‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Poésies légèresChapitre 97 sur 136 · LE TESTAMENT DE L'AMOUR · texte numérisé non relu

LE TESTAMENT DE L'AMOUR

Vulcain des bosquets de Paphos Avait enlevé Dionée ,

Et dans les forces de Lcmnos La retenait emprisonnée.

Ou plus fort le droit rigoureux Triompha de sa résistance :

Un beau jour Vulcain fut heureux,

Et l’Hymen reçut la naissance.

L’Amour l’apprend : quel déplaisir!

Un froid mortel vient le saisir.

Le mal croît; pour scs jours on tremble.

Ah! dit Vénus, il en mourra :

Je l’ai prévu, ces enfants-là Ne pourront jamais vivre ensemble.

Quand il est en santé, l’Amour A l’avenir ne songe guèrcs;

Au moment de perdre le jour Il veut mettre ordre à ses affaires.

Aussitôt on voit accourir Le garde-note de Cythère.

C’en est fait, l’Amour va mourir!

Quel dieu pourra le secourir?

Il a fait venir un notaire.

Près de succomber à ses maux, L’Amour, entrouvrant sa paupière.

D'une voix mourante, en ces mots Dicte sa volonté dernière :

« Par le présent acte arrêté,

» Consenti, revu, constaté,

« Le tout dans la forme ordinaire, «J'établis la Fidélité « Ma principale légataire,

« Et je nomme la Volupté « Exécuteur testamentaire.

« Je lègue au Plaisir mon berceau ,

« Mon patrimoine à l'Espérance,

« Mes ailes à la Jouissance,

« A la Discorde mon flambeau,

« A la Justice mon bandeau,

« Et mes armes à l'Innocence ;

« Enfin, pour contenter les voeux « Que je forme encor sur la terre,

« Je demande que le Mystère « Dans le fond d’un désert affreux « Cache ma tombe solitaire ;

« Que sur ce triste monument « On grave pour tout ornement « Ces mots en style lapidaire :

« Ci-ijit du monde le soutien ,

« Le Jiéau, l’espoir ou l'envie,

« Le plus ijrand mat, le plus grand bien ,

« Un ange, un monstre, un dieu, tout, rien « Ui-gtt l Amour 7 dieu la vie ! ! ! ! »

Il dit, fit ferme ses beaux yeux.

Le Soleil pâlit dans les cieux;

Un voile épais couvre la terre;

Le désespoir est dans Cythèrc,

Et du monde attristé les dieux Partaient la douleur amère;

Enfin, dans les bras de sa mère,

Qui voudrait avec lui mourir, L’Amour, en accusant son frère, Exhale son dernier soupir.

Dans des lieux stériles, agrestes, Comme il l’a prescrit en mourant,

Sur les bords glacés d’un torrent On dépose ses tristes restes :

Là les Jeux, les Grâces en deuil,

De pleurs arrosant son cercueil, Attendaient la troisième aurore.

Elle naît, spectacle enchanteur!

Ce n'est plus ce séjour d’horreur.

Ce désert que le ciel abhorre ;

C’est un vallon chéri de Flore,

Où la rose, qui vient d’éelore,

Exhale ses douces odeurs ;

Où la nature se décore De fruits, de feuillage et de Heurs :

Tout croît, tout s’unit, tout fermente.

Tout s’embrase de feux nouveaux,

Et jusque dans le sein des eaux Circule une sève brûlante.

Bientôt. dans ce riant séjour Le plus doux miracle s’achève :

L’n myrte fleurit et s’élève Sur cette tombe où fut l'Amour :

Sous son ombrage solitaire,

Daphnis et la jeune Glycère Se livrent à d'aimables jeux;

Dans l'innocence de leurs vœux Une ardeur plus vive, plus tendre.

De son charme vient les surprendre.

Et tout-à-coup, au milieu d’eux,

Un long soupir se fait entendre.

Quel enfant parait à leurs yeux?

C’est lui !.... qui pourrait s’y méprendre !

C’est l’Amour: plus brillant, plus beau.

Il sort de la nuit du tombeau :

Tel on voit l'oiseau d'Arabie Au sein d’un bûcher parfumé Puiser une nouvelle vie Dans les feux qui l’ont consumé.

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