I.t: BAILLI
A la preuve, monsieur. Vous vous souvenez bien Que pour me rembourser de la perte d'un bien Que vous avez acquis, et Dieu sait ^quels titres!
Vous m'avez proposé de prendre pour arbitres Votre fille Ernestine et mon propre neveu;
A celte union-lù j’ai promis mon aveu :
Vous m’aviez à-peu-près donné votre parole;
Mais vous ne tenez pas à ce gage frivole :
A ce manque de foi si j'allais m’arrêter, ®
Vous ne manqueriez pas d’exemples à citer?
Nous n’en parlerons point; mais j’ai le droit, je pense, J'ai sur-tout les moyens de venger mon offense ;
Je les exercerai, monsieur de Sonovard!
SOLIVABI).
Non, monsieur de Montjoie, il est un peu trop tard LE BAILLI.
Je ne transige pas sur mes droits; je commande :
On m’a volé mon bien, il faut qu’on me le rende.
Plus trente ans d’intérêts que je dois ressaisir...
Et je pardonnerai, car tel est mon plaisir.
SOLIVAIID.
Et la loi ?
LE BAILLI
Le contrat de nullités fourmille.
SOLI VABD.
Fort bien; mais ce domaine est la dot de ma fille ;
Et monsieur le bailli, pour exercer ses droits.
Voudra bien à mon gendre adresser ses exploits!
LE BAILLI, nu comte.
A ce titre fort beau qu’on vous donne d’avance
L’IlÉniTAGE.
J’ai peine à reconnaître encor votre excellence.
J’ai quelque souvenir d’engagements anciens Qui pourraient s’opposer à de nouveaux liens....
^ SOLIVAnD.
Que veut-il dire? •
LK COMTE
( à Snlivard. )( au bailli. )
Rien.... Dans ma prudence extrême Pour tous les cas, mon cher, j'ai .su faire mon thème; Mais enfin 9m quoi donc s’agit-il entre nous?
La fille de monsieur doit choisir un époux;
On ne sait pas encor sur qui ce choix s’arrête ;
Une femme a souvent quelque raison secréte , Quelque instinct conjugal pour préférer un sot.
sOLiVAnn, au bailli.
A ma défunte femme il a volé ce mot.
LE COMTE
Le colonel et moi nous en courons la chance;
Si j’étais plus heureux dans cette circonstance,
( à part. )
De la terre d’Anjou , qui vous tient tant à cœur.
On pourrait s’arranger avec l’ancien seigneur.
LE BAILLI
Écoutez donc... cela mérite qu’on s’explique.