SCÈNE X
LES MÊMES, CORTEZ, ALVAR, soldats, MORALÈS, suite df. Coûtez, et peuple.
ALVAK.
Enfants de la gloire,
Accourez, accourez tous;
Ce inonde est à vous , *
Et Cortez trouve ici le prix de sa victoire.
( Entrée triomphante de Cortez et de son état-major à cheval 1 . )
CHOEUR GÉNÉRAL DES ESPAGNOLS pendant t/uc f armée défile.
Triomphe! victoire!
Mexico tombe sous nos coups.
Enfants de la gloire,
Ce monde est à vous.
Dans sa course infinie Qui peut arrêter le vainqueur?
Qui peut résister au génie Quand il commande A la valeur?
( Cortez se jette dans les bras d' A Ivar et des prisonniers espagnols.)
COliTEZ, à Montézuma.
Montézuma , pardonne-moi ma gloire ;
C’est ta seule amitié que je veux conquérir.
' Voir le» note» anccdoliques.
FERNAND COUTEZ
io4
Le plus beau prix de ma victoire.
C’est la paix que je viens t'offrir.
MONTBZUMA.
Cortex, je cède à ta puissance,
Tant de vertus ont subjugué mon cœur ;
(en lui présentant la main d Amazily. )
Amazilv, le prix de la vaillance,
Doit en ce jour désarmer le vainqueur.
A M A zi i.y, aux Mexicains.
Cortex triomphe, ah! soyez sans alarmes,
La victoire à ses yeux aurait bien peu de charmes Sans le plaisir de pardonner.
COHTEZ, à Montézuma.
Oui, par mes seuls bienfaits je veux vous enchaîner.
( aux soldats. )
Soldats, que toute haine à ma voix disparaisse,
Et que dans ce même parvis Les vainqueurs, les vaincus, dans une douce ivresse, Pur un nœud solennel soient h jamais unis.
CHOEUR GÉNÉRAL
O jour de gloire et d’espérance!
Tout est changé dans ces remparts;
Et le temple de la vengeance Reçoit les plaisirs et les arts.
( Fête générale des deux nations , dont le sujet principal est fanion des deux mondes. )
F I N DU TROISIÈME ACTE
Napoléon était de retour à Paris, après la bataille de Wagram. Habile à diriger l’opinion dans les intérêts de sa gloire, le gouvernement se montrait vigilant sur tout ce qui pouvait donner aux esprits la direction qu’il desirait. On connaissait l'influence des théâtres sur le public assemblé : la politique était entrée sur la scène.
Au moment où l'on allait s’occuper de la mise en scène de Fernand Cortez, le ministre de l’intérieur fit de cette pièce l’objet de son attention particulière, il me prévint que plusieurs changements étaient indispensables; que le rapport entre les événements historiques et dramatiques devait être indiqué d’une manière plus prononcée et plus directe; eu un mot, ma pièce, par décision supérieure, allait devenir ouvrage de circonstance.
C’était m’imposer une condition difficile et un travail bien nouveau pour moi. Heureusement le ministre eut soin de me tirer lui-même de l’embarras où il m’avait mis, en m’invitant à confier à l'un de ses chefs de division le soin des changements demandés. C’était M. Esménard, littérateur distingué, auteur du beau poème de la Navigation et de l’opéra de Trajan, que m’indiquait Son Excellence.
En effet ce collaborateur fit quelques changements notables dans la contexture du drame, et ajouta dans plusieurs scènes des vers dont l’application était facile et la poésie brillante. La pièce fut jouée et honorée de la présence du chef de l’état que désignaient ces vers.
Elle n’était pas alors telle qu’on la représente aujourd’hui. Le rêle de Montézuma, que j’avais repoussé comme
io6 NOTES ANECDOTIQUES,
faible et peu dramatique, ne s’y trouvait pas. Celui d’Amazily était jeté dans ]>Iusicurs événements romanesques, dont la complication nuisait à la clarté de l’intrigue. La révolte des soldats de Cortcz commençait la pièce, et donnait aux premières scènes une vivacité d'intérêt que les actes suivants avaient peine à soutenir.
A la reprise, j’ai entièrement refondu la pièce qui gagna, je crois, en clarté et en intérêt ce qu’elle perdit en vers pompeux et en fracas de scène. Je crus devoir présenter d’abord au spectateur une exposition naturelle, et le forcer de plaindre le sort des prisonniers espagnols, pour affaiblir ensuite l’odieux de leur victoire.
C’était là le principal écueil de mon sujet. Je l’ai peutêtre évité : je ne me flatte pas de l’avoir franchi. Entre l’intérêt qu’inspire la témérité audacieuse des vainqueurs et celui qui s'attache au malheur des opprimés, l'ame demeure incertaine et comme suspendue.
Le succès que cette pièce a obtenu dans sa nouveauté, et le laps de temps qui s’était écoulé jusqu’à la reprise, m’ont déterminé à y faire des changements qui ont été suggérés dans le cours des représentations par une critique aussi éclairée que bienveillante.
Trop asservi peut-être à la vérité historique, je n’avais d’abord montre: dans Amazily que la maîtresse du conquérant du Mexique; qu’une jeune fille chez qui l’amour avait éteint le sentiment de la patrie: partagé maintenant entre ces deux passions qui se combattent sans se détruire, ce personnage, moins historique, est devenu plus conforme aux mœurs du théâtre.
En reportant au premier acte les apprêts du sacrifice des prisonniers espagnols; en rétablissant le personnage du roi Montézuma , qu’on avait paru surpris de ne pas trouver
dans un drame lyrique dont la conquête du Mexique est le sujet, je n’ai fait que reconstruire mon ouvrage sur le premier plan que j’avais d’abord adopté.
Dans les premières représentations de l’ouvrage, on voyait au second acte dix-sept chevaux, personnages historiques, en nombre rigoureusement égal à celui des chevaux qui faisaient partie de l’expédition de Cortez; ils s’avançaient sur le théâtre, au milieu de l’effroi des Mexicains, et des jeux des danseuses. Ce magnifique spectacle, dirigé par les frères Franconi, ne produisit pas tout l’effet que l’on pouvait en attendre. L’orchestre, contrarié par le bruit des pas des chevaux , semblait dissonner à l’oreille ; et la dépense était augmentée sans fruit, par la présence de ces comparses de nouveau genre. On les supprima à la dixième représentation : et cette suppression fit assez de tort à l’ouvrage pour qu’il ne fut joué que vingt-quatre fois dans sa nouveauté. A la reprise , et tel qu’on le joue encore, il obtint un succès qui 11’a pas été interrompu jusqu’à ce moment.
Dans les ballets du second acte, M. Gardel se plut à prodiguer toutes les richesses de son imagination brillante.
Madame Branchu déploya dans le rôle d’Amazily, qui lui était si favorable à tous égards, ce talent pathétique et cette sensibilité dirigée par une habileté profonde, qui ont marqué sa place au premier rang des actrices qui ont brillé sur ce théâtre.
Lavigne joua d’original le râle de Fernand Cortez avec beaucoup de chaleur. Nourrit, qui le remplaça, fit oublier son prédécesseur. L’enthousiasme héroïque qu’il imprime à ce rôle est un des plus beaux efforts du talent dramatique.
io8 NOTES ANECDOTIQUES.
Les décorations sont l’ouvrage de AI. Degotti: on remarqua plus particulièrement, parmi cc9 brillantes fcéries dues à son pinceau, la superbe décoration du temple de Talépultca, imitation embellie, et cependant fidèle, de quelques dessins originaux qui lui furent communiqués par AI. de Ilumboldt.
Une circonstance singulière arrêta et suspendit pendant quelques jours la représentation de cet opéra. Le décorateur avait employé dans ses ornements l’aigle à deux têtes de Charles-Quint : cet aigle avait quelque ressemblance avec l’oiseau royal de Brandebourg; et nous étions alors en guerre avec la Prusse. 11 fallut supprimer l’aigle à deux têtes.
LES BAYADÈRES
OPÉRA
EN TROIS ACTES
REPRÉSENTÉ POUR LA PREMIÈRE FOIS SUR LE TÜÉATRE DE l’académie DE MUSIQUE, LE 7 AOUT 1810.
L’histoire n’offre pas de rapprochement plus singulier que celui des bayadèrcs des Indes et des vestales de Rome, et j’ai souvent été surpris que le savant orientaliste William Jones n’en ait pas fait mention dans ses parallèles mythologiques: en effet, un seul point mis à part (lequel éloigne plutôt qu'il ne repousse toute idée de comparaison), les prêtresses du temple de Vesta et les femmes consacrées au service des pagodes indiennes, ont entre elles des traits de ressemblance qui ne peuvent échapper aux esprits les moins attentifs. Dans l’une et l'autre institution, les jeunes filles destinées au culte des autels devaient y être présentées au sortir de l'enfance. Comme les vestales à Rome, les bayadèrcs indiennes étaient environnées de pompe et comblées d'honneurs. Les unes et les autres présidaient aux cérémonies religieuses, aux fêtes publiques, et jouissaient des plus brillantes prérogatives.
A Rome, la direction des vestales appartenait au souverain pontife; celle des bayadèrcs était confiée au grand- Gouroû, chef des brames.
Il serait facile d’établir ce parallèle sur un bien plus grand nombre de faits ; mais leur développement exigerait une discussion approfondie dont cette notice n’est pas susceptible.
Quoi qu’il en soit, à tant de points de ressemblance on peut opposer un seul contraste qui parait suffire pour les effacer. Autant la chasteté des vestales était sévère, autant les mœurs des bayadèrcs étaient licencieuses. Sacrifier à l’aiunur était le devoir des unes et le crime des autres. On
PRÉAMBULE HISTORIQUE, eut puni la hayadère pudique avec la même ligueur qui frappait la vestale infidèle à ses serments.
J’ai pu, dans le préambule de la Vestale, donner une idée assez exacte des moeurs de ces vierges pures qui entretenaient à Rome le feu sacré : il serait plus difficile de tracer une image précise des rites que Jagganaut impose à ses prétresses.
La cérémonie de la consécration des bayadères se fait, dit l’anglais Maurice, avec une magnificence singulière; certains emblèmes hiéroglyphiques, dont je n’essaierai pas de donner l’idée, sont ornés de fleurs, et portés en triomphe dans le temple de Mahadeo. Par-tout les séductions des sens sont prodiguées; la fougue des passions est servie et divinisée.
La jeune hayadère fait dans le temple même son éducation licencieuse; tout ce qui peut faire ressortir sa beauté est mis en usage; on la pare avec recherche; les danses les plus voluptueuses, les leçons de la coquetterie, les ressources de la séduction lui sont enseignées par les bayadères qui ont vieilli dans le service du temple.
Elles parviennent ainsi à l'âge où leur beauté doit être le partage du dieu qui les adopte, c’est-à-dire des prêtres qui les élèvent.
Une fois consacrées, elles appartiennent au temple pendant leur vie entière : elles entourent l’autel dans les jours solennels, et répètent leurs hymnes de voluptés. Leurs pieds, chargés de petites sonnettes d’or, combinées de manière à former une harmonie douce et vive, accompagnent les accents de leurs voix. Leurs filles, si elles en ont, deviennent bayadères à leur tour; et leurs fils servent les prêtres dans les cérémonies religieuses.
Après avoir ainsi tracé rapidement le tableau des mœurs
PRÉAMBULE HISTORIQUE. u3
«les bayadères, soit dans leurs rapports, soit dans leurs contrastes avec celles «les vestales; je vais m’occuper «lu sujet de cet opéra. Je reviendrai bicntfjt aux bayadères elles-mêmes, et à quelques particularités de leur existence.
La considération dont jouit, dans l'Indoustan, cette classe de femmes connues en Europe sous le nom de llaya- «lères, repose sur une opinion religieuse, présentée dans les livres indiens comme un fait historûjue. Le récit tr«'*s succinct «pte je vais en faire paraîtra d’autant moins déplacé, qu’on y reconnoltra la source où j’ai puisé le dénouement et quelques unes des situations du drame que le lecteur a sous les yeux.
On lit dans un des Pouranas ( poèmes historiques et sacrés ), que Schirven , l’une des trois personnes de la divinité «les Indes orientales, habita quelque temps la terre, sous la figure d’un raja célèbre, nommé Deveiidrvn. En prenant les traits d’un homme, le dieu ne dédaigna pas d’en prendre les passions, et il fit de l’amour la plus douce occupation de sa vie.
Son peuple, dont il n’était pas moins adoré pour ses défauts que pour ses vertus, le sollicitait en vain de donner un successeur à l’empire, en choisissant du moins une 1 épouse légitime, dans le grand nombre de femmes de toutes les classes qu’il avait rassemblées autour de lui. Devendren différait toujours, parcequ’il ne voulait épouser que celle dont il était aimé le plus tendrement, et que, tout dieu qu’il était, il avait peine à lire dans leurs coeurs: à la fin cependant le raja s’avisa, pour éclaircir scs doutes, d’un stratagème qui réussit au-delà de scs espérances. Il feignit de toucher à sa dernière heure , rassembla toutes
1 Le» Indiens <le» 'celles supérieures peuvent , ainsi que les musulmans, épouser plusieurs femmes THÉÂTRE. T. 11.
n4 PRÉAMBULE HISTORIQUE, ses maîtresses autour de son lit de mort, et déclara qu’il prenait pour épouse colle qui l’aimait assez pour n’êlrc pas effrayée de l’obligation terrible quelle contracterait en acceptant sa foi. Celte proposition ne tenta personne; le bûcher de la veuve se montrait trop voisin du trûne et du lit conjugal: douze cents femmes gardaient un silence imperturbable, lorsqu’une jeune bayadère, dont le raja avait été quelque temps épris, instruite de son état et de sa proposition, se présenta au milieu de l’assemblée muette, s’approcha du lit du prince, et déclara qu’elle était prête à payer de sa vie l’insigne faveur de porter un seul moment le nom de son épouse. On célébra leur hymen à l’instant même, et quelques heures après Devendren mourut ou du moins feignit de mourir. Fidèle à sa promesse, la bayadère fit aussitôt les apprêts de sa mort. On éleva, par son ordre, un bûcher de bois odorant, sur les bords du Gange; elle y plaça le corps de son époux, l’alluma de sa propre main , et s'élança dans les flammes : mais au même instant le feu s’éteignit; Schirven, debout sur le bûcher, tenant entre ses bras sa fidèle épouse, se fit connaître au peuple, et publia sur la terre l’hymen qu’il accomplit dans les cieux. Avant de quitter le séjour des mortels, il voulut, pour y perpétuer le souvenir de son amour et de sa reconnaissance, qu’à l’avenir les bayadères fussent attachées au service de ses autels, que leur profession fût honorée, et qu’elles portassent le nom de Dévadassis ( favorites de la divinité).
A ce nom indien de Dévadassis, Dêvalialès, les Français ont substitué celui de bayadères, par corruption du mot Balladéiras (danseuses), que les Portugais employèrent pour désigner cette classe nombreuse de jeunes filles consacrées tout à-la-fois au culte des dieux et de la volupté.
La profession île bayadère est une prérogative de la caste
PRÉAMBULE HISTORIQUE, des artisans, dite des cinq marteaux; mais ce privilège n’est pas tellement exclusif, que les castes supérieures ne puissent y participer. La jeune fille que ses parents destinent au service des pagodes doit être présentée au Gourou (brame supérieur) avant l’âge nubile; la beauté est une condition indispensable, qu’aucune considération de naissance et de fortune ne peut remplacer. Après un noviciat de quelques m^Jp, et des cérémonies trop étrangères à nos mœurs pour en faire mention, la jeune initiée est marquée, au-dessous dû sein gauche, du sceau du temple, où elle doit rester quinze ans, et dont, après ce temps-là même, elle ne peut sortir que pour contracter un mariage légitime. Aussi-têt après sa réception , on la remet aux mains des brames et des maîtres de danse et de musique chargés de son instruction.
Les historiens et les voyageurs ont très diversement parlé des bayadères; exaltées par les uns, elles ont été jugées très rigoureusement par les autres. Où les premiers ont vu des femmes d’une beauté ravissante, entourées de tous les prestiges du luxe et des talents, les autres n’ont remarqué que des courtisanes plus ou moins jolies, qui dansent dans les fêtes publiques et particulières pour quelques pièces d’argent, et chez lesquelles rien ne justifie l’enthousiasme de leurs admirateurs. Quelque différence qu’il y ait entre ces deux peintures du même objet, l’une et l’autre sont également fidèles, mais elles n’ont pas été prises du même point de vue. On concevra très aisément que deux Indiens voyageant en France, dont l’un ne serait pas sorti du petit port de mer où il serait débarqué, tandis que l’autre aurait passé quelques mois à Paris; on concevra, dis-je, que ces voyageurs, de retour dans leur patrie, écrivant sur l’état actuel de nos théâtres , sur les talents
i ifi PRÉAMBULE HISTORIQUE, de nos actrices, sur la considération dont elles jouissent, parleront des memes objets en termes tout-à-fait différents, sans pourtant blesser en rien la vérité: telle est la source des récits, en apparence contradictoires, dont les bayadères ont été Mtbjet. Les voyageurs qui n’ont été à portée de les voir que dans les établissements européens de la côte de Coromandel, trouveront qu’on a beaucoup exagéré leur éloge; ceux au contraire qui ont visi^kics riches pagodes de Jagrcnat, de Clialaiiibrun , de Sonna-Sindi, qui ont remonté le Gange jusqu’à Bénarès, se plaindront le plus souvent de ne pouvoir donner à leurs portraits qu’une bien faible partie des charmes de leurs modèles.
La danse des bayadères est presque toute pantomime; elle consiste en mouvements mesurés du corps, des bras, de la tête, et des yeux: leurs divertissements, dont l’idée principale est toujours la même, présentent trois situations, ou du moins trois intentions distinctes. La première indique, de la part des personnages, une sorte d’irrésolution, d’inquiétude vague (pii se manisfeste par le passage continuel du repos à l’agitation, du bruit au silence; dans la seconde, qui a pour objet de peindre les ardeurs du désir, les transports de l’amour, on peut adresser aux bayadères un reproche que méritent rarement nos actrices, celui de se pénétrer trop profondément de leur rôle, et d’arriver par l’imitation trop près de la nature. La troisième partie est un ballet très court, sur un mouvement qui va toujours en augmentant de vitesse, et qui se termine par une espèce de bacchanale. Leurs pas se bornent à un trépignement de pieds que la mesure accélère ou ralentit : le charme de leur danse est tout entier dans les molles inflexions de leur corps élégant et flexible, dans la grâce et la variété des attitudes, dans l'expression délicieuse de leurs yeux à demi
PRÉAMBULE HISTORIQUE. n 7 fermés, et dans la beauté remarquable dont elles sont généralement pourvues.
Les bayadères chantent et dansent au son de quelques instruments particuliers, dont les principaux sont le mantjassaran ( sorte de hautbois ); le tal, qui diffère peu de nos cymbales, et le matalan (tambourin, dont le diamètre est de moitié plus grand au centre qu’aux extrémités). Leur chant, comme celui de tous les Orientaux, est monotone et mélancolique; il ne procède guère que par demi-tons; les accompagnements sont durs et bizarres, et presque tous les airs finissent par une gamme chromatique et descendante.
Les bayadères jouissent de privilèges honorifiques, qu’en tout autre pays on aurait de la peine à concilier avec l’irrégularité de leurs mœurs : dans quelques contrées de l’Indoustan, et notamment dans le Bengale, le brame supérieur et les dévadassis peuvent seuls s’approcher du prince et s’asseoir en sa présence; dans les cérémonies publiques elles occupent les premières places, et les insultes qu’elles peuvent recevoir sont punies aussi sévèrement que celles qui s’adresseraient aux brames eux-mêmes. Comme ces derniers, les bayadères ne se nourrissent que de végétaux, et sont astreintes de nuit et de jour à des prières, à des ablutions dont rien ne peut les dispenser.
Tous les temples entretiennent, suivant leur richesse, un nombre plus ou moins considérable de bayadères; les plus grands, tels que ceux de Jagrenal et de Chalambrun , en ont jusqu’à i5o, qui ne se distinguent pas moins par leur beauté que par l’extrcme richesse de leur parure. Les bijoux, les pierres précieuses, dont elles sont couvertes, appartiennent a la pagode; elles ne doivent les porter que dans les cérémonies religieuses ; mais les brames les autorisent.
n8 PRÉAMBULE HISTORIQUE, a en faire usage lorsqu’elles sont appelées chez les princes indiens , ou même auprès des gens riches qui peuvent mettre un prix à cette faveur. Daniv les cérémonies religieuses’ elles dansent devant les images des dieux que l’on promène’ et chantent des hymnes sacrées en leur honneur ; elles figurent aussi dans les réjouissances publiques, où elles ont coutume d’exécuter un pas militaire, dans lequel ces jeunes filles font preuve d’une adresse extrême à manier les armes.
En terminant cette notice je me bornerai à dire que j’ai recueilli les détails de ce drame lyrique sur les lieux mêmes où j'en ai placé l’action.
PERSONNAGES
DEMALY, raja de Bénarès.
OLKAR, général des Marattes.
RUSTAN, intendant du harem.
NARSÉA, grand brame.
RUTREM, ministre du raja.
SALEM, confident d’OIkar.
HYDERAM, brame.
LAMÉA, principale bayadère.
1XORA,
DIVANÉ,
DÉVÉDA,
favorites.
Taois BAYADÈRES.
Dayadères.
Bn A M ES-CHOR F.G ES .
Marattes.
Indiens.
SülTE DU RAJA.
Suite d’Olkar.
MM. Nourrit.
Dérivis.
Lafeuillade.
Bon el.
Éloy.
Prévôt.
Bonel.
M”” Branche.
I Remi.
Ménard.
Lebrun.
M"** Gallet.
Ménard.
Lebrun.
La scène est il Bénarès, ville sur le Gange, réputée sainte . par les Indiens.
Au premier acte, dans l’intérieur du harem ou zénana. Au second, sur la place publique de Bénarès.
Et au troisième , dans l’intérieur du palais du raja.
LES BAYADÈIIES,
OPÉRA