III
est devenu l'objet de rattention des deux amans ; ils ne savent comment prouver leur reconnaissance à l'abbé de Saint-Jean-d'Angely, ils voudraient pouvoir le fixer près d'eux ; de Yersois passe à Bordeaux tout le temps qu'il n'est pas à son abbaye ; il est admis dans l'intimité de Charles. et de Colette. Le moine n'agit que d'après les instructions de Louis XI ; il avertit le monarque de tout
ce qui se passe à Bordeaux Charles ne
sort d'un enchantement que pour rentrer dans un autre... Colette , qui est bon peintre , veut peindre Charles , mais elle veut le peindre sous les habits de religieux qu'il portait le jour où elle lui fit l'ayeu de son amour.
(Exposé «lu plan du ohapiireXI qui devait faire partie de Loiiis XI et le Bénédictin.)
MARC.UERITE D ANJOU.
Deux cruelles factions partagent l'Angleterre , celle d'Yorc , dont la marque est la Rose blanche ; celle de Lancastre, qui porte la Rose rouge.
Henri VI possède toutes les vertus, mais n'a pas les qualités requises pour régner ; sa femme, au contraire, Marguerite d'Anjou, les possède toutes ; elle ferait le bonheur de l'Angleterre sans la rébellion du duc d'Yorc
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qui , ne pouvant souffrir la faveur du duc de Sommerset , s'est retiré de la cour et a levé des troupes pour s'emparer du trône; il force le parlement à faire un acte qui transporte la couronne à la maison d'Yorc et ne laisse à Henri VI que le vain titre de roi ; ce titre ne doit point passer à la postérité de Henri. Le duc d'Yorc et Henri combattent; le duc fait Henri prisonnier , il rentre à Londres triomphant et prend la place du roi ; la reine se sauve dans le comté de Durham avec le prince de Galles et le duc de Sommerset. Un grand nombre d'Anglais , touchés des malheurs de Marguerite , volent près de leur reine et veulent combattre pour la replacer sur le trône. Marguerite se met à leur tête et vient combattre le duc d'Yorc ; elle rentre dans Londres , fait massacrer tous ceux qui gardent Henri; elle poursuit le duc qui est obligé de fuir» Cinq mille hommes de troupes le suivent , il pourrait se retrancher , en attendant Edouard, comte de la Marche, son fils aîné, qui lève des troupes pour voler au
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secours de son père; mais, pensant qu'il serait honteux pour lui de se voir assiégé par une femme , il sort au-devant d'elle. Marguerite ne fait d'abord paraître que la moitié de ses troupes qu'elle commande en personne. Les troupes du duc d'Yorc sont enveloppées de tous côtés , le duc reste sur la place. Marguerite fait exposer la tête de ce rebelle sur les murailles d'Yorc avec celle de son second fils , le comte de Rutland , à peine âgé de douze ans. Edouard, qui vient au secours de son père , n'arrive que pour venger sa mort. Le massacre est horrible ; trente-six mille morts restent sur le champ de bataille; les vainqueurs passent , sur un monceau de cadavres, une petite rivière qui se décharge dans celle deWarf , qui est teinte de sang et couverte elle-même de corps morts. Edouard fait mettre la tête du comte de Dévonshire, qu'il fait prisonnier, à la place de celle du duc d'Yorc. La bataille ne semble devoir se terminer que par la destruction des deux partis; mais un vent violent porte une grande
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quantité de neige au visage des soldats de Henri et leur fait perdre l'avantage. Henri , Marguerite et le prince de Galles se sauvent en Ecosse pour éviter de tomber dans les mains d'Edouard. Ils envoient le duc de Sommerset demander du secours à Louis XI, Louis ne se mêle que des guerres qui peuvent lui être utiles , il se contente de faire offrir à Marguerite un asile en France. Louis ne peut prendre ouvertement aucun engagement avec elle , parce qu'il entretient en même temps correspondance avec Edouard.
La reine d'Angleterre passe en France. A défaut de services, Louis fait rendre à Marguerite tous les honneurs qui sont dus à une reine. Il tient avec elle, sur les fonts, l'enfant dont la duchesse d'Orléans vient d'accoucher. Louis prête vingt mille livres à Henri, à condition qu'il les rendra dans un an ou qu'il remettra Calais lorsqu'il sera rétabli sur le trône. Marguerite, qui espère trouver un parti puissant dans le nord de lAngleterre, quitte la France. Un grand
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nombre d'Anglais passent dans le camp de Henri. Marguerite pourrait réunir une armée capable de tenir la campagne ( car c'est elle qui a été obligée de s'emparer de la puissance , Henri étant trop faible pour rien entreprendre); mais sans argent et sans vivre, i! n'y a pas moyen de faire observer de discipline aux troupes. Edouard profite de ce trouble et force le camp de Henri. Henri et Marguerite se sauvent chacun de leur côté. Marguerite se sauve avec son fils ; en traversant une forêt, elle rencontre des voleurs qui la dépouillent de ses diamans ; elle profite d'une altercation qui s'élève entre eux dans le partage du butin , pour leur échapper, et se jette dans le plus épais de la forêt , tenant son fils entre ses bras. Elle rencontre un autre voleur; ne craignant que pour son fils , elle s'avance vers cet homme et lui dit avec ce sentiment qui n'existe que dans le cœur d'une mère et qui désarmerait le tigre le plus furieux : « Tiens, mon ami, sauve le
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fils de ion Roi (i)! » Le voleur, touché de compassion et saisi de respect, prend le jeune prince dans ses bras , aide la reine à marcher et la conduit au bord de la mer où elle trouve une barque qui les passent à l'Ecluse. Le duc de Bourgogne lui prête deux mille écus et la fait conduire auprès du roi René , son père.
(i) Historique.
(Exposé du plan du chapitre XII qui devait faire partie de Louis XI et le Bénédtclin.)