SCÈNE XI
VICTOB.
Cet accueil, je l’avoue, a droit de me surprendre,
Et si vous m’écoutiez....
ADELE.
Je ne veux rien entendre.
Vous prodiguez ici des discours superflus :
Je suis déterminée...
VICTOR, avec humeur.
Eh bien ! n’en parlons plus....
Je conçois vos raisons; adieu, je me retire.
ADÈLE, allant vers lut.
Vous laites bien.... d’ailleurs que pourriez-vous me dire Pour vous justifier?
VICTOR, revenant avec précipitation.
Tout ce que votre cœur.
Si vous m'aimiez encor, dirait en ma faveur:
Que j’ai fait loin de vous tout ce que j’ai pu faire :
Penser à vous sans cesse, écrire à votre mère.
De sa prévention subir l’injuste loi ,
Et presque sans espoir vous conserver ma foi.
ADELE.
Sur vos lettres ma mère a gardé le silence.
VICTOR
Sa réponse a détruit ma plus chère espérance.
ADÈLE
Mais depuis plus’d’un mois nous sommes à Paris,
Et chez votre cousin !
VICTOR
Qui me l’aurait appris?
Voilà bientôt un an qu’une folie querelle Nous avait séparés; deviez-vous croire, Adèle,
Que rien pût loin de vous retenir mon ardeur,
Si j’avais un iiioinent soupeonné mon bonlieur?
ADÈLE
Vous m'aimez donc toujours?
VICTOIl.
Jujjez de ma tendresse; Depuis plus de six mois ma famille me presse ,
Me force de conclure un hymen, dont les neeiids De tout autre, sans doute, auraient comblé les vœux: Vous étiez loin de moi; j’avais tout lieu de craindre Qu’à ne me voir jamais ou eût pu vous contraindre. Eb bien! j’ai résisté; d’un piège séducteur Le souvenir d'Adèle a préservé mon cteur.
Mais vous, que dois-je enfin j)enser de ce voyage? ADÈLE.
Nous venons recueillir le petit héritage
D’un parent éloigné: si j’en crois mes soupçons.
Ma mère peut encore avoir d’autres raisons....
Vous m’y faites penser: c’est lui <pii nous rassemble. ADÈLE.
(jui?lui!
VICTOIl.
Cerfeuil et moi nous étions mal ensemble.
Nous ne nous voyons plu.s.... et cependant c’est lui Qui revient le premier.... qui m’invite aujouixl'bui.... Ne se pourrait-il pas?.... rien de plus vraisemblable; C’est un beau procédé dont il est bien capable ; (ierfeuil à votre mère aura parlé pour moi !
En y réfléchissant moi-même, je le croi ;
SCKNK XI.
Elle ne s’est juuiai» elaireinent expliquée,
Mais une eliose sûre et que j’ai remarquée,
C’est qu'ils ont des projets... Ce bon monsieur (îerfeuil... Moi qui ne l’aimais pas!... Sur le premier coup d’œil Je vois bien qu'il ne faut jamais juger personne.
Une nouvelle eneor qu’il faut que je vous donne,
C'e.st que mon oncle vient d’arriver.
VICTOR
(juel bonheur!
Il m’aime, je le sais, il est mon protecteur.
Où puis-je en ce inoiiicnt le voir?
Au ministère.
Ue votre ami Cerfeuil il termine l’affaire.
VICTOR
Je vole sur ses pas.
ADÈLE
Faites en sorte, au moins.
Que je puisse avouer le succès de vos soins.
VICTOR
Ab! je suis bien changé! comptez sur ma prudence.
ADÈLE
Voici ma mère!
VICTOR
Ciel!