LA TORT LUE
Louis vient d'éprouver la vertu du corporal, il vient d'échapper au poison que lui destinait le duc de Bourgogne; il fait appliquer la torture à celui qui était chargé de l'empoisonner. Louis se cachait souvent derrière une jalousie pour entendre les interrogatoires et les plaintes des malheureux qu'il faisait torturer, et il veut entendre les aveux de celui que le plus cruel des supplices at-
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tend. Louis ne répugne à aucun moyen lorsqu'il veut se défaire de quelqu'un qu'il redoute ; il fait arrêter, comme complice de l'empoisonnement , un homme intègre qui , dans plusieurs circonstances , avait osé résister à ses ordres, lorsque l'honneur ne les avait pas dictés. Le malheureux, fort de son innocence , nie d'abord ce dont on l'accuse; la souffrance lui fait avouer le crime qu'il n'a pas commis , et il expire en faisant cet aveu mensonger. Louis, qui n'a aucune puissance sur ses remords , supporte en silence la torture qu'ils donnent à son coeur; un frisson le saisit et parcourt tous ses membres, il vou-drait fuir, mais il se sent arrêté comme par une main invisible : il sait le fond qu'on doit faire d'aveux arrachés par la souffrance. II entend la condamnation de celui qui devait l'empoisonner et qui déclare avec fermeté que le duc de Bourgogne est innocent et qu'il est sans complice. Le malheureux est condamné à être écartclé et traîné sur une claie au supplice ; sa tête sera mise au bout
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d'une lance devant l'Hôtel-de-Ville, le tronc de son corps sera brûlé , et ses membres seront attachés à des poteaux dans quatre villes frontières. Le malheureux a entendu tout ce détail sans laisser échapper un seul murmure : celui qui veut donner la mort doit la recevoir ! ! !
(Exposé ilu plan du chapitre XIV qui «levait faire partie de Louis XI et le Bénédictin.)
LE MARMITO.X.
Ainsi que l'avare de Molière , Louis XI a toujours quelque bonne querelle toute prête pour renvoyer ses serviteurs sans les payer; ceux qu'il force ou que la crainte oblige à rester n'en reçoivent pas davantage d'argent Louis vient de renouveler presque
tout son domestique ; en passant devant sa cuisine, il lui prend fantaisie d'y entrer pour voir ce qui s'y passe; il aperçoit un jeune
marmiton qui tourne la broche , à qui il trouve une physionomie fort spirituelle; Louis s'en approche et lui demande qui il est ; l'enfant , qui n'a jamais vu le roi , dit qu'il se nomme Berruyer ^ que son poste n'est pas bien relevé, mais que cependant il gagne autant que le roi. Louis veut savoir ce que gagne le roi. «5es dépends qu'il tient de DieUj » réplique le marmiton , « comme je les tiens du roi... » Louis, qui aime les réponses vives, retire Berruyer de la cuisine et l'attache à la chambre. Berruyer y fit, par la suite, une fortune considérable.
(Exposé du plan du chapitre XV qui devait faire partie de Louis XI et le Benédiciin.)