‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les moeurs. Tome 9 (volume 4)Chapitre 1 sur 39 · Oeuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les moeurs. Tome 9 · texte numérisé non relu

Oeuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les moeurs. Tome 9

J’ai blâmé cette curiosité insatiable qui , depuis plus d’un an, fixe tous les regards sur une cour de justice où le crime affreux de la mort de l'infortuné Fualdès va se juger pour la seconde fois. Au milieu des grands intérêts politiques qui doivent nous occuper, des questions à l’examen desquelles se rattachent nos libertés, notre bonheur, peut-être notre existence , j’ai trouvé que nous donnions trop de temps, que nous attachions trop de prix à la découverte des abominables mystères de la maison Bancal; mais puisque le hasard m’a conduit sur ce théâtre d’horreurs, puisque cet épouvantable épisode se lie nécessairement à la description pby-

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sique et morale du pays tpie je parcours , je suis oblige d’arrêter mes regards sur une image à laquelle me ramènent malgré moi tous les objets qui m’entourent.

J'approchais d'Albi, il me restait deux heures de jour,j’en voulus profiter, avant d’entrer dans la capitale de l'Albigeois, pour visiter une des merveilles de la contrée, le saut du Tarn, que l’on peut nommer une cataracte quand ou n’a point voyagé sur les bords du lac Ontario, ou, sans aller si loin, aux environs de Scliajfhouse. Quoi qu’il en soit, cette chute d’eau se recommandait sinon à ma curiosité, du moins à mon intérêt par le tragique souvenir des amours d 'Adrienne et Salio, racontées avec beaucoup de grâce dans le huitième cahier du Sténographe parisien, que j’avais lu à Béziers.

Arrivé sur la rive du Tarn, je m’étais placé sur la saillie d’un rocher d’où j’observais l’effet du soleil couchant, qui se reproduisait en forme d’arcs-enciel sur cette masse d’eau perpendiculaire. A quelque distance de moi je vis un jeune peintre assis entre deux roches, qui s’empressait de saisir l’ensemble de ce tableau fugitif. Je m’approchai de lui sans en être aperçu; et, après avoir examiné son esquisse, je me hasardai à lui en faire l’éloge; il se retourna en rougissant, et je fus frappé du contraste de sa figure mâle et de son air modeste, de scs cheveux blonds et de sa barbe noire, de sa tournure

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militaire et de sa contenance timide. Aux premiers mots qu’il me dit, je vis qu’il était Parisien, et luimême, à mon costume hétéroclite, à mes cheveux blancs, et sur-tout à mes questions, devina bientôt à quel voyageur il parlait. “Vous connaissez peutêtre, lui dis-je, un jeune homme de votre âge, venu , comme vous, des bords de la Seine aux rives du Tarn , pour y recueillir les détails du fameux procès '? — Le Sténographe parisien? Vous ne le trouverez plus à Albi. Vous voyez en moi son compagnon de voyage, son ami et son continuateur: arrivé prématurément pour assister aux débats, il a repris la route de la capitale; je crois pouvoir faire seul le travail que nous devions partager, et je lui ai écrit de s’épargner l’ennui , peut-être même les désagréments du retour; car les services qu’il a rendus, et ceux qu’il a cherché à rendre à la prisonnière de Sainte-Cécile lui ont aliéné dans ce pays les bonnes grâces municipales, que l'on réserve au rédacteur- député de certain journal. Héritier du Sténographe , je suis en butte aux ressentiments dont il est l’objet, et sur l’effet desquels je ne serais pas tranquille, si j’en devais croire l’avis que m’a donné hier un officier de la légion de la Corrèze. «

1 A l’époque où la cour (T Albi s'occupait de cc déplorable procès, les principaux journaux de France avaient envoyé un de leurs rédacteurs près du tribunal, pour rendre un compte plus direct cl plus exact des débats.

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Je m’acheminais vers Albi avec mon Parisien , qui achevait de me faire connaître la nature, le but et les moyens de l’intrigue dirigée contre lui, lorsque nous fûmes abordés par un homme à cheval, que le collègue du Sténographe reconnut pour uu des plus habiles et des plus estimables avocats d'Aibi. « On vous cherche, lui dit-il, on veut vous arrêter. — M’arrêter?... vous voulez rire ; de quel délit suis-je coupable? tout au plus d’avoir offensé, sans le vouloir, quelque amour-propre de province. — Et vous comptez cela pour rien !... vous n ’étes point à Paris... je connais ma province et mon monde... On vient d’emprisonner ce matin le journaliste de Lyon; fuyez, vous n’avez rien de mieux à faire... Prenez ma bourse et mon cheval; j’aecompagnerai votre vieux camarade... »

L’avis était bon, je l’appuyai de toutes mes forces; le jeune homme s’y rendit; et, changeant de compagnon, j’entrai dans Albi, protégé par mon âge et par M. ***, qui ne me quitta qu'après m'avoir conduit et installé chez l’honnête Lautard, à l'hû tel des Ambassadeurs.

Cette ville est bâtie au centre d’une vallée étroite, que borne de toutes parts une chaîne de rochers. Depuis ce concile d’exécrable mémoire qui se tint dans ses murs en 1 175, et dont tant de massacres ont été le résultat, aucune circonstance n’y avait amené une affluence d’étrangers aussi considérable

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que celle qui s’y presse aujourd’hui pour assister aux débats de la cour d’assises.

La tour de Sainte-Cécile, beaucoup trop vantée, n’est remarquable que par sa hauteur : c’est un monument de la piété d’un Bernard de Caslanet, évêque d'Albi, qui la fit élever vers la fin du douzième siècle, en mémoire de la conversion des Albigeois, si complètement opérée par Simon de Montfort. On les accusait de manichéisme. Si jamais cette hérésie fut pardonnable, c’était sans doute à l’époque où vivait un guerrier fanatique et sanguinaire, qu’il était permis de prendre pour le génie du mal. C’est en face de la cathédrale de Sainte-Cécile , dans l’ancien monastère du même nom, que les condamnés de Rodez attendent le second arrêt qui doit décider de leur sort.

Je n’avais point l’intention de suivre les débats prêts à s’ouvrir, et dont je pouvais être régulièrement instruit par les journaux; le seul objet de ma curiosité eût peut-être été d’observer un moment ]a figure des prévenus ; mais ne pouvant vaincre la sévérité de leurs gardiens, je fus dédommagé en allant voir chez un peintre albigeois, M. Sudré, élève de David , leurs portraits qu’il a su retracer avec une si énergique précision.

C’est à Rodez, dans la ville même où le crime avait été commis, que j’avais hâte de me rendre, pour y confronter en quelque sorte l’opinion publi-

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que, que l'on trouve par-tout, avec cette rumeur sourde qui ne se fait entendre qu'au lieu même où l’événement s’est passé.

Quelques heures m’ont suffi pour connaître tout ce qu’Albi renferme d’intéressant; le pont du Tarn, qui menace ruine depuis deux siècles, le phare de Saint-Saloi , destiné à guider le voyageur à travers la vaste forêt de Lag résigné, les promenades de ta Lice et du Vigan, et le choeur delà cathédrale, qui passe pour un chef-d’œuvre d’architecture gothique. Cette ville se glorifie d’avoir donné le jour à l’infortuné La Peyrouse : on regrette de n’y pas voir le cénotaphe de ce célèbre navigateur, sur la perte duquel trente ans d’inutiles recherches ne permettent plus le moiudre doute. Alhi compte encore parmi ses titres d’illustration le nom des généraux Duguat et d Haupoult, morts au champ d’honneur, et celui du général Lacombe Saint-Michel, dont la gloire est loin d’être aussi irréprochable. Un des acteurs sur qui se fonde aujourd’hui la gloire de notre premier théâtre lyrique, Dérivis, est né aux environs d’Albi.

Je poursuivais ma route vers Rodez, douloureusement préoccupé d’un meurtre qui met en deuil tant de familles, qui compromet une ville entière, et dont la première cause ne sera probablementjamais connue. Que de crimes enfantés par un seul ! Un vieillard respectable attiré hors de sa maison •par la plus noire perfidie, entraîné dans un repaire

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infâme, égorgé avec une barbarie sans exemple par des monstres qui l’appelaient leur parent, leur ami ; une mère trafiquant avec les assassins du sang de sa fille, témoin caché de cette horrible exécution; desenfauts qui dénoncent leur père et leur mère; un des principaux acteurs du crime, le seul peutêtre qui en eût le secret, et un témoin important, morts dans le cours des deux procédures, non sans donner lieu à de violents soupçons d’enipoisonuement; une femme qui semble se jouer de l’intérêt qu’elle avait d’abord inspiré, et dont les bizarreries ne peuvent trouver d’excuse, même dans le motif honorable qu’on lui suppose, .l 'étais engagé dans ce labyrinthe d'horreurs et d'infamies, où ma réflexion cherchait un fil pour se conduire, lorsque j'aperçus une troupe considérable de voyageurs, les uns à pied, les autres à cheval, quelques uns en cabriolet, qui venaient à ma rencontre; tandis qu’ils défilaient autour de moi, j’eus le temps de compter cent cinquante individus de tout sexe et de tout Age. .le descendis de voiture, et j’adressai la parole à un homme d’un Age mûr et d’un extérieur assez distingué, qui reprenait le même chemin que moi, après setre arrêté pour parler à quelqu’un de la troupe. «Quel motif, lui dis-je, met en mouvement un si grand nombre de citoyens, et vers quel endroit se dirige ce singulier pèlerinage? — Vous voyez , me répondit-il , une partie des témoins de Rodez dans l’affaire qui va se juger

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à Albi, où ils se rendent par Sauveterre, Pamfjelonne et Valence, tandis que l'autre moitié (car ils ne sont pas moins de deux cent quatre-vingts) suit la route de Milliaud, afin de ne pas affamer les pauvres villages par lesquels ils doivent passer. — Je ne me permettrai pas de vous arrêter plus long-temps sur la grande route, lui dis-je; mais peut-être retournez-vous à Rodez; j’y vais moi-même , et je puis vous offrir une place dans ma carriole. » Il accepta, et nous continuâmes l’entretien.

« Si tout autre intérêt que celui qui s’attache à l’événement affreux dont gémit notre ville pouvait vous y conduire, vous auriez bien mal choisi votre moment, continua-t-il; Rodez est à-peu-près désert; témoins, oisifs, curieux, tous se rendent à Albi ; la population de l’Aveyron s’est portée sur le Tarn, et c’est aujourd'hui chez les Albigeois qu’il faut aller chercher les Ruthéniens. » Je lui fis part du motif de mon voyage, et j’eus lieu, comme on va le voir, de m'applaudir de la rencontre que le hasard m’avait procurée. « Jetais ami de Fualdès, ajouta-t-il ; vingt-cinq ans de la plus intime liaison, m'ont fait connaître en lui les vertus d’un citoyen probe , d’un magistrat habile autant qu’irréprochable , d’un ami fidèle et du meilleur des pères : cette justice lui fut rendue, de son vivant, par tous ses concitoyens, par ceux mêmes qui le jugeaient avec toute la prévention , et dans ce pays on doit dire

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avec toute la haine de l'esprit de parti. M. Fualdès, non moins distingué par la politesse de ses manières que par la solidité de son caractère, avait fait ses études à Toulouse avec beaucoup de succès ; il passa du collège au barreau de Rodez ; la révolution survint, il n’en marcha pas moins d’un pied ferme dans la route honorable qu’il selait tracée, et se voua particulièrement à la défense de ceux que poursuivait un pouvoir odieux. Tant de courage à cette époque ne pouvait rester impuni ; M. Fualdès fut jeté dans les cachots, dont il avait tiré plusieurs innocents; et, transféré de Rodez à Paris, il allait y comparaître devant le tribunal révolutionnaire , lorsque le 9 thermidor le rendit à la vie et à la liberté. En l’an 8, à l'époque de la nouvelle organisation judiciaire , il fut nommé d’abord accusateur public, et depuis procureur impérial dans le département de l’Aveyron.

« Je crois savoir la vérité , continua M. S'"* , sur les motifs secrets du crime infernal qui enlève à sa famille et à son pays un citoyen digne de tous les regrets qu'il inspire, mais cette vérité ne repose que sur des conjectures, des rapprochements, des observations , dont l’exposé ne suffirait pas pour faire passer, dans l'esprit des autres, la conviction dont le mien est rempli : la justice, ajouta-t-il, est saisie de cette cause horriblement célèbre; elle seule peut en sonder les ténébreuses profondeurs :

Ai.r.r et hodez.

je crains néanmoins qu’en éclairant les faits, qu'en démasquant les plus hardis coupables, elle ne parvienne pas à lever tout eutier le voile qui couvre la partie intentionnelle de ce monstrueux forfait. »

J'insistai vainement auprèsdeM. S‘**, pour qu’il s’expliquât davantage. Tout cc que j’en obtins, c’est qu’après le jugement rendu, et la sentence exécutée , il inc communiquerait une lettre écrite l'année dernière à un de ses parents, dans laquelle, en lui faisant le récit de cette funeste aventure, il lui expliquait les réflexions quelle lui suggérait.

Je désirais du moius savoir ce qu’il pensait de la dame Manson. « Les étranges contradictions d’un pareil caractère n’ont aucun attrait pour moi , ditil, et quand la vérité est le besoin de tous les cœurs, on finit par prendre en aversion celle qui ne semble se prévaloir du malheur de la connaître, cette vérité, que pour en retarder le triomphe. Je ne lui pardonnerai jamais d’avoir transformé en curiosité de théâtre la vertueuse indignation du public : connaissez-vous un scandale plus affligeant pour les mœurs que celui de voir la cause de l’infortuné Fualdès abandonnée en quelque sorte pour celle d’une femme que sa position seule m’empêche de qualifier? Il faut le dire à la honte du cœur humain, ce n’est pas la plainte déchirante d’un fils qui demande justice du meurtre de son père; cc ne sont pas les cris de l'infortune, les preuves, les remords.

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les dénégations, les aveux du crime que l’on court entendre au tribunal d’Albi : ce sont les exclamations, les réticences, les évanouissements, la pantomime de Clarisse qui attirent la foule avide de spectacle. La situation dramatique où s’est placée cette femme détourne à son profit l’intérêt qui devrait se porter tout entier sur l’accomplissement des devoirs de la piété filiale, si douloureusement, si noblement remplis par le jeune Fualdès. Le même crime qui lui ravit son père dévore en même temps sa fortune; celle des spoliateurs est mise à couvert, et l'espoir d’une vengeance que réclame avec lui l'humanité tout entière est désormais le seul qui lui reste.

« En blâmant le rôle que joue la dame Manson dans ce cruel procès, je ne prétends cependant pas nier la force des raisons qu elle peut avoir pour ne pas répondre à l'une des questions qui lui sont faites: je ne conuais point de loi plus impérieuse que celle du serment, ni de devoir plus saint que la reconnaissance. »

Je me hâtai d’interrompre M. S***. « Cette vertu, lui dis-je, n’est pas celle de la femme dont nous parlons; demandez plutôt au Sténographe parisien ' ; peut-être ignorez-vous sou histoire. Il arrive à Rodez ; il voit la prisonnière ; elle était accusée, séparée de son fils, et dans une extrême indigence : le

1 M. île Latouche, un de nos jeunes littérateurs les plus distinjjurs.

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cœur du jeune homme est ému, sa tête se monte, il croit ù beaucoup de malheurs et même à quelques vertus. On lui lit tin Mémoire, où le nom d’une mère respectable est invoqué à chaque page. La dame est jeune encore; elle est en prison; elle a de l'esprit ; elle s'embellit quand elle parle; le jeune sténographe est poète, pouvait-il ne pas être dupe ? Il le fut; il emporta le précieux Mémoire, promit de le publier, et laissa dans la cellule le denier du voyageur.

■< La publicité de ce tissu d’audacieux mensonges augmenta l'aisance et la célébrité de la captive , mais il souleva en même temps contre elle plusieurs de ses compatriotes qu'il compromettait : la prisonnière s’en prend alors à l'innocent complice de sa gloire, l’accuse de tous les services qu’il lui a rendus, et finit par dénoncer son chevalier absent. Vous conviendrez que cette conduite de la fille de M. Enjalran envers un littérateur qui sctait généreusement dévoué à sa cause n’est pas faite pour donner une haute idée de sa reconnaissance. »

Je sentis l’inconvénient de continuer un entretien qui réveillait dans le cœur de M. S*’* des souvenirs déchirants, et je l’amenai à des considérations générales sur les habitants du pays que nous parcourions.

« Les Aveyronnais , me dit-il , sont généralement d'une taille élevée, d’une physionomie ouverte, et

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d’nn caractère franc. Leurs passions vives sont presque toujours généreuses; l'austérité du climat tourne les esprits vers de graves objets; vous trouverez ici plus d’instruction que d'éclat, plus de mathématiciens que d'artistes. Les principes opposés, les idées rivales s’y établissent avec une grande liberté. L’abbé Raynal et l’abbé Frayssinous , MM. de Bonald et Flaugergues ont, parmi leurs compatriotes, des partisans en nombre A-peu-près égal.

« Dans ce département, les habitants de Rodez ont une réputation à part; ou les accuse detre méchants , haineux , et de là le fameux proverbe :

u Ruthrncnses quos non possunt rodere odiunt.

u M. Monteil , jadis habile professeur de l’école centrale du département, a cherché à les défendre de cette inculpation : il les représente comme très loyaux et très probes. Sans égard à l’intérêt personnel qui me porte à me ranger à son opinion, je crois devoir convenir que les habitants de ce département, et principalement ceux de la ville de Rodez, ont tous les vices et toutes les qualités qui naissent de l’âpreté du sol, du défaut de communications, et d'une demi-civilisation qui n'a point uséleurs forces. Susceptibles d’une grande élévation d’esprit, d’un opiniâtre attachement à leurs principes, capables de tout sacrifier à leurs opinions , leur existence n’est qu’une suite de mouvements passionnés, où se

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trahit, jusque dans les actions les plus simples , l'habitude de violence qui les domine. »

Rodez , où nous arrivons, est situé sur une montagne , et l’Aveyron se roule presque circulairement , dans les gorges qui entourent ses remparts. Cette ville, très ancienne, n’offre de monument remarquable que sa cathédrale, dont le clocher, d’une hauteur prodigieuse, s’aperçoit à une grande distance.

Les maisons , mal bâties , y forment quelques rues étroites, sombres, et malpropres. Je ne sais si l’image du crime qui s’v est commis n’influe pas sur l’impression que j’éprouve en entrant dans cette ville, mais, à peine arrivé, j'aspire au moment d’en sortir. Je viens de parcourir la rue des Hebdomadiers!... Je me suis arrêté sur le seuil de cette tnaison Bancal, sans oser pénétrer dans ce hideux repaire. Le j ugement qui condamnera les assassins de M. F ualdès ne devrait-il pas en ordonner la destruction?

L'aspect de cette ville semblerait seul devoir effaroucher la poésie et les arts; c’est une raison de plus de ne point oublier quelle a vu naître M. Delrieu, auteur de la belle tragédie <X Artaxercc , et de plusieurs autres ouvrages dignes du succès qu’ils ont obtenu sur la scène, et M. Planard, connu par quelques jolies productions dramatiques. Cette ville est aussi la patrie de M. Bonncl, acteur du grand Opéra : sa modestie ajoute à son talent et nuit à sa réputation.

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