PAIR DE FRANCE
XK *8 RF. DE L INSTITUT. ETC
Monsieur et très illustre Confrère,
C’est sans votre agrément que je place votre nom en tête de cet ouvrage. En sollicitant cette faveur, que j’aurais sans doute obtenue de votre amitié, je me serais imposé des obligations dont j’ai voulu m’affranchir: votre modestie eût gêné mon langage, je n aurais pas
K PITRE HKIIICATOIItE.
«;tc le maître de me rendre, en ce moment, l'interprète de 1 opinion publique, et d’exprimer sans réserve tous les sentiments dont vous m’avez pénétré.
Si la flatterie est un présent, l'éloge mérité est une dette, et la reconnaissance contemporaine ne doit pas craindre de parler le langage de la postérité. Ne lui laissons donc que le soin de fixer votre rang dans le petit nombre des hommes à qui il a été donné, comme à vous, de lutter pendant trente ans contre les excès d’une révolution terrible, sans déroger un moment aux principes éternels de la philosophie et de la liberté, où elle avait pris sa source.
Ami du sage et vertueux Malesherbes, vous avez continué ce grand homme au milieu des tempêtes civiles où il a trouvé une mort si funeste et si glorieuse. Vous partagerez avec lui l'immortalité de la sagesse et de la vertu , la seule qui n’ait rien à craindre du jugement de l’histoire.
Elevé plusieurs fois au pouvoir, sous l’influence des partis dont vous n'avez jamais accepté la loi, vous n'avez point oublié que le bien public est le seul but d’une ambition
JÎPITRE DÉDICATOIRE.
louable, et que les plus nobles pensées ne sont que de beaux rêves aux yeux des hommes, si elles ne sont mises en actions.
Dans cette affreuse journée du i" prairial, dont je m'honore d’avoir partagé les périls, vous avez réalisé la sublime fiction d’Horace, en offrant au inonde le modèle achevé de 1 homme juste et fort , que les fureurs de la multitude et les poignards de la tyrannie ont trouvé inébranlable au poste de l’honneur, et auquel la crainte de la mort, d’une mort horrible, mille fois présente à ses yeux, n’a pu arracher un seul mot où le crime triomphant n ait entendu sa condamnation.
Vous réunissez en vous la triple qualité de législateur, d'homme d’état, et d’homme de lettres; et dans chacune de ces nobles fonctions, où vous vous êtes illustré, vous avez pris la morale pour base de votre conduite, de vos ouvrages, et de vos discours; elle respire dans cet admirable rapport sur la situation politique de l'Europe , que l'assemblée accueillit avec enthousiasme, et dont elle ordonna l’impression et la traduction dans toutes les langues ; dans cette patriotique harangue où vous demandez des statues pour les grands hommes
É PITRE DÉDICATOIIIE.
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qui honorent la France; dans ces discours»éloquents où vous vous élevez avec une si profonde indignation contre les jeux et la loterie; où vous avez combattu si généreusement en faveur de la liberté de la presse et de la liberté des cultes.
Tant de travaux politiques, qui tiennent une si grande place dans votre vie, ne vous ont point détourné de la carrière des lettres, et plusieurs ouvrages, dignes de la postérité, ont marqué votre place dans cet Institut qui s honore de compter parmi ses membres l’auteur de 1 Essai sur les fêtes nationales, de 1 Etat de ta France, présent et avenir, et des Recherches sur la vie, les écrits et les opinions de M. de Malesherbes.
C’est à vous que l'histoire appliquera sans hésiter cet éloge que le cardinal de Retz fait de lui-niême avec si peu de vérité :
« Dans les mauvais temps il n’a pas aban- « donné la patrie; dans les bons il n’a eu « d’autre intérêt que celui de la France; dans « les désiîspérés il n’a jamais cédé à la crainte.»
En plaçant mon ouvrage sous la protection d’un grand citoyen, dont la vie sans tache, uniforme dans sa dignité, féconde pour la pa-