceqiie ceux qui ont tel mal sont hargncujc et chagrins pour la douleur qu'ils sentent ; l'autre a pour objet de citer f^allambert au lib. de la manière de nourrir les enfans. L'auteur continue :

« Celle du boyau vient ou de la naissance, ou par accident , et se faict par la dilatation ou rompcure de la production du periloiiie, lequel a deux troiix aux doux aines, par lesquel.s le- muscles su^pcn•>(Jircs des testicules tutjcul ttucc les vaisseaux spcrmaliques : et

LE DIX-HVITIEME LIVRE

elles veulent sortir leur font douleur, auec vu prurit, démangeaison et pi-

quand ces productions du péritoine se dilatent ou rompent, lors les intestins tombent dedan> cette production, et est appelée hernie intestinale. Telle chose se faict de trop crier, ou tousser, ou vomir, et aus<y parceque le péritoine en ce.'t aage est fort tendre, humide et délié, et partant facile à s'eslendre et rompre, et ceux qui l'ont rompu peu souuent guérissent, mais s'il est seulement relâché ils se peuuent guérir.

« Les signes pour cognoistre la hargne intestinale ou zirbale >ont , que si c'est l'intcsiin, la douleur sera plus grande que si c'estoit l'omentum , et plus difficile à réduire, et quand on leur repousse dedans on sent vn bruit, comme vn gourgoullement. »

On reconnaît dans ce long passage la première rédaction du chapitre 14 du livre 6 déjà cité , avec lequel le lecteur pourra facilement le comparer. Là cependant ne s'arrête pas le chapitre 75 de l'édition de 1573; mais le reste a trait à l'engouement de la hernie , qui dans les éditions complètes n'est trailé qu'à la fin du chapitre i6 du 6<^ livre.

« Et quelquefois, dit notre auteur, ne se peut réduire, à cause qu'il y a trop grande quantité de matière fécale contenue au boyau, qui faict que le boyau ne peut estre réduit, et se cognoist par la tension et dureté qui y est trouuce, et alors ne se faut efforcer le repousser par violence, mais le ma- 'ade sera posé dedans le lict, la leste située bas, et les fe«ses et cuisses hautes, et le laissera-on reposer , mettant dessus vn cataplasme tel qui sensuit... »

La formule est la même que celle du 6' livre ( voy. t. I", p. 409 ; , hors qu'en 1573 Paré n'ajoutait poinlde semencede fenugrec ; el le paragraphe qui vient après la formule est, à peu de chose près, copié sur celui de 167:5, qui termine le chapitre 75. Le chapitre 70 a pour titre :

« La curation de la hargne des pelis enfans, »

« La cure de la hargne des pelis enfans se fera euitant lcsbaings,et toutes choses qui r'amolissent , comme les potages , fruicls

DE LA GENERATION

queure aux genciues , ayans souuent flux de ventre , fleure , epilepsie ,

cruds, le trop manger, le crier, la toux, courir , sauter : et s'il tombe sans grande quantité de matière, le Chirurgien estant appelé situera l'enfant la leste en basetles fesses esleuées , et peu à peu de ses deux mains fera la réduction : après on fomentera la partie d'vne fomenlalion astringente, escripte à la précipitation de la matière. »

On peut comparer ce début avec le deuxième paragraphe du chapitre 15 du livre 6, tome 1«% page 405; la formule qui suit, et le paragraphe qui vient après la formule. Après quoi , comme dans l'édition de 1575, celle de 1573 passe au dernier paragraphe de la page 406 de notre 1-^^- volume : Et par ces remèdes , etc. , jusqu'à la fin : pendant que d'autre part les intestins grossissent; mais elle ajoutait là un assez long passage qui a été supprimé depuis:

« El partant la \oye estant rendue estroicte et le boyau grossi, la hargne se guérit. Or pour guérir la greueure venteuse , Auicennes ordonne deux remèdes, à sçauoir la semence d'amœos et la graine de lupins : il détrempe la semence d'amœos auec blanc d'œuf en forme de cataplasme , et l'aplique dessus, par ce qu'elle eschauffe, dessesche, subtile, résout, et dissipe les ventosilés, et retrainct auec le blanc d'œuf. L'autre remède, il faict cuire la farine de lupins auec du vin, meslé auec mirrhe, et choses qui astreignent , comme escorce de grenade , noix de galle, et autres semblables , et tels remèdes dissoluent et consomment les ventosilés : pour telle chose i'ay souuent appliqué l'emplaslre de Vigosnie mercurio,Aws,s,^ l'emplaslrc de diacalcitheos dissoute en gros vin astringent.

B Encore les deux vrayes hargnes se peuuent guérir par vn seul bénéfice de nature, voire à ceux qui ont accompli leurs troix dimenlions , cstansen l'aage de quarante ans, et pour le prouuer ie recileray cesle histoire: c'est qu'vn preslre de &. André des Ars, nommé maistre lehan Moret , etc. »

Ici venait presque dans les mêmes termes,

spasme, qui leur cause quelquesfois la mort.

l'histoire qui se lit au chapitre doj . indiqué, 1. 1", pag. 407 ; et après celle histoire l'auteur reprenait .

« Et partant iamais ne seray d'auis qu'on couppe les couillons aux petis enfans, car leur mancquans ils se dégénèrent en nature féminine , voire l'ose bien dire plus, parce que les femmes ont les leurs, et les hommes les aiant perdus, la voix leur mue, la force et le courage leur défaut , sont timides et honteux, et ont faute de barbe, et iamais ne peuuent plus faire génération. »

Ce paragraphe est comme le premier germe du passage qu'il a consacré au même sujet dans le 18- chapitre du 6'. livre, t. l's p. 413. Et enfin il terminait ainsi son chapitre 75 : « Aux enfans vn peu grandelets , et aux femmes et hommes, on leur fera porter des braiers et espaullieres comme il est monstre par ces deux figures. »

Celte phrase, avec les deux figures qui suivent, a été reproduite au chapitre 15 du livre G7, t. Ts p. 4(18 et 409. A l'occasion de ces figures j'ai une observation assez importante à faire. Elles se voyaient déjà en 1564 dans \esDixliures de cliirurçiic, fol. 221 et 222 ; savoir, la figure de la double hernie en premier lieu, comme aussi en 1573 , et le litre est toujours resté le même; puis la figure de la hernie d'un seul côté , qui dans les éditions complètes est devenue la première; mais le texte qui l'accompagne est fort différent. On lisait en 1564 :

Autre Jigurc d'vn homme qui aurait vne rupture seulement d'vn costé auec vn brayer , auquel faut qu'au milieu de l'escusson y ait vne eminence.

Tandis qu'en 1573onlisait commeaujourd'hui : auquel faut qu'en l'escusson y ait trois eminences; et c'est à ces trois éminences au lieu d'une seulcqueserapporlenllesmotsqui suivent : I'ay irouué depuis nagueres cesle inueution , etc. ; d'où l'on voit que l'invention a été trouvée entre 1564 à 1573. 11 faut confesser que la figure du brayer dessinée par M. Chazal , d'après la mauvaise édition de 1664 ne rend aucunement l'idée de Paré ;

Les signes qu'elles veulent sortir :

la nourrice sent la bouche de l'enfant plus chaude que de coustume, et les

c'est pourquoi j'ai fait reproduire exactement la forme du bandage, et surtout de la pelote d'après les figures originales de lôC4 à 1573. A est la figure primitive; B est le bandage perfectionné.

ï.à finit le ch.ipitre 76 et ce que l'auteur avait à dire alors sur les hernies. Le chapitre 77 a pour titre :

« De la relaxation du gros boyau aux pelis enfants. »

C'est presque absolument le texte du chapitre 19 du livre 6 (t. 1", p. 'il S), à part la lin du premier paragraphe , à partir du mot dysenieriquc ; et la note qu'on lit en celte occasion doit olre rectifiée en ce sens, que la fin du panigraphe n'a été ajoutée qu'à la deuxième édition complète; la dernière phrase de l'avant-dcrnicr paragraphe, et le paragraphe final tout entier sont des additions de 1676.

Viennent ensuite les deux derniers chai)itres cotés 78 et 79, consacrés aux alïeclions des dents et qui ont passé presque tout entiers dans le livre des opérations. [S'o^^ez cidevant pages ni-i et suiv.'; il y en a eu aussi un court fragment rapporté au livre de luprotltese, ci-devant page GOG. Et enfin le dernier article, intitulé Delà douleur des denu dis petits enfans , forme le fond du dernier chapitre du livre actuel , auquel nous avons rattaché cette note.

LE DIX-HVITliME LIVRE,

genciues leur sont enflées, et les ioucs : aussi sont plus criards, et ne peuuent dormir ; le prurit et démangeaison se connoist parce que l'enfant met ;ïoiiuent les doigts en la bouche , pour les cuider frotter : aussi il baue : la douleur vient à raison que la pointe de la dent rompt et perce la chair Uela genciue , qui est sensible et tendre.

Pour remédier à la douleur, faut que la nourrice soit traitée comme si elle auoit la fiéure , et ne fera tetter l'enfant tant que de coustume, mais lui fora boire iulep Alexandrin , ou syrop de limon , ou de grenade , aucc eau bouillie , pour luy estancher son extrême soif, et le rafreschir : toutesfois il ne luy faut rien mettre en la bouche qui soit actuelle ment froid , de peur du retardement dMrelles , mais choses douces et linitiues , à fin de dilater la genciue et appaiser la douleur. Parquoy la nourrice frottera souuent de ses doigts lesgenciues d'huile d'amandes douces, ou beurre frais, ou miel et succre, ou de mucilages de semence de psyllium , guimauue , coings, extraits en décoction de paritoire : et par dehors on a{)pliquera un cataplasme de farine d'orge , laict , huile rosat, moyeux d'œufs : d'auantage on luy frottera souuent les genciues de ceruelle de liéure roslie , ou boullic , à cause qu'elle relasche , et a vne propriété occulte d'aider à faire sortir les dents, ce que l'expérience monstre : aussi est propre la ceruelle de cochon. On leur baille volontiers vn bastou de reclisse trempé en bon miel ' , ou en lieu d'iceluy, vn ho-

i Ce basion de reclisse est oublié cUds l'édilion de 1573 et 1575; il a été mention né seulement en 1579.

chet auquel est enchâssé vne dent de loup , dont ils en frottent leurs genciues , et par ce moyen l'enfant prend plaisir : d'autanl que lors que ses dents veulent sortir, sent vn prurit ou démangeaison aux genciues , et les frottant les raréfie et subtiiie , et pour ceste cause les dents sortent plustost. Les nourrices font adiouster au hochet de petites sonnettes, qui leur seruuent de iouët , et de folastrer auec eux ^.

Or souuentesfois tels remèdes ne profilent de rien, à raison que la genciue est fort dure , qui est cause que les dents ne la peuuent percer :

dont s'ensuit pour la tension d'icelle , que l(^s enfans ont extrêmes douleurs, dont s'ensuit la fiéure, et autres accidens susdits , et enfin la mort. Et pour ce ie suis d'aduis que le chirurgien face vne incision sus la genciue et sus la dent, pour lui ouurir le passage , à fin qu'elle sorte plus aisément. Ce que i'ai fait à mes enfans , en présence de M. le Féure , médecin ordinaire du roy, et de madame la princesse de la Roche-su r-Yon , et de messieurs Hautin , Courtin , docteurs regens en la faculté de mede-

1 Ici finissait à la fois, dans l'édition de 1573 , le Livre de la Génération et la digression sur les maladies des dents, que Paré y avait ajouté à la prière de L. Joubert. Voyez ci-devant la dernière note de la page 443. Le reste de ce chapitre date de 157'J, sept ans après le deuxième mariage de Paré, d'où l'on peut assez bien conclure à quelle époque il en eut des enfants.

cine à Paris , et de Jacques Guillemeau chirurgien ordinaire du roy , et iuré à Paris ' : mesme aucunes nourrices , de leur instinct naturel , deschirent le dessus de la genciue auec leur ongle, à fin de faire voye aux dents qui veulent sortir.

Or il ne sera hors de propos reciter ceste histoire : Monseigneur de Neuers m'enuoya quérir pour anatomiser son fils mort , aagé de huict mois ou enuiron, auquel n'estoit percé aucune dent. Ayant diligemment regardé qui pouuoit estre cause de sa mort, n'en fut trouuée aucune, sinon qu'il auoit les genciues fort dures , grosses et enflées, et les ayant coupées par dessus, trouuay toutes les dents prestes à sortir, pour le peu d'aide qu'on y eust fait en coupant la genciue : ce qui fut conclud des médecins presens et de moy, que la seule cause de sa mort estoit que Nature n'auoit esté assez forte pour percer la genciue, etpousser les dents dehors , à raison que pour l'aage qu'il auoit elles estoient plus dures qu'à vn plus d'aage que la sienne '^.

' En 1579, le texte portait • lacquci Guil- Icmcau chirurgien Iuré à Paria : ce qui semblerait indiquer que Guillcmeau ne fut nommé chirurgien du roi qu'après celle époque, et, conséqucmmont, qu'il n'a>ait pu être chirurgien de Charles IX, comme le disent tous les biographes. Du reste, Guillemeau, né en 1550, était encore bien jeune en 1579.

- Édition de 1579 : Plus dures qu'à m ieunc cnlant;\Q texte actuel date de 1585.

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