‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 189 sur 264 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ZORàÏDE, INÈS, Femmes de la Heine.

ZORâIDE, après un moment de silence , relève lentement la Ictc , lai: aller son téorbe , se retourne et dit à Inès qui est près d'elle :

Fais-les sortir, Inès ; ces accords , ces accens Me font mal... je ne puis écouter plus long-temps.

(Inès s'approche des femmes ; elles sortent. Zoraïde continue.) Ciel ! mon cœur a-t-il donc usé tout son courage !

(Inès revient.) Que voulait-il me dire en pariant d'un message ?

BOABDIL

D'un rendez-vous donné ? Par un espoir fatal, L'aurait-on attiré dans un piège infernal ? Aurait-il succombé? L'infortuné peut-être Est expiré déjà sous le poignard d'un traître ; Et pour le massacrer on s'est servi de moi ! Oh ! je me sens troubler d'un invincible effroi !

INÈS

Pourquoi prolongiez-vous cet entretien funeste ? Il fallait fuir.

ZORAroE.

Le ciel , qu'ici ma bouche atteste , Sait que je le voulais , mais , inutile effort ; La prudence et l'amour sont-ils toujours d'accord P Pour la dernière fois quand on voit ce qu'on aime , On se sent arrêter par une main suprême ; Une chaîne invisible , hélas ! retient nos pas j On veut fuir, on le doit , mais on ne le peut pas !

INES.

Quand du généralif vous sortiez éperdue , Se plaignant d'une voix qu'à peine ai-je entendue , Quelqu'un (oui , c'étaient bien les soupirs d'un mourant). Quelqu'un près d'un bosquet se traînait expirant.

ZORAIDE , jetant un cri.

Grand Dieu ! mort ! et pour moi , malheureuse!

INÈS, effrayée. '

Ah ! madame !

Qu'ai-je dit ? quelle erreur a passe dans votre âme ? Remettez-vous. A peine alors le quittions-nous ; Non , ce n'était pas lui ; de grâce, calmez-vous.

ZORAIDE.

Ciel ! qui donc pouvait-cc être? Ah ! pour combler l'abîme

Page 1