LE DIED DES BONNES OENS
Air du vaudeville de In partie taries.
Il est uu Dieu; devant lui je m’iurline,
Pauvre el content, sans lui demander rien De l’uni vers observant la machine ,
J’y vois du tuai, et n’aime que le bien Mais le plaisir à ma philosophie Révéle assez des cicux intelligent* ;
Le verre en inain , gaiement je me confie Au dieu des bonnes gens.
Dans ma retraite, où l’on voit l'Indigence ,
Sans m’éveiller, assise à mon chevet.
Grâce aux Amours , bercé |»ar l'Espérance ,
D’un lit plus doux je rêve le duvet.
Aux dieux des cours qu’un autre sacrifie;
Moi, qui ne crois qu’à des dieux indulgent* ,
Le verre eu main , gaiement je me confie Au dieu des bonnes gens.
lin conquérant , dam sa fortune altière .
Se fit un jeu des sceptres et des lois;
El de ses pieds ou peut voir la poussière Empreinte encor sur le bandeau des rois.
Vous rampiez tous, ô rois qu’on déifie;
Moi, pour braver des maîtres exigeauts, le verre en main , gaiement je me confie Au dira des lionnes gcn*.
Dan< nos palais , où près (le la Victoire Brillaient les arts, doux fruits des beaux climats.
J’ai vu du nord les peuplades sans gloire,
De leurs manteaux secouer les frimais.
Sur nos débris Albion uuns défie :
Mais les destins et les flots sont changeant* ;
Le verre en main , gaiement je me confie Au dieu des lionnes gens.
Quelle menace un prêtre a fait entendre!
Nous louchons tous à uos derniers instants ;
L’éternité va se faire comprendre :
Tout va finir, l'univers et le temps.
Oh! chérubins à la face bouffie,
Réveilles donc 1. » morts peu diligents!
I«e verre eu maiu , gaiement je nie confie Au dieu des bonnes gens.
Mais, quelle erreur! non. Dieu n’est point rolère ;
S'il créa tout, à tout il sert d’appui.
Vins qu’il lions donne , amitié tutélaire ,
El vous , Amours , qui crée/, apres lui ,
Prête* un charme à ma philosophie.
Pour dissiper des rêves affligeants ;
Le verre eu main , que chacun se confie Au dieu des bonnes gens.
LA CHANSON SATIRIQUE ou VAUDEVILLE.
De tout temps nous avons excelle clans ce genre éminemment national. Boileau en fait remonter l’origine au poème satirique, et le définit en vers charmants.
D’un trait de ce poème, eu bons roots si fertile,
Le Français né malin forma le Vaudeville,
Agréable, indiscret, qui, conduit par le chant.
Passe de bouche eu bouche , et s’accroît en marchant ; ï-i liberté française en ses vers se déploie ;
Cet enfant du plaisir veut naître dans la joie.
Sous le rapport de l’étendue, le vaudeville est le poème
ESSAI SUR LA POÉSIE LÉGÈRE. i-, épique du genre; comme il no se prescrit point de marclie régulière, et qu’il va lançant au hasard lepigramme et la saillie, il ne s’arrête que lorsque l’auteur a épuisé sa verve satirique. Le vaudeville de Beaumarchais sur tes Femmes n’a pas moins de vingt-sept couplets de huit vers chacun. En politique, le vaudeville est toujours de l’opposition; et c’est à lui seul , comme on l’a dit , que nous avons dit , pendant plusieurs siècles, l’avantage de vivre sous une monarchie tempérée.
Si pendant quelque temps le vaudeville, sous le nom de Xoèts, n"a plus été qu’un organe impur de turpitudes et de diffamations, c’est aux beaux esprits de la cour de Louis XV et de Louis XVI qu’il faut s’en prendre, et l’on doit remarquer, pour l’honneur des lettres, que ces infâmes productions, dont nous ne voulons pas même rappeler les titres, ont eu pour auteurs les meilleurs gentilshommes du royaume.
Panard est le roi de l’ancien vaudeville ; il y atteint quelquefois à la naïveté de La Fontaine , à la malice de Boileau , et à la gaieté de Piron. Aucun chansonnier avant lui n’avait su rendre, à l’aide d’un style piquant, la morale plus gaiement populaire : on n’a point surpassé son adresse dans l’emploi des vers nains et des rimes redoublées : quelquefois un seul de ces couplets, qu’on appelle de facture, offre un tableau de mœurs tout entier.
.San» dépenser.
C'est en vain qn’on espère S’avancer
Au pays de Cylhère.
Mari jaloux ,
Femme eu courroux ,
Ferment sur uou»
Grille ci verrou».
Le rhicn non» poursuit comme loup»
Le temps n’y peut rien faire Mais si l'Iutn» entre dans le mystère ,
Grille et ressort Couvrent d'abord.
Le mari sort ,
Le chien s’endort ;
Femme et soubrette sont d’accord ;
Un jour tinil l’affaire.
Cette extrême aisance de rimes redoublées est moins remarquable encore , dans Panard , que l'emploi des vers monosyllabiques. Personne n’a su les placer avec autant de bonheur.
Mettez-vous bien cela Là,
Jeunes fillettes ;
Songez que tout autant Ment
Dans ses fleurettes.
Ht l’on voit des commis Mis
Comme des princes ,
<^ui jadis sont venus Nus
De leurs provinces.
Tout le inonde connaît le vaudeville satirique, cheld’œuvre de Panard , dont je nie contenterai de citer le premier couplet.
Dans ma jeunesse ,
Les papas , les mamans ,
•Sévères , vigilants ,
De leurs tendrons cbumiants
Cootmaipoi la sagesse ;
Aujourd'hui ce n'est plus cela;
L'auiant est habile ,
La tille docile ,
U mère facile.
Le père imbécile.
Et l’honneur va Cahin, c aha.
Colle, Piron, Jean Monct, I’avard, Laujon, ont laissé quelques vaudevilles qui méritent de trouver place dans les recueils, mais qui ne leur assignent , en ce genre , qu’un rang fort inférieur à Panard.
L’espèce d’influence que la chanson vaudeville exerçait sur le gouvernement est assez Lien décrite dans les vers suivants, dont j’ignore l’auteur, et que j’ai conservés dans ma mémoire.
Avec Panard , avec Colle Est mort le joyeux vaudeville;
L'esprit français est exilé Et de la cour et de la ville :
Plus de gaieté , plus de couplets ;
A l’ennui la France est soumis» :
lai Seine imite la Tamise ,
Et tout Paris devient Anglais.
On raisonne à perte de vue.
Et même à perte de raison ;
Enfin le spleen est du bon tou ;
On ne rit plus , on se tue.
Jadis le Français, moins moral ,
Et bien plus aimable sans doute.
Se consolait d’une déroute En cbansonnant son général Si quelque ministre, en cachette ,
Lançait des lettres de cachet,
Le lendemain, sous sa serviette,
Il trouvait à table un couplet Dont un malin le régalait.
3o ESSAI SUU LA POESIE LÉGÈRE.
Le contrôleur en très beau style Publi.iit-il nouvel impôt ,
Le peuple français aussitôt L'enregistrait eu vaudeville.
La sultane du grand sérail ,
Kn s'oubliant, s'avisait-elle üc prendre en main le gouvernail,
Momus envoyait À la belle Son histoire en chanson nouvelle Sur les feuilles d’un éventail.
F.n un mot la pourpre et l’hermine ,
Mitre et mortier, riches et grands .
Chacun passait par l'étamine;
On narguait le malheur des temps Kn lui faisant joyeuse mine ,
Et Ton riait de ses tyrans.
I.a monarchie avait Uni par îles Nocls; la révolution commença par îles vaudevilles: l’opposition était alors royaliste ; Hivarol et Champcencitz en furent les coryphées, et les Actes îles a/wlrcs furent remplis d’épigrammes, de diatribes en vaudeville contre le nouvel ordre de choses, et contre les auteurs de cette grande réforme politique. Les partisans de ceux-ci répondirent, également en chansons, par des menaces, qui ne tardèrent pas il s’effectuer, et le vaudeville prit la teinte d’une politique extravagante et lugubre, qui finit par en dénaturer l’esprit. L’histoire littéraire ne conservera de cette terrible époque que les chansons guerrières dont j’ai déjà parlé.
Le régime impérial vit éclore des légions de chansonniers, dont la muse en livrée verte se mit à la solde de la gloire et de la puissance. Une seule chanson, celle du rot cTYvetot , interrompit ce concert de louanges mercenaires. Le vaudeville du roi d'Yvetot a commencé la réputation de M. de Béranger d’une manière trop brillante et trop hono-
ESSAI SLIi LA POÉSIE LÉGÈRE. 3i rablc pour qu’on ne me sache pas gré «le le transcrire ici. Il n’appartenait qu’à celui qui chanta si courageusement la gloire de la France aux jours de ses revers, de célébrer des vertus pacifiques, et de fronder la manie des conquêtes en présence de Napoléon»