‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 66 sur 511 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

COMMENT IL FAVT TRArfER LESDITES PLAYES APRES LE PREMIER APPAREIL.

Ail second appareil et autres suiuans , s'il n'y auoit soupçon de pourriture et gangrené 2, faut seiilelement vser d'vne desdites huiles , y adioustant des moyeux d'œufs auec vn peu de saffran : ce que l'on cou -

1 Le chapitre finit ici dans les éditions de l5Gi et 1575 , ot ce qui suit ne date que de 1579.

2 Ces mots: s'il n'y aiioil soupçon de pourntui-e et de rjanfirene , manquent dans toutes les éditions antérieures à celle de 1575.

HARQVEBVSES. ï Ô7

tinuera iusques à ce que rescrement de la plaj e soit digéré et tourné à suppuration.

En quoy chacun doit bien noter , qne le pus est plus long-temps à s'y faire qu'es autres playes faites par autres instrumens, pour ce que la balle et l'air qu'elle pousse deuajit soy, dissipe (à cause de sa grande contusion) la chaleur naturelle et les esprits de la partie : qui est cause que la coction n'est pas si tost ne si bien faite, au défaut de la chaleur naturelle, dont suruient vue très-grande puanteur en la sanie, et autres accidens fort dangereux. Toutesfois elle se fait le plus souuent en trois ou quatre iours, quelquesfois aussi plustost ou plus lard, selon le tempera • ment du corps et de la partie , et lair ambiens chaud ou froid 1.

Ces choses faites, il sera besoin de commencer à mondifier peu à peu la playe , en adioustant au médicament susdit de la térébenthine lauée en eau de roses ou d'orge, ou semblables, pour luy diminuer sa chaleur et mordacité. Si la disposition du temps estoit fort froide, on y pourroit adiouster de l'eau de vie : suiuant le conseil de Galien , qui enseigne qu'en Hyuer il faut appliquer medicamens plus chauds , et en Esté moins -.

En après nous faut vser de ce mondificalif.

1 Ce paragraphe manque dans les éditions de 1545 et 1552. La première phrase a été ajoutée dans l'édition de lo(i4; la seconde seulement dans celle de 1575.

- Gai. au 3. de la Meihodc, ch. 8. — A. W — Il ne faut prendre d'ailleurs la citation dp Galien que pour les médicaments chaud.^ en général , et non pour l'eau-de-vie que Galien ne connaissait pas.

!{.. Aquje decoctio. hord. quantum sullicit. Succi ()Ianlaginis, apij, agrimonia', centaurij minons ana 5 . j.

Bulliant omnia simul : in fine decoctionis adde:

Terebcnthinee Yenetœ 5. iij.

Mellis rosali 5 . ij.

FariniE hordei 5. iij.

Croci 3.

Misceantur simul omnia bene agilando, fiât raundificat. mediocris consislentiiei. Aalrc.

If. Suce, clymeni , plantaginis , absynthij , apij ana 5. ij.

Terebent. Venetae § . iiij.

S} lupi absinth. et mellis losa. ana 3 . ij. Bull, omnia secundum artem : postea colentur, et in colatura adde:

Pul. aloës, mastich. ireos Flor. far. hord. ana 5. j.

Fiatmundif. ad vsurii dictura2.

Ou cesluy-cy.

TL. Tereb. Vene. lotae in aq. ros. 5 . v. 01. ros. §: j.

Mell. rosa. § • iij.

Myrrh. aloës, mastic, aristolo. rotundae ana 5. j. fi.

Far. hor. 5. iij.

Misce,fiat mundificatiuum.

Lequel sera appliqué dedans la playe auec tentes ou setons ^ ne trop longs ne trop gros, pour ce qu'Us pourroient empescher l'euacuation de la sanie et des vapeurs esleuées des playes : esquelles si lesdites vapeurs sont retenues , c'est chose certaine qu'elles s'eschauffent et acquièrent vue acrimonie, qui puis après erode les parois et costés de la playe,

1 Les éditions de 1545 et 1552 ajoutent à cette formule Vermium lerreslrium 5. iiij. — Cet ingrédient a été retranché dès 1604.

» Cette formule a été ajoutée à l'édition de 1575.

5 Ce paragraphe s'arrête ici dans les éditions de 1545 et 1552. Tout ce qui suit jusqu'à ces mots, El si la playe est sinueiue cl profonde, a été ajouté en 1564.

LE NEVFIEME LIVRE.

dont s'ensuit douleur , fluxion , inflammation , flux de sang , aposteme et pourriture, qui sont communiqués aux parties nobles , et causent puis après plusieurs pernicieux accidens. Pour ce il ne faut que le Chirurgien doute aucunement' quelesditesplayes se puissent glutiner et clorre, parce que la chair si grandement contuse et lacérée ne se peut consolider que premièrement la contusion et meurdrisseure ne soit suppurée et mondifiée : à cause dequoy ie lu y conseille de n'vser de setons et tentes , si elles ne sont gresles et menues, à fin qu'elles n'empeschent l'issue des matières, et que le patient les souffre aisément , à fin d'euiter les accidens prédits. L'vsage des tentes et setons est pour porter les remèdes iusques au profond des playes , et les tenir ouuertes , principalement en l'orifice, iusques à ce que les choses estranges soyent mises hors.

Et si la playe est sinueuse et profonde , en sorte que les medicamens ne puissent attaindre toutesles parties offensées, lors il faudra faire iniection auec la décoction qui s'ensuit.

2f. Aquae hordei ft. iiij.

Folior. agrimonia; , centaurij minoris, pimpinellifi , absinthij , plantag. ana m. 6.

Radie, aristol. rolondœ 5 . C .

Fiat decoc. ad S>. j. in colatura expressa dissolue :

Aloës hepaticae 5. iij.

Mellis rosati 3 . ij.

Bulliant modicum.

Puis soit faite iniection dedans la playe trois ou quatre fois à chacune heure que le patient sera pensé *.

* Traduisez : s'imagine en aucune manière.

- L'édition de 1552 donnait ici la figure de la seringue que nous avons reproduite à la page 101 de ce volume.

DES l'LAYKS O HACQVEBVSFS.

Et si ce remède n'est suffisant ponr nettoyer la sanie , et consommer la chair spongieuse , morte ou pourrie , il faut adiouster en la décoction de Tegyptiac liquéfié , en telle quantité que la nécessité commandera : comme pour vue liure de ladite décoction , enuiron vue once dudit egyptiac, plus ou moins : lequel est de très grande efficace pour corriger la chair spongieuse et mauuaise au profond desdites playes : ce que fait aussi ledit egyptiac appliqué seul sur la croissance de la chair mauvaise. l'ay semblablement expérimenté la poudre de mercure et alum brusîé, meslés en égale portion, auoir en tel cas vertu toute pareille * à celle du sublimé ou de l'arsenic (combien qu'elle ne soit tant douloureuse) et qu'elle fait très grande escarre , dont souuentes fois me suis esmerueillé.

Quelques praticiens laissent le plus souuent grande quantité de décoction au profond des playes sinueuses , ce que ie n'approuue. Car outre ce qu'elle acquiert pourriture , et se corrompt ^ , elle tient les parties tendues (qui leur est chose estrange) et les humecte , qui fait que Nature ne peut faire son deuoir à régénérer la chair : considéré que pour la curation de tout vlcere, en tant qu'il est vlcere, comme dit Hippocrates, le but doit tendre à desseicher , et non à humecter. Plusieurs errent aussi en l'vsage trop fréquent est assidu de setons, en ce que ne s'accommodans à la raison,

1 L'édition de 1545 porte, P^ertu et action bien peu moindre; celle de 1552, Vertu bien peu moindre ; et enûn celle de 15G4, Vertu toute pareille , comme on lit ici.

^Ces mots , Outre ce qu'elle acquière pourriture et se corrompt , se lisent pour la première fois dans l'édition posthume de 15^8.

les renouuellent tousiours , et les font frayer aux parois des playes, par lequel frayement causent douleur ausdites playes , et leur renouuellent autres mauuais accidens. Pourtant i'approuue d'auantage les tentes cannulées, faites d'or, d'argent ou de plomb, comme celles qui sont descriles aux playes du Thorax : i'entens où elles auront lieu , et où y auroit grande quantité de sanie *. Aussi fautil appliquer des compresses à l'endroit du fonds du sinus , à fin de comprimer les parties esloignées de l'orifice, et (;hasser la sanie : mesme est bien conuenable , que la compresse soit pertuisée à l'endroit de l'orifice de l'vlcere sinueux, et sus les tentes cannulées, et qu'il y soit mis vue esponge, pour receuoir la sanie : pour ce que par tel moyen l'expulsion , euacuation, et absumption d'icelle se fera beaucoup mieux, en commençant la ligature au fond du sinus , et la comprimant médiocrement , à fin que la matière ne soit retenue au dedans.

Les bandes et compresses propres à ceste opération seront mouillées en oxycrat, en vin austère, ou en quelque autre liqueur astringente, pour roborer la partie et empescher la fluxion :

1 L'édition de îb^b àil -.Parquoy j'appreuuc plus les tentes où elles auront lieu : ci ou y auroit grande quantité de sanie, les fauldroit cawmler et mettre compresses au fond du sinus , etc.

Leséditions de 1552 et 1564 donnent le même sens, mais avec cette modification qu'elles recommandent des cannules d'or, d'argent ou de plomb, et donnent les figures des cannules que nous avons vues au chapitre Des playes de poitrine, page 102. Ces cannules avaient donc été laites pour les plaies d'armes à feu seulement ; ce qui explique comment leur figure est défectueuse pour les plaies de poitrine.

LE NEVFIEME LIVRE

mais il Sfi faut g-arder de n'astreindre par trop la partie, pour ce que par icelîe astriction se causerait vne douleur, au moyen de l'exhalation des excremens fuligineux qui seroit enipeschée : pareillement se ponrroit faire atrophie au membre, par trop long -temps continuer lesdites bandes '.

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