‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Poésies légèresChapitre 43 sur 136 · ANECDOTE DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

ANECDOTE DRAMATIQUE

Au bruit d’une fade musique.

Qu’attristaient des vers langoureux,

Hier, à l’Opéra-Comique ,

Je bâillais comme un bienheureux :

Un voisin me tira de peine,

Et grâce à lui je distinguai ,

Dans une loge d'avant-scène,

Un spectacle beaucoup plus gai.

Malgré l'obstacle de la grille Je voyais un jeune homme assis Près d’une femme veuve ou fille ,

Ce point me semblait indécis;

Mon voisin, qu’une longue étude Ne mettait jamais en défaut,

Jugea, d’après son attitude,

Qu’elle était femme ou peu s’en faut.

J’avais d’abord peine à comprendre Comment à ces chants ennuyeux Cette belle paraissait prendre Un intérêt prodigieux :

N'en cherchons pas plus loin lu cause,

Me dis-je ; dans tout ce fracas Elle aura saisi quelque chose Que le public n’aperçoit pas.

Mais bientôt elle manifeste De son cœur le trouble croissant ;

Son maintien, son regard , son geste.

Expriment tout ce qu’elle sent :

Sur la grille sa main posée Atteste par son tremblement,

■Que sa raison est maîtrisée Par la force du sentiment.

De la musique sur notre ame Voyez quel différent effet;

De plaisir la dame se pâme Dans un duo que l’on sifflait;

Mais tout lui plaisait, il me semble,

Car je fus encor plus surpris,

A la lin du morceau d'ensemble ,

De l’entendre demander bis.

Je riais de sa folle ivresse ;

Mais le voisin, grand connaisseur,

Interprétait avec finesse

Tous les mouvements de son cœur.

La grille se baisse, la dame Paraît dans toute sa splendeur.

— Ciel! — Qu’avez-vous?.... C’était la femme De mon voisin l’observateur.

POÉSIES LÉGÈRES. io5

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