‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Poésies légèresChapitre 23 sur 136 · DE LA CHANSON VILLAGEOISE · texte numérisé non relu

DE LA CHANSON VILLAGEOISE

Nulle pari on ne clianlc autant qu’au village, parccque nulle part on n’agit plus et on ne réfléchit moins; les travaux y sont exempts «le soucis, et les plaisirs exempts «l’inquiétude. On y est plus gai, parccque la vie sociale y est plus près «le la nature, et que cette nature, qui n«>us résout d’elleméme à tous les maux «|u’il n’est pas en son pouvoir de nous épargner, permet à l'homme des champs de jouir sans trouble et sans prévoyance des biens dont elle est la source. La grâce et la naïveté, «jui forment le caractère distinctif de la chanson villageoise, sont réunies au charme du sentiment dans cette villanelle de Desportes.

Bosetlc, pour un peu d'absence.

Voire coeur von» avez changé ;

Et moi , sachant cette inconstance , Le mien autre part j’ai rangé.

Jamais plus beauté si légère ■Sur moi tant de pouvoir n’aura; Nous verrons, volage bergère ,

Qui premier s'en repentira.

Tandis qu’en pleur» je me consume.

Maudissant cet éloignement ,

Vous, qui u 'aimez que par coutume, (larcssez un nouvel amant.

ESSAI SUR LA l'OËSIE LÉGÈRE. 5i

Jamais légère girouette Au vent sitôt ne »c vira ;

Nous verrons, bergère Rosette,

Qui premier s’en repentira.

Où sont tant de promesses saintes ,

Tant de pleurs versés en partant?

Est-il vrai que ces tristes plaintes Sortissent d'un coeur inconstant ?

Dieux! que vous êtes mensongère!

Maudit soit qui plus vous croira -.

Nous verrons, volage bergère,

Qui premier s’en repentira.

Celui qui me vole ma place Ne vous peut aimer tant que moi ;

Et celle que j’aime vous passe De beauté, d'amour, et de foi.

Gardez bien votre amitié neuve ,

La mienne plus ne variera;

Et puis nous verrons à l’épreuve Qui premier s’en repeutira.

Tout le monde, excepté quelques savants en es, est maintenant de l’avis de Voltaire, qui préfère aux plus jolies chansons d’Anacréon les Quatre Ages de Dufresny : cette chauson, moins naïve que celle de Desportes, s’élève audessus par la pensée philosophique qu elle renferme, et qu’elle exprime avec tant de bonheur.

Page 1