‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 124 sur 318 · DE L’OBÉISSANCE · texte numérisé non relu

DE L’OBÉISSANCE

donnés d’attaquer le palais du prince, de mettre le feu aux maisons de la ville, de se ruer sur les passants, d’enchaîner, de tuer les citoyens paisibles et désarmés; quel apôtre de l’obéissance aveugle osera soutenir qu’en pareil cas le soldat doit exécuter l'ordre qu’il reçoit? Mandelot , de Gordes , Saintlléran, de Caronye, le comte de Tende , le comte de Chamy, refusèrent de faire exécuter, dans leurs gouvernements , l’ordre donné par Charles IX de massacrer les huguenots. Le vicomte d’Hortez, gouverneur de Bayonne , eut assez de fermeté, dit Sully, pour répondre au roi, qui lui en avait écrit de sa propre main , qu’il n’obéirait pas à un pareil commandement: cette vertueuse résistance a été consacrée par l’admiration et les éloges de la postérité.

Les gentilshommes suédois qui. sur un ordre de Christine, tuèrent son amant Monaldeschi; les gentilshommes français qui, sur un ordre de Henri III, tuèrent à coups depée le duc de Guise dans les appartements mêmes du roi, étaient des assassins et non des soldats. Les apologistes de ce crime , à la tête desquels se plaça le cardinal de Joyeuse, ne sont point parvenus à justifier cette exécrable obéissance.

Elle ne saurait être excusée, même dans certaines actions de guerre que le vieux droit public de l’Europe semble avoir autorisées. Turenne devait son bras à son pays et à son prince, mais pour choses

DE LOBÉISSANCE.

utiles et honorables : quand il incendiait les hameaux, quand il réduisait en cendres les cabanes des paysans du Palatinat , ce n’était plus à l’électeur, à des ennemis de la France, qu’il faisait la guerre; il n 'était plus que l’exécuteur des vengeances d’un ministre courtisan; et la postérité, en flétrissant une action si barbare, n’en a point absous la mémoire de ce grand capitaine.

Le général d'une armée auxiliaire n’a pas le droit de juger si le gouvernement de son pays a fait une chose juste en venant au secours d’une puissance plutôt que d’une autre; sou devoir est d’obéir et de combattre, même à regret, dans les rangs de la nation avec laquelle la sienne a fait alliance; mais que, sur le chadfj) de bataille, il reçoive de son gouvernement l'ordre de tourner à l'instant ses armes contre l’allié qu’il venait défendre, qui se repose sur sa fidélité, sur sa reconnaissance des bienfaits qu'il a reçus; l’obéissance eu pareil cas est une infâme trahison, nu crime odieux que la fortune peut récompenser, mais que la justice universelle finira par atteindre, et qui restera flétri du sceau du déshonneur dans la mémoire des hommes.

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