ACTE I, SCÈNE VI
COUILLAH.
Comment diable ! tu sais déjà?
CAD AVAL
J’ai aussi mon démon familier. Je vous félicite, seigneur Codillar. La marquise est veuve, elle est riche, et si elle pouvait se décider à quitter un grand nom....
COUILLAn.
En est-il un plus beau que celui de Don Pachéco d’Extréinos de Codillar? Savez-vous bien, Cadaval, que l’âge de mes aïeux touche au berceau de la Lusitanie : savezvous bien qu’il ne s’est pas donné depuis sept ou huit cents ans une bataille sur terre ou sur mer, à laquelle je n’aie assisté dans la personne d’un de mes ancêtres; que c’est un des miens, dans la fameuse journée de Salado, qui s’empara de l’étendard et de la trompette du roi de Maroc Âlbohazem. Mort de César! il me semble qu’un pareil nom vaut bien celui de tous les Oropéza du monde. Voilà des faits, j’espère.
CAÜAVAL.
Que voulez-vons? ils s’obstinent à les nier....
CODILLAR.
Quand je les affirme.
CADAVAL
Ils disent qu’un mensonge, comme une lettre-dechange, a besoin d’être endossé pour obtenir quelque crédit; ils disent que vos bouffonneries vous ont donné accès à la cour; que vos complaisances vous y maintiennent, et qu’en fait de combat, vous êtes pur du sang humain comme l’enfant qui vient de naître.
CODILLAR.
Cadaval, je vous somme, au nom de l’honneur, de
384 les intrigues DE COUR, me nommer l'audacieux qui ose s’exprimer ainsi sur mon compte.
CAD AVAL
A vous dire vrai, cet audacieux c’est tout le monde.
GODILLA H.
Je le crois bien; personne n’oserait s’v exposer en particulier; mais tu sais à quoi t’en tenir, cela me suffit. Parlons d’affaires. On donne ce soir une {grande fête à la cour: pourrais-tu me dire à quelle occasion?
CAD AV AL
Vous pouvez ignorer que la princesse Diane en est l’objet?
CODILLAR.
Depuis quand l’ami Cadaval me prend-il pour un sot , et depuis quand le roi prend-il une maîtresse sans me consulter?
CADAVAL
Je pourrais peut-être répondre à la première de ces deux questions; quant à la seconde, c’est le secret du roi, et si vous l’avez deviné, seigneur Codillar, vous êtes trop habile pour ne pas savoir le parti que vous pouvez en tirer.
CODILLAR.
Je ne devine rien; je sais que l’on a voulu faire cette affaire sans moi, et que, tout avancée qu’eUc est, elle ne s’achèvera pas; il y a des mœurs, il y a des pères au monde.
De la morale, seigneur Codillar!.... Mais songez donc que nous sommes seuls.