LE LA^GAGE
plus du grec, c’est-à-dire de la langue la plus parfaite qu’aient jamais parlé les hommes. Je ne m’engagerai ni dans l’e.xamen des raisonnements et des preuves qu’il apporte à l'appui de son opinion; ni dans la discussion des moyens dont il se sert pour repousser les objections qu’on ne manque pas de reproduire sur cotte quantité d’auxiliaires, d’articles, de prépositions, de pronoms amphibologiques, qui embarrassent notre langue et garrottent la pensée, si l’on peut parler ainsi , dans les liens de la phrase, quelquefois si difficile à construire. Une question de cette nature n’est pas de celles que l'on peut traiter sans ennui ; je me contente d’exposer sa proposition :
U I<a langue la plus parfaite est celle qui réunit au plus haut degré la clarté, la douceur, la variété et Vélégance: la langue française est la plus claire, il n’y a qu’un avis sur ce point ; elle est incontestablement la plus douce, car aucune autre n’offre un plus heureux mélange de consonnes et de voy'elles; elle est la plus variée, car elle se prête également à ' toutes les formes du style , à toutes les espèces de compositions en prose et en vers, dont elle offre des modèles achevés dans tous les genres; enhn elle est la plus élégante, car elle est dans toute l’Europe la langue de la bonne compagnie. Son universalité seule suffirait pour constater sa prééminence. »
En supposant, disais-jc à mon philologue, que vous ayez eu raison il y a quarante ans, à l’époque où
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ET LA CON VEnSATION. I 89
l’on parlait en France la lan^pie de Bossuet, de Racine , de Montesquieu , et de Voltaire, vous pourriez bien avoir tort aujourd’hui; car il me semble qu’il s’est fait aussi une révolution dans la lan{jue française, dont je puis d’autant mieux juger, qu’absent de ce pays depuis tant d’années, les changements sui-vcnus dans le langage sont plus frappants pour moi qu’ils surprennent, que pour vous qui les avez vus naître ; c’est ainsi qu’on a peine à reconnaître, après une longue absence, un ami dont l’âge a changé les traits, et qu’en restant près de lui l’on n’aurait pas vu vieillir. Sans parler de quelques livres nouveaux en grande réputation parmi vous, et que j’ai toutes les peines du monde à entendre, il m’arrive assez souvent de ne pouvoir suivre un entretien, faute de connaître la signification ou la valeur nouvelle des mots qu'on y emploie : je lui citai pour exemple les deux petits dialogues suivants que j’avais écoutés, mais non pas entendus, la veille, chez madame de Lorys : j’en ai sur-tout retenu ce que je n'ai pas pu comprendre avec le secours d’uu dictionnaire de l’académie.
Dialogue en jargon à la mode entre la baronne A*** et le chevalier B*”.