LE CHANT DU BARDE ÉCOSSAIS
Quelquefois , au milieu de transpareos nuages Les ombres des guerriers planent dans ce vallon.
Ils n iront plus s'asseoir aux fêtes étrangères ,
Dans ces lieux où leurs nobles cœurs S'enivraient du souris des belles qui , naguères , Enchantaient le repos de nos triomphateurs.
Ils ont fui pour jamais ; et la beauté plaintive Cache au milieu des pleurs son timide regard : C'est la fille du ciel, à la lueur craintive;, Que dérobe un épais brouillard.
Le fantôme d'un chef, à l'armure pesante,
Au loin se traîne avec effort ; Il avance, il s'arrête, et, d'une main sanglante, Il montre avec fierté sa blessure de mort.
Quelle est cette vapeur qui traverse la plaine ? C'est l'ombre d'une vierge j et son sein palpitant
Soulève encor son léger vêtement :
Il semble captiver une suave haleine.
Le nuage a perdu sou élégant contour ; Il s'éloigne, il fuit, il s'efface.
Comme un faible monceau de glace Disparaît aux regards du jour.
j4 le chant du barde ECOSSAIS.
Vous îonibcrez , palais aux bases chancelantes : Le temps vous couvrira de son voile de deuil ; Mais les fds de Fingal , en flammes jaillissantes , Dissiperont la nuit de leur cercueil.
Oui , les guerriers que le trépas dévore Laissent un souvenir qu'entourent des regrets. Et les héros vivent encore Dans les chants du Barde écossais.
CFiJvricr 1826.)
LE JEUNE MENDIANT
LE JEUNE MENDIANT
A ce monde bruyant qui paraît toos sourire, Dérobez un regard pour le jeter fur moi.
Ne fermez pas rotrc âme à la Toii qui supplie Pour le pouTro le ciel a réclamé des toini.
Je souffre, le besoin me contraint à le dire 5 Le malheur me retient sous sa méchante loi. A ce monde bruyant , qui paraît vous sourire , Dérobez un regard pour le jeter sur moi.
L'eau pure du Léman vient baigner ma patrie ; Là , comme vous, jadis j'eus aussi mon bonheur. Je suis pauvre à présent , je pleure , je mendie : Près du beau lac Léman n'est resté que mon cœur.
38 LE JEUNE MENDIANT
Je serais saus désir, si vous viviez encore , Bons parens, que vers lui rappela le Seigneur ! Mais je suis repoussé par la main que j'implore , Et je n'obtiens jamais un mot consolateur.
Du pain , hélas ! voilà ce qu'il faut à ma vie , Je ne sais point créer d'inutiles besoins -, Ne fermez pas votre âme à la voix qui supplie ; Pour le pauvre le Ciel a réclamé des soins.
Vous n'osez m'approcher ! . . . L'habit de la misère De celui qu'il recouvre est-il le déshonneur? Quand votre œil dédaigneux ( ou du moins je l'espère ) S'attache au vêtement, Dieu regarde le cœur.
11 lit au fond du mien ce qu'il a de souffrance , Ah 1 puisse-t-il au vôtre inspirer la pitié-, Donnez ! bien peu suffit à ma frêle existence ; Donnez ! j'ai faim ! j'attends !... aurai-je en vain prié?
(Février 1826,)
LE DÉCLIN DU JOUll,
ÉLÉGIE