R F. AU F ILS
U’LTdoff, de Montenero, je les connais tons.
Mon ame était absorbée dans cotte vague mélancolie dont les nuages fantastiques pèsent sur l'existence ; vous concevez ?....
BEAUFILS.
Dieu, si je conçois!
RÉGI N A
L’oiseau de Minerve semblait m’adresser ses plaintes funèbres à travers ma croisée frémissante, qu'agitaient les noirsautans, et l'astre aimé de la douleur y laissait filtrer ses rayons ; j’inondais de mes larmes le piano dont ma main inattentive faisait lente^nt retentir les touches mélancoliques.... Tout-ù-cbup, saisie par une inspiration doublement créatrice, ma voix et ma pensée exhalèrent à-la-fois CCS soupirs harmonieux....
Ouf!
RÉGIN A.
Premier couplet.
Fim aquilons, noirs aulaus Qai désolez celte rive.
De la fille des torrents Ivcontez la voit plaintive :
Cherchant des sentiers nouveans Où Je ne sois pas suivie ,
C'est an milieu des tombeaui Que je traverse la vie.
BEAUFILS.
I..a jolie promenade! et quel plaisir de faire route avec vous ! ( Il chante. )
lleurenz, si vous voyez en moi Votre compagnon de voyage!
Tlir.ATnK. T. III.
2iO
LK MAJUAGK DK M liEAlîl ILS.
ItÊOINA.
Deuxième couplet.
Du soleil à mes regartl*
1^ lumière est importune ;
Je ii'aimc que les brouillards »
1^ nuit, et le clair de lune.
• luseiiaible dans le jour,
la; soir raiiiecst attendrie,
Kl, sur la foi de raiiiour.
Je m'abandonne à la vie.
BEAÜFILS.
Quels accents! Je crois entendre l'oiseau des ténèbres. tH
Il KG IN A.
Je me tais et soupire.
DE AUFtL.S.
Je soupire et me tais. Voyez-vous la larme sympathique? la voyez-vous?
RÉGIN A.
Oui, nos aines s’entendent, je le crois, je le sens;.... mais, mon jeune ami, détournons un entretien où mon crenr trouve trop de charmes pour que ma raison n’en soit pas effrayée. Au terme où nous en sommes, monsieur lleaulils, je crois pouvoir vous donner une marque de confiance qui vous prouvera le cas que je fais de vos talents. Mon libraire vient de m’envoyer à corriger cette épreuve de la troisième édition de mon roman; il me demande quelques addition.s, quelques notes; mais je ferais dix ouvrages nouveaux plutôt que d’ajouter une ligne à ceux que j’ai faits; je compte sur vous pour me rendre ce service; c’est l’affaire d'un moment.
SCKNi; vil.
Il E A U F I I.s , avec embarras.
A l'autre! inaintonant. (/inul.) Sans doute, madame, vous ne pouviez mieux vous adresser; mais, à mon tour, { Il prend son manuscrit. ) j’ai la même prière à vous faire: on me demande d’ajouter, de corriger quelques vers à ma pièce; vous quiUes faites si bien et si vite....
RÉCISA.
Très volontiers.
RE ai;fil.s.
Faisons en même temps l’échange de nos ouvrages et de nos cœurs, (à pari.) Je m’adresserai à Folville.
RÉC IN A
Mettons en commun la gloire et l’amour. ( à part. ) Heureusement Folville est ici. (Ils échangent leurs ouvrages.)
BEAUFII.S.
L’échange est fuit. Permettez, sensible Itégina, que, par un baiser sur cette main divine, j’appuie le sceau.... j’appuie le sceau....
nÉGINA.
Ab! mon dieu, comme vous appuyez! Mais, monsieur Ocaufils, je le sens à mon trouble, il faut nous séparer.... Adieu.
BEAUFILS.
Hélas! quand je m’éloigne de la fille des torrents, je me crois l’enfant des déserts.
{ Il sort. )
ÏI2 LK MARIA(iK Hi; M. BEAUHLS
SCÈ.NE VIII.
1 OLVILI.E, RÉGI N A.
Il ÉG 1 (I abord seule.
Oui, sans doute, voilà l’époux qu’il me faut. Tout àla-fois de la .simplicité et du (;éuic, tandis que ce Folville.... mais le voici.
FOLVii.LE, ù part, mettant une brochure dans sa poche. La drôle d’occupation que me donne là M. ReauKIs. nÉGIN.t.
Ah! c’est vous, monsieur?
FOLVII.LE.
.le vous cherchais, madame.
nÉGISA.
Il est hien temps!
FOLVILI.E.
Vous ne sauriez croire avec quelle satisfaction j’ai appris votre union prochaine avec M. ReauHls; c’est l'homme du monde qui vous convient le plus.
nÉGINA.
C’est celui qui vous ressemble le moins.
FOLVILLE.
Vous m’en voulez donc toujours ?
HKGINA.
Je serais bien ingrate, lorsque vous m’avez sauvée du malheur de vous appai tenir.
FOLVILLE.
Soyons de bonne foi , je ne vous en ai jamais menacée; mais n’importe, revenons à ce <(iii vous intéresse. Ma
SCIÏNK VIII.
tante, qui aime beaucoup M. üeaufils, croit ne pouvoir jamais assez tût luiassurerle don de votre main; ellevoiidrait qu’aujourd'hui même l’iiymen....
RÉGI Ji A.
Je ne me décide pas avec cette précipitation. Il ne in’a fallu qu'un moment pour apprécier l’esprit, le mérite, et l'instruction de ce charmant jeune liominc; mais sou cœur....
KOI.VII.LE.
C’est parla qu’il brille. Vous pouvez m’en croire; c’est le garçon le plus sentimental que je connaisse.
RÉGI N A
Excellent juge en fait de sensibilité!
Vous avez vu sa pièce; croyez-vous qu’on puisse peindre le sentiment avec cette vérité, sans en avoir le germe au fond du cœur?
RÉGINA
Il est vrai que cet ouvnige fait beaucoup d'bonneur à son aine.... Vous me faites songer qu’il vient de m’en remettre le manuscrit, en me priant d’y corriger quelques vers; je n’ai pu le refuser; mais je suis si peu maîtresse de mes idées en ce moment....
FOLVII. I.E.
{A part. ) Je m’en doutais, (/«n/t. )Si vous aviez assez de confiance en mon talent , je pourrais vous éviter....
RÉGIX A.
Je ne sais si je dois....
FOLVILI.E.
Douteriez-vous de ma discrétion? Il y aurait de l’injustice, j’ai fait mes preuves.