A ADÈLE
L E JOUR DE SA FÊTE, i 5 décembre 1806.
Air : J’ai vu partout dans mes voyages
Messieurs, dans cette grande ville,
Où je ne fais que débarquer,
Trouver quelqu’un n’est pas facile; Ne pourriez-vous me l’indiquer?
Sur celle pour qui je m’empresse J’ai mes renseignements notés:
J’ignore son nom, son adresse;
Mais je connais ses qualités.
Elle unit à ces dons aimables Qu’entraîne en sa course le temps Les charmes plus vrais, plus durables Du caractère et des talents :
Le dieu des arts, qui la protège.
Anime sa tête et ses doigts;
Elle a le double privilège D’agir et penser à-la-fois.
On assure qu’on trouve en elle Gaieté, raison et sentiment,
Que toujours sa bouche fidèle De sa pensée est le garant :
i6o POÉSIES LÉGÈRES.
Mais jusqu’en sa franchise extrême I,a bonté de son cœur se peint;
Elle a toujours l’esprit qu’on aime.
Et jamais l’esprit que l’on craint.
On m’a dit qu’elle était la femme l)’un grand favori d’Apollon,
Qui tour-à-tour nous a peint lame D’Abel, de Henri, de Néron.
A tout un sexe il fit hommage Du mérite qu’on lui connaît;
Mais entre nous de cet ouvrage Sa femme a fourni le sujet.
Amie agissante et sincère,
Elle prévient tous vos désirs ; Épouse, fille, sœur ou mère Tous ses devoirs font ses plaisirs :
Mais de cette amc active et bonne On n’est pas dupe, et l’on sait bien Que de ce bonheur qu’elle donne Elle a su composer le sien.
Aux faits que je récapitule Mon esprit commence à voir clair; Me connaissant un peu crédule,
On m'a fait un portrait en l’air :
Non, la ressemblance est fidèle;
On peut s’en convaincre en ces lieux; Ce portrait est celui d’Adèle,
Et le modèle est sous vos yeux.