SCÈNE VII
AMÉDÉE, PRi:;VAL.
PR É\ AL
Tous les deux on nous joue; oui, mon cher Amédée, Oui, nous sommes trahis; la chose est décidée.
On nous quitte, on nous fuit.
A.Mf:t)ÉE.
Comment sais-tu cela?
PRÉVAL
Ma belle se marie , et la tienne s’en va.
AMÉDÉE
Félicie!
PR ÉVAL.
Elle part, et dès demain....
Achève !
PRÉVAL
Pour la seconde fois Maurevers te l’enlève.
A table assis près d'eux, affectant l’air distrait. De leur petit complot je me suis mis au fait.
Pour moi, je m'attendais à mon sort, et d’avance Je m’étais résigné: je sens mieux ton offense;
Et pour la réparer compte sur mon soutien.
AMÉDÉE
Mais que puis-je tenter?
PRÉVAL
Je ne vois qu’un moyen;
94 L’HÉRITAGK.
Ton oncle y souscrirait lui-iiiêinc, je parie,
Car il est emprunté de la chevalerie;
A ta place, vois-tu, dans le bal, cette nuit J’enlèverais ma belle et partirais sans bruit.
Et sans doute tu prends ce parti pour toi-inêine. pnÉ v.v L.
Non pas! Remarque bien la différence extrême De la position où nous sommes tous deux :
Chacun excusera ton forfait amoureux; L’honneur envers l’amour en est seul responsable Tandis que de ma part une action semblable Trouverait des censeurs dans les moins délicats. On accepte une dot, on ne l’enlève pas.
AMÉDKE.
J’aurais di\, sur ce point, prévenir ta réponse; Mais par d’autres motifs il faut que je renonce Au seul projet qui puisse assurer mon bonheur ; Je connais Félicie, et je crains que son cœur Ne consente jamais....
PIIÉV.S L.
Oh ! la bonne folie :
Sans doute si tu vas, avec cérémonie.
Chapeau bas, l’air contrit, la prier humblement De donner son aveu pour son enlèvement.
Elle refusera; la chose est bien certaine:
Mais si, tout en causant, doucement ou l’entraîne Au salon de musique ouvert sur le jardin.
Et que pour s'écliapper tu lui prétes'Ia main.
Tu verras la rigueur cédant à l’indulgence,
A l’offenseur aimé pardonner son offense.