LA U A II ON NE
Fort bien.
PRÉVAL
Elle a fait mieux, je crois, et s’est fait rendre compte Des dettes et des biens du très illustre comte; Dès-lors elle a senti qu’il lui conviendrait fort D’étayer un grand nom par un bon coffre-fort.
Et de faire épouser à monsieur de Servière Une superbe dot dont elle est créancière :
Ce point-là convenu, sur monsieur Solivard V'ous avez dû fixer votre premier regard :
Sa fille ( par ce mot tout le reste s’explique )
D’une fortune immense est l’héritière unique;
Vous la donnez au comte, et par un double bymen Du père à votre tour vous recevrez la main.
LA BARONNE
A merveille, monsieur, j’accepte vos oracles.
ACTK 1, SCÈNE 1.
pnÉVAi..
Tout en inarchant au luit, vous voyez les obstacles ; (juand une bile, en dot, a trois cent mille écus.
Et qu’elle doit uu jour en avoir deux fois plus. L’essaim des soupirants ne se fait pas attendre; Ernestinc déjà ne sait auquel entendre;
A quatre, par vos soins , ils se trouvent réduits;
Mais les plus duti(;ereux ne sont pas éconduits :
Il en est un sur-tout, dont 1a persévérance Prétend mettre en défaut toute votre prudence;
A ce que j’en dirai l’on peut ajouter foi ;
J’en parle savamment; ce prétendant, c’est moi.
LA BARONNK.
Ah ! rien n’est plus loyal, il.faut que j’en convienne. Et votre confidence appelle aussi la mienne.
V’ous êtes jeune, adroit; vous avez de l’esprit.
Du goût et des talents, tout le monde le dit ; •
J’adopte aveuglément cet éloge unanime.
Quelle que soit pourtant ma très profonde estime Pour tous les dons charmants dont vous dota le ciel. Comme il s’agit ici d’un acte essentiel.
D’un hymen, d’où dépend le sort de mon amie,
A monsieur de Préval, à mon tour, je confie Que j’ai l'intention , pour tromper son espoir. D’employer les moyens qui sont en mon pouvoir. rnÉVAL.
Usez, n’abusez pas; faites-moi bonne guerre :
Le comte est mon rival, tâchez qu’on le préfère; Dites qu’il est plus riche et plus noble que moi;
Qu’il entre , sans gratter, dans la chambre du roi : Parlez, si vous l’osez, de sa franchise extrême;