‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 135 sur 264 · RUINES DE POMPEIA · texte numérisé non relu

RUINES DE POMPEIA

Fantôme de cité, fatigué du tombeau, A quelque nouveau peuple offrir une patrie , Et des temples déserts à quelque Dieu nouveau î Tu semblés au regard que ta présence étonne, En montrant tes lambeaux d'antiques vêtemens ,

Comme une reine sans couronne^

Comme une mère sans enfans.

Eh bien ! de tes fils morts , respecte la mémoire -, De la ville d'Hercule , ô toi , la noble sœur, Que t'importe un époux I... ton veuvage est ta gloire, Et ta ruine est ta grandeur !

Quels fils ont mérité de t'adoptêr pour mère?

Des palais qui chargent la terre , Les maîtres ont donné des fers au Peuple-Roi ; Sois jalouse aujourd'hui de ta noble misère , Découvre avec orgueil ce qui reste de toi !

Montre-nous la salle des fêtes j Montre-nous ces faisceaux , vieux gages de conquêtes;,

L'arène du gladiateur 5 Montre-nous la colonne à la tête abattue , Qui semble regretter son antique hauteur, L'autel abandonné du sacrificateur,

Et le piédestal sans statue.

Le deuil du cœur jadis suivait-il l'autre deuil? Funéraires palais habités par des ombres ,

LES RUINES DE POMPÉlA. 2']S

Qui donc vous éleva? Le regret ou l'orgueil?....

Ah ! laissez transpirer un secret du cercueil ;

Qu'il soit comme une flamme éclairant vos décombres.

Ces oracles sacrés dont le sens est perdu ,

Pour nous les expliquer où donc est la Sybille?

Celle qui répondait à la voix de Virgile ,

Elle aussi dort sans doute et n'a pas entendu.

Eh bien ! sur ces tombeaux évoquons la mémoire , Va-t-elle révéler quelques faits éclatans? Approchons. . . Mais, hélas! rien que des noms sans gloire, Qui , tels que de vains mots , sont jetés dans l'histoire , Esclaves de l'oubli quoique vainqueurs du temps!

Sont-ils , voyant leurs jours fuir comme un sombre rêve^ Descendus dans la tombe en cherchant le réveil? Ou touchant une lyre, ou tombant sous le glaive, Se sont-ils endormis de leur dernier sommeil? Ou donnant à la mort de vains plaisirs pour cause , Bornant leur existence aux heures du matin , Se plaignaient-ils du pli d'une feuille de rose. En fermant la paupière au sortir d'un festin?

(Juillet 1828,)

(Publié en 1829 dans la Psyché, et en 1 833, dans la Revu t de l'Ouest.)

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