‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Theatre. Tome 3Chapitre 193 sur 382 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

GEIIEEUIL, VICTOR.

VICTOH.

Je saisis, mon cousin, la circonstance heureuse D'une invitation dont je sens tout le prix.

Pour revoir un parent que j'honore et chéris.

n K it F E U I L.

Un tel empressement doit sans doute me plaire. Et sur vos torts passés il me rend moins sévère.

VICTOR

Mon Dieu! vous me voyez prêt à les réparer; Mais avant tout pourtant, je dois le déclarer.

Je ne sais vraiment pas de quoi je suis coupable.

CERFEUIL

Ah! vous ne savez pas! l'excuse est admirable; Je suis l'alné, je crois ?

VICTOR

Je u’en suis pas jaloux.

CERFEUIL

Dans le monde je tiens un autre rang que vous?

VICTOR

Sans doute.

CERFEUIL

Il est reçu qu’en toutes circonstances C’est à l’inférieur à faire les avances?

VICTOR

Dans ce cas vous me direz pourquoi

Je le sais.

SCKKK IX. aS7

Je ne vous ai pas vu le jour de l’an chez moi,

Ou la veille plutôt, car la réyle est formelle Entre parents !

viCTOn.

Quoi ! c’est pour cette ba{;atelle?....

G E K K E un,.

Pour un tribut, monsieur, que j’ai droit d’exiger. VICTOII.

Je ne m’attendais pas qu’un motif si léger....

G En FEU n,.

Léger! vous parlez bien en bomine de votre âge.

Qui n’a point réfléchi que les formes, l’usage.

Que tous ces petits soins, négligés aujourd'hui.

De la société sont le plus ferme appui.

VICTOR

Quoi que vous en disiez, j’aurai peine à me croire Coupable, en y songeant, d’une action bien noire,

Pour n’étre pas venu, par un oubli fatal,

Vous faire, à certain jour, un compliment banal;

C’est aussi , mon cousin , se montrer trop sé vére :

Mon cœur, vous le savez, vous aime, vous révère :

Les sentiments sont bons; que vous faut-il de plus?... L’amitié doit savoir dédaigner un abus.

CERFEUIL

Tous ces grands mots vraiment ne m’en imposent guère. C’est à l’abus d’abord qu’on déclare la guerre ;

Mais l’usage y tenait, on le laisse déchoir;

Et l’usage détruit entraîne le devoir.

Voilà, monsieur, comment avec de belles phrases De la société l’on sappe enfin les bases.

th£atiie. t. III. 17

vicTon.

Je ne soupçonnais pas un si terrible efFet.

On ne sait jamais bien tout le mal que l’on fait.

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