‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 207 sur 318 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

De l'interprétation «le* lois.

Dans tout état libre, disent Voltaire et Montesquieu, il n’y a point de citoyen contre qui on puisse, sans crime , interpréter la loi. Ces Anglais seuls ont connu tout le respect que l’on doit à la sainteté du texte des lois, lorsqu’ils ont pefmis que le crime luimême en abusât: l’art perfide d’en forcer le sens, d’en rechercher l’esprit , est le crime des juges pervers et des temps d’oppression.

C’est alors que l’on voit une jurisprudence équivoque où la même action trouve, d’un jour à l’autre, son châtiment ou sa récompense; où le crime est

DE ^INTERPRÉTATION DES LOIS. 33y

souvent puni par le crime; où vous êtes jugé, non comme prévenu d’un délit , mais d’une opinion ; non comme factieux, mais comme fils, gendre ou ami d’un factieux ; non comme perturbateur du repos public , mais comme fauteur de telle doctrine politique, laquelle, interprétée de telle manière, appliquée à tel événement , pourrait eu telle circonstance causer tel dommage.

Il est pénible de le dire, tous les peuples de la terre ont subi cette justice affreuse. Qu’on me cite lui seul tribunal en Europe dont les sièges ne fussent hideusement couverts si dans chaque pays un nouveau Cambyse eût fait écorcher vifs les juges préxaricateurs , et revêtir de leur peau les chaises eurides où siégèrent les Torquemada, les Jefferies, les Fouquier-Tinville, et tant d’autres monstres qui souillèrent leur toge du sang de l’innocence , et transformèrent en poignard le glaive de Thémis.

Les lois éternelles de la morale suffisent à tous les besoins de la justice : tout voile jeté sur sa statue est un voile funèbre.

Les juges, en tehmes de jurisprudence, doivent i lire droit , et non faire droit , car le droit est fait : les juges sont les organes et non les arbitres des lois. Une sentence arbitraire , de quelque nom qu’on la décore, quelque intérêt qui la dicte, fût-ce le salut de l’état ou celui du prince , est le plus grand et le plus irréparable des attentats, puisqu’il tend à cor-

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