RUINES DE POMPEIA
Fantôme de cité, fatigué du tombeau, A quelque nouveau peuple offrir une patrie , Et des temples déserts à quelque Dieu nouveau î Tu semblés au regard que ta présence étonne, En montrant tes lambeaux d'antiques vêtemens ,
Comme une reine sans couronne^
Comme une mère sans enfans.
Eh bien ! de tes fils morts , respecte la mémoire -, De la ville d'Hercule , ô toi , la noble sœur, Que t'importe un époux I... ton veuvage est ta gloire, Et ta ruine est ta grandeur !
Quels fils ont mérité de t'adoptêr pour mère?
Des palais qui chargent la terre , Les maîtres ont donné des fers au Peuple-Roi ; Sois jalouse aujourd'hui de ta noble misère , Découvre avec orgueil ce qui reste de toi !
Montre-nous la salle des fêtes j Montre-nous ces faisceaux , vieux gages de conquêtes;,
L'arène du gladiateur 5 Montre-nous la colonne à la tête abattue , Qui semble regretter son antique hauteur, L'autel abandonné du sacrificateur,
Et le piédestal sans statue.
Le deuil du cœur jadis suivait-il l'autre deuil? Funéraires palais habités par des ombres ,
LES RUINES DE POMPÉlA. 2']S
Qui donc vous éleva? Le regret ou l'orgueil?....
Ah ! laissez transpirer un secret du cercueil ;
Qu'il soit comme une flamme éclairant vos décombres.
Ces oracles sacrés dont le sens est perdu ,
Pour nous les expliquer où donc est la Sybille?
Celle qui répondait à la voix de Virgile ,
Elle aussi dort sans doute et n'a pas entendu.
Eh bien ! sur ces tombeaux évoquons la mémoire , Va-t-elle révéler quelques faits éclatans? Approchons. . . Mais, hélas! rien que des noms sans gloire, Qui , tels que de vains mots , sont jetés dans l'histoire , Esclaves de l'oubli quoique vainqueurs du temps!
Sont-ils , voyant leurs jours fuir comme un sombre rêve^ Descendus dans la tombe en cherchant le réveil? Ou touchant une lyre, ou tombant sous le glaive, Se sont-ils endormis de leur dernier sommeil? Ou donnant à la mort de vains plaisirs pour cause , Bornant leur existence aux heures du matin , Se plaignaient-ils du pli d'une feuille de rose. En fermant la paupière au sortir d'un festin?
(Juillet 1828,)
(Publié en 1829 dans la Psyché, et en 1 833, dans la Revu t de l'Ouest.)