‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 190 sur 318 · DES MAGISTRATS PERVERS · texte numérisé non relu

DES MAGISTRATS PERVERS

par-tout pour arrêter les excès de la tyrannie, s’il trouvait des imitateurs.

Un colonel à demi-paie , du nom de Torton, prévenu A' indépendance , avait été mis en jugement, et sa condamnation promise au parti royaliste : Jefferies, dans le cours des débats, s’aperçoit que les questions, telles qu'il les a posées lui-même, peuvent amener l’acquittement de celui dont il a juré la mort; il interrompt l’audience, se retire avec les autres juges, et leur propose de changer l’ordre et même la nature des questions, lin seul juge s’y refuse avec une indignation qu’il exprime de toute la chaleur de son ame , de toute la force de sa conscience; il invoque la saiutcté des lois, depuis trop long-temps violées dans leur sanctuaire; et, désespérant de ramener à son avis un tribunal qui avait déjà reçu le prix du sang qu’il voulait répandre : k Je déclare , dit-il à ses collègues avant qu’ils allas- « sent aux voix , que si vous prenez la détermination «qu’on vous propose, je ne reparais à l’audience « que pour y déchirer ma toge, pour y prendre le « ciel et les hommes à témoin que je n’ai point de « part à cette infâme délibération, et que je déserte « à jamais un tribunal où les lois sont foulées aux « pieds des juges, où l’innocence n’a plus d’appui , « où la justice n’a plus d’organe. « Jefferies lui-même fut obligé cette fois de céder à l’influence d’une si haute vertu: Torton fut acquitté.

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