EN UN ACTE ET EN VERS
HEI'IIÉSF.NTËE POUR LA PREMIÈRE FOIS SUR LE THEATRE FRANÇAIS, LE |3 AVRIL l8o8.
Saisir un simple ridicule au moment où l’Europe retentissait de nos victoires; clierclicrce ridicule dans les nuances les plus déliées des mœurs sociales i^xiger d’hommes qui ne connaissaient plus qu’une brillante servitude, et pliaient la tête sous le joug glorieux qu’ils chérissaient; exiger, dis-je, qu’ils vissent avec intérêt et avec plaisir l’imitation dramatique d’un travers qui appartient à une société paisible et à une monarchie tempérée par des chansons, c’était une faute; et j’ai dû apprendre, parle peu de succès de [Homme aux coiivciuiuces , que le premier devoir de l’auteur dramatique est d’observer son siècle, de connaître ce qu’il estime ou ce qu’il rejette.
Cette piêc* n’obtint de succès qu’à la lecture : à la scène , le caractère principal, celui d’un homme entièrement asservi à l’usage, disparaissait au milieu de ces grands mouvements de l’Europe, où toutes les coutumes se bouleversaient, où tout prenait une nouvelle forme, où les ambitions étaient trop hautes et les jeux de la fortune trop communs, pour que les convenances minutieuses de la vie sociale ne parussent pas sans vérité et conséquemment sans intérêt.
Le besoin de fai iv comme les autres a donné naissance, en France, à ce ridicule, très réel, dontj’afeula maladresse d’offrir l’image à la seule époque où il avait presque entièrement disparu. Dans aucune société on n’a vu un aussi
{jrand nombre d’hommes sacrifier aux convenances leurs opinions, leurs devoirs, leurs plaisirs, et leurs afFcccions. Peuple imitateur, sociable et facile, nous étions et nous sommes redevenus féconds en individus effacés, comme dit Sterne, en hommes qu^vivent dans autrui et pour autrui, et qui réduisent toute leur existence à l’observation exacte de ces convenances qui remplacent trop souvent les passions, les pensées, et les vertus.
Je persiste à croire que cette pièce, qui ne convenait pas à l’époque où elle a été jouée, pouvait obtenir du succès vingt ans avant ou dix ans après.
PERSONNAGES
CERFEUIL
MADAME DE SURVILIÆ.
ADÈLE DE SURVILLE, sa fille.
FRANVAI/, frère de madame de Surville.
M. Flel'by.
M“'Talma.