SCÈNE II
AMPHION, ZÉTHUS.
A M PH I ON
Tu veux en vain, mon cher Zéthus,
Dérober à mes yeux ta profonde tristesse;
Pour échapper à ma tendresse Tes chagrins me sont trop connus.
ZÉTHUS.
Quels vœux pourrais-je faire?
AMPHION
Dois-je oublier jamais que le plus tendre amour T’enchaînait dans des lieux que tu fuis sans retour? ZÉTHUS.
I/amitié m’appelait sur les pas de mon frère.
En tous lieux étrangers,
Sans parents, sans patrie,
Sur le mont Cythéron nourris par des bergers,
Auprès de toi l'amour eût partagé ma vie,
Que réclamèrent tes dangers.
Bientôt la renommée
Apprend qu’à ces mortels dans les forêts épars, Ampliion enseignait les vertus et les arts :
D’un tyran Famé est alarmée;
L’inflexible Lycus
Te force loin de lui de chercher un asile.
1 88 LES AMAZONES
L'amour se lait alors, el la triste Eriphile Ne peut, en invoquant des nœuds que j’ai rompus. Balancer Ampliion dans le cœur de Zéthus.
AIR
De l'amitié la sainte flamme A l'amour impose la loi:
Le premier besoin de mon ame,
Mon frère, est de vivre pour toi.
Les dieux m’ont conservé mon frère ;
Mon espoir, mes vœux sont remplis ;
Et tu me tiens lieu sur la terre De tous les biens qu’ils m’ont ravis. •
AMPIIION.
Va, je sens tout le prix d’un pareil sacrifice;
Et, si mon cœur n’aveugle mes esprits.
Le tien bientôt en recevra le prix.
ZÉTHUS.
Non; je n'espère pas un destin plus propice.
Les Amazones sur ces bords Dirigent leurs fougueux efforts ;
Déjà de leurs vaisseaux cette mer est couverte; J'entrevois des malheurs que pour toi seul je crains. Entourés d’ennemis conspirant notre perte ,
Sans secours, au milieu d’une plage déserte.
Que deviendront quelques Thébains Descendus à ta voix du haut de leurs montagnes. Réunis sans liens, et vivant sans compagnes?
DUO
AMPIIION.
Dans l’avenir ne portons pas nos yeux ,