‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 178 sur 264 · ACTE H , SCENE If · texte numérisé non relu

ACTE H , SCENE If

INÈS

Madame, repoussez un semblable présage.

Eh quoi ! lorsque fidèle au serment qui l'engage,

Boabdil envers vous esclave de sa foi...

ZORAIDE.

Oui, son rival sans doute est sauvé pour la loi,

Mais sous ses pas la tombe est-elle bien fermée?

Je voudrais , dans l'effroi dont je suis alarmée ,

Qu'à l'abri des fureurs du sombre Boabdil ,

Il eût foulé déjà la terre de l'exil.

Ciel ! devais-je jamais penser qu'en ma souffrance ,

Je dusse quelq;je jour désirer son absence ?

A quel comble d'horreurs, grand Dieu , tu me réduis !

INÈS

Madame , qu'à mon zèle un conseil soit permis. Ici , tout vous rappelle une trop chère image ; Quand vous avez besoin de tout votre courage , Pourquoi dans ce jardin chaque soir revenir ? Le jour vous êtes calme et semblez moins souffrir.

Calme ! par quelle erreur es-tu donc abusée ? Tu ne sais donc plus lire au fond de ma pensée? Moi calme ! quand il faut dévorer ma douleur ! Quand il faut repousser mes larmes vers mon cœur ! Et lorsque , succombant sous le poids qui m'oppresse , Il faut voir, vils témoins qui me suivent sans cesse , Des femmes , dont l'œii sec observant tous mes pas , Me regarde , s'étonne , et ne me comprend pas ! Toi , qui loin du pays où passa ton jeune âge , Captive , à nos guerriers es tombée en partage , Chère Inès , au-dessus d'un semblable destin , Espagnole , un cœur libre est du moins dans ton sein : Tu conçois ma douleur, tncs regrcti', ma tristesse.

BOABDIL

INÊ5.

Oui , je sais vous comprendre, ô ma noble maîtresse !

ZORAIDE, Et pourquoi voudrais-tu me priver aujourd'hui Du douloureux plaisir de te parler de lui? Tu crains pour moi ces lieux tout pleins de sa présence , Ah ! connais donc enfin leur charme , leur puissance ! Sais-tu bien, chère Inès, qu'il me semble , en ces lieux, S'échapper de mon cœur pour paraître à mes yeux ? Ce prestige enivrant d'un souvenir de flamme Me le rend tel qu'il est aux regards de mon âme. Oui, souvent, douce erreur ! je l'entends, je le vois. Il me semble que l'air a retenu sa voix ; Qu'il vient , que de ses pas le bruit me frappe encore , Qu'il est là , qu'il me parle , et me dit qu'il m'adore. Oui!

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